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Le rapport du Sénat (16) : la réponse de Pierre Polivka

26 février 2007 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extraits du site du Sénat, le 05.02.07 : La rapport sur le nouveau pacte de solidarité pour les quartiers

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M. Pierre POLIVKA.- Je partage tout ce qui vient d’être dit et je souhaite répondre très concrètement à deux questions qui ont été posées.

La première concerne la définition des « réseaux ambition réussite ». Je ne veux pas fuir mes responsabilités, mais l’une de mes missions est de proposer au ministre la liste des « réseaux ambition réussite » et je puis vous assurer, madame, que cette liste a été constituée à partir de critères que l’on peut peut-être critiquer mais qui sont objectifs. Je tiens d’ailleurs à saluer ici le recteur Boissinot car, sans son intervention, les collèges du Val d’Oise n’auraient pas été retenus dans la liste initiale.

Je vais vous en expliquer les raisons, comme je l’ai fait à certains de vos collègues qui m’ont écrit pour me demander comment avait été fait ce choix. Nous avons pris des critères objectifs qui sont retenus dans nos bases de données et il y a eu un débat sur les 164 établissements puisqu’il y avait eu une fuite. Nous avons retenu des critères très objectifs : ces critères ont été soumis à l’appréciation des recteurs d’académie qui, connaissant nettement mieux le terrain que nous en administration centrale, nous ont proposé des établissements qui, sans répondre exactement aux critères nationaux, accueillaient des élèves en très grande difficulté. Cela dit, je suis prêt à répondre concrètement à chacun d’entre vous lorsque vous avez des interrogations à ce sujet et je peux vous assurer que je tiendrai mes engagements.

En deuxième lieu, je répondrai à la question intéressante qui a été posée sur le maillon faible. Très longtemps, on a fait porter sur le collège une responsabilité qui n’était pas la sienne. Je crois d’ailleurs que M. Renard [NDLR : président de l’OZP] l’a très bien rappelé en précisant qu’aujourd’hui, dans les collèges en difficulté que vous connaissez, les principaux et les enseignants accueillent des élèves qui ne maîtrisent par suffisamment les apprentissages fondamentaux. C’est pourquoi il a été décidé de recentrer les efforts sur les premières années de l’école primaire et également sur l’école maternelle, en particulier sur la scolarisation à 2 ans. Il faut effectivement que nos élèves puissent maîtriser la lecture dès le CP. En effet, nous connaissons une grande partie des jeunes qui sont peut-être allés jusqu’à mettre le feu à certains établissements scolaires et qui sont en pleine déshérence et nous pouvons reconstruire leur parcours scolaire. Pour l’essentiel, ce sont des élèves qui, sortant de l’école primaire, ne maîtrisaient nullement les apprentissages fondamentaux et qui ressentaient l’école comme un échec, comme l’a dit M. Renard, l’école étant l’expression même de leur échec dans la société et dans la vie. L’objectif est donc bien le retour aux apprentissages fondamentaux.

Pour autant, je pense que l’une des raisons des difficultés que nous rencontrons doit être trouvée dans le constat que nous faisons dans toutes les études des académies. Comme on le dit très concrètement, les écarts se creusent, c’est-à-dire que les meilleurs élèves progressent toujours et que les élèves les plus en difficulté connaissent de plus en plus de difficultés. A cet égard, nous sommes victimes d’une représentation que nous avons de l’école et je vais vous en donner une illustration : la façon dont notre école maternelle a évolué dans les dernières années.

L’école maternelle française a longtemps été réputée comme la meilleure du monde, peut-être parce qu’elle est souvent l’une des seules, mais l’objectif de l’école par son créateur, Pauline Kergomard, était de préparer les élèves qui ne l’étaient pas dans leur famille à intégrer un parcours scolaire. Aujourd’hui, l’école maternelle a changé de nature ― on pourrait développer ce point, mais je n’en ai pas le temps ― et, pour beaucoup de parents, l’école maternelle n’est plus une école de la socialisation et de la préparation à la vie mais une préparation à la réussite scolaire et académique. C’est ainsi que l’un de mes collègues inspecteurs généraux, M. Attali, a pu écrire qu’en France, deux cents écoles maternelles préparaient à l’école polytechnique. Je veux dire par là que l’on a quelquefois perverti le système éducatif et, ainsi, l’élitisme républicain.

Je pense qu’il faut revenir à une conception de l’école maternelle qui prépare les élèves les moins préparés dans leur milieu social à intégrer un parcours scolaire et, ensuite, à acquérir les apprentissages fondamentaux. Il faut donc se recentrer sur l’essentiel, comme l’a rappelé le recteur Boissinot, c’est-à-dire faire vraiment une entrée pédagogique et didactique des problèmes. Des élèves mieux formés à l’école élémentaire pourront mieux intégrer le collège et mieux comprendre les enjeux auxquels ils seront confrontés à l’avenir.

Je terminerai par un mot : comme j’ai pu le constater en tant qu’ancien inspecteur d’académie, je pense qu’en dépit de votre vécu, les relations entre les élus et les représentants de l’administration sont plus sereines et plus complémentaires que vous ne l’avez laissé entendre. J’ai également pu constater dans une autre partie de ma vie que les relations entre les représentants de l’éducation nationale et les élus sont de bonne qualité. Il est vrai qu’à certains moments, il y a des situations de conflits qui sont liées à notre organisation, mais je pense que, globalement, nous pouvons nous féliciter du dialogue qui existe entre l’administration de l’éducation nationale et les élus que vous êtes.

M. Alex TÜRK, président.- Sur ce dernier point, j’ai trouvé mes collègues un peu dubitatifs, pour vous dire la vérité, en les observant une fraction de seconde.

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