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L’Onisep lance le programme Avenir(s) pour que l’orientation devienne active (entretien avec ToutEduc)

15 juin

Exclusif - L’ONISEP lance le programme Avenir(s) pour que l’orientation devienne active (interview)
L’ONISEP a obtenu sur le programme d’investissement d’avenir "France 2030" 30 M€ sur dix ans pour développer un écosystème numérique et humain réunissant plusieurs outils d’aide à l’orientation, à partir de la classe de 5ème et jusqu’à l’entrée dans l’emploi, et donc pour développer une nouvelle vision des "compétences à s’orienter", pour en finir avec le "être orienté", souvent malgré soi. Frédérique Alexandre-Bailly, directrice générale de l’ONISEP, répond aux questions de ToutEduc.

ToutEduc : Quel a été le point de départ de votre réflexion ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Nos tutelles, enseignement scolaire et enseignement supérieur, estimant que les ressources étaient dispersées sur plusieurs sites nous ont demandé de les réunir et de les mettre en cohérence, et nous avons aussi reçu une demande de Roxana Maracineanu, alors ministre des sports, qui voulait que les compétences acquises dans la pratique sportive puissent être reconnues dans les études et dans l’emploi.

ToutEduc : Pouvez-vous préciser ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Un jeune qui joue dans une équipe de football régulièrement est quelqu’un qui sait travailler en équipe, gérer sa fatigue et son stress, il ou elle a développé des compétences transversales dont il (ou elle) n’a pas nécessairement conscience, et dont il (ou elle) doit être capable de parler lors d’un entretien d’embauche, c’est vrai d’un sportif de haut niveau, mais ce sont aussi des "soft skills" qu’un enfant développe au cours de ses années de formation. Et le raisonnement vaut pour un pianiste, ou pour un jeune qui a cinq petits frères et soeurs, qui doit s’organiser pour aller les chercher à l’école, les faire goûter et qu’ils fassent leurs devoirs...

ToutEduc : Vous avez choisi pour "base line" une formule, "Savoir devenir soi". Qu’est-ce que ça veut dire ?

Frédérique Alexandre-Bailly : "Savoir devenir", c’est l’essence même de l’orientation, c’est être conscient des évolutions de son environnement, c’est savoir discriminer ce qui est important et ce qui l’est moins, c’est dédramatiser les paliers d’orientation, qui génèrent actuellement énormément d’angoisse, c’est savoir qu’il y a plusieurs chemins pour arriver au but qu’on s’est fixé. "Devenir soi", c’est être capable de réflexivité, de distinguer sa part de singularité, c’est ne pas choisir en fonction des copains, c’est aussi comprendre qu’on peut rendre tout intéressant ou inintéressant. D’où d’ailleurs le S entre parenthèses à "Programme Avenir(s)".

ToutEduc : N’est-ce pas une illusion, "vous pouvez tout faire" ? Sans un bon niveau en sciences, on ne fait pas médecine, quelle que soit sa motivation !

Frédérique Alexandre-Bailly : Effectivement, c’est pourquoi l’orientation est un itinéraire qui commence tôt, le jeune prend conscience que s’il veut être médecin, il doit faire des maths, mais que, s’il n’a décidément pas le niveau, il peut peut-être s’orienter vers un autre métier dans le même univers... Ce qui compte, c’est qu’il s’oriente, qu’il ne soit plus "orienté".

ToutEduc : Vous vous adressez donc aux élèves et aux jeunes ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Pas seulement. Ce programme doit accompagner chacun des acteurs de l’orientation, à commencer par le jeune lui-même bien sûr. Nous lui proposons une interface qui changera quand il passera de classe en classe, avec des objectifs et des niveaux différents. Mais la plateforme est aussi destinée aux professeurs pour les aider à accompagner leurs élèves, pour voir où ils en sont et pour leur proposer des activités visant à avancer dans la construction de leurs projets. Enfin, la plateforme s’adresse aussi à tous ceux qui ont un rôle de pilotage de l’orientation, les chefs d’établissement, les PsyEn, et, selon les académies, au niveau du bassin, du département, de la région, et au niveau national... Cet outil d’aide au pilotage n’a pas pu être élaboré jusqu’à présent, faute d’une définition des objectifs à chacun des niveaux d’enseignement.

ToutEduc : Vous décrivez une mécanique, ce projet ne témoigne-t-il pas d’une vision de l’humain en développement ?

Frédérique Alexandre-Bailly : En effet, le "savoir devenir soi" est une traduction libre de l’"ikigaï", un concept japonais auquel se réfère notamment François Taddei, et qui se traduit habituellement par "raison d’être" et qui provient d’un équilibre entre ce que j’aime faire, ce que je sais faire, les valeurs que je veux défendre et ce qui répond à un besoin de la société, à savoir choisir son chemin tout en étant réaliste. Les jeunes ont actuellement beaucoup de mal à se projeter dans la société telle qu’elle est, il s’agit de les rendre acteurs du changement pour qu’ils puissent trouver leur place dans une société à l’évolution de laquelle ils contribuent.

ToutEduc : Ces compétences à s’orienter telles que vous les décrivez, pourront-elles être évaluées ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Question difficile. Il ne s’agit évidemment pas de compétences qui peuvent être notées sur 20. Nous avons travaillé avec des inspecteurs généraux, des IA-IPR, des IEN ET-EG et des enseignants de plusieurs disciplines pour voir ce qui pouvait être fait. Certains, je pense par exemple à l’équipe de Toulouse en physique-chimie, avaient déjà développé des "vignettes" orientation au sein des enseignements qui donnent du sens à la fois aux cours et aux projets : imaginons une séance de travaux pratiques en chimie, il s’agit d’identifier les différents polluants d’un lac. Les élèves peuvent aller plus loin, se demander quelles sont les personnes qui font effectivement ce type de mesures, de quel métier il s’agit, quelles formations mènent à ces métiers… Cela permet de rattacher les enseignements à leurs applications dans le monde du travail, cela fait se projeter les élèves, les habitue à penser à leur avenir.

ToutEduc : Mais comment cela se retrouve-t-il concrètement dans le dossier de l’élève ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Nous y travaillons, comme pour l’ensemble du programme, c’est un processus de co-construction avec des chercheurs et les usagers. Nous avons prévu un portfolio que l’élève constitue peu à peu et qui est portable vers l’enseignement supérieur. Les universités sont tenues de proposer ce type d’outils et si certaines en ont élaborés, d’autres attendent beaucoup du portfolio de l’enseignement supérieur que pilote au sein de notre consortium l’Université de Savoie-Mont-Blanc.

Le troisième objet du programme en plus de la plateforme de suivi d’élaboration des projets d’avenir et des portfolios de compétences des élèves et des étudiants, c’est un outil de conscientisation des compétences du XXI è siècle (créativité, coopération, communication, esprit critique, citoyenneté mondiale…), que nous appelons parfois "pix des soft skills" et qui comprendra une mise en avant des compétences transversales de chacun, acquises tant dans les activités de formation que dans les activités personnelles, en particulier dans les pratiques sportives, artistiques et culturelles et d’engagement. Cet outil sera ludique, présenté sur smartphone, et sera offert progressivement à l’ensemble de la population. Il sera portable vers le passeport compétences du ministère du travail et sera construit en référence au moins partielle au nouveau référentiel de Pole Emploi, le ROME 4.0, qui comprend les compétences transversales et qui servira de base au passeport de compétences du ministère du travail. Certains de ces éléments pourraient se retrouver dans le dossier constitué pour Parcoupsup.

ToutEduc : Vous parlez d’un chantier de 10 ans. Quelles sont les prochaines échéances ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Une première version du site devrait être disponible à la rentrée 2024. Le premier élément, qui sera présenté à la presse à la fin de cette semaine, est le référentiel de compétences à s’orienter pour le lycée d’enseignement général et technologique. Il a été élaboré par l’ONISEP avec l’Inspection générale et le LaPEA, le laboratoire de psychologie et d’ergonomie appliquée de l’Université Paris Cité et il décline en niveaux de progressivité les compétences à mobiliser à ce niveau d’enseignement. L’équipe de Laurent Sovet (Université de Paris-Cité) a rencontré plus de 2 000 élèves de 55 lycées et les acteurs de 20 CIO et SAIO... Elle fera ensuite le même travail aux niveaux collège et lycée professionnel.

ToutEduc : Quelle place ce projet prend-il dans la vie de l’ONISEP ?

Frédérique Alexandre-Bailly : En 2018, quand la loi a donné compétence aux Régions pour l’information sur l’orientation, les agents de l’Office national d’information sur les enseignements et les professions ont pu avoir peur de voir l’Onisep disparaître. Ce chantier, financé sur 10 ans, a de quoi les rassurer. Et Avenir(s) est un outil d’accompagnement des jeunes qui doivent s’orienter, et des adultes qui les y aident, c’est un programme, ce n’est pas le tout de l’orientation ni de l’information à l’orientation, nous poursuivons plus que jamais nos activités concernant les bases de données, l’édition de documentation générique sur les métiers et sur les formations, notre site amiral Onisep.fr et nos activités globales de formation et d’accompagnement à l’orientation.

Propos recueillis par P. Bouchard, relus par F. Alexandre-Bailly

Extrait de touteduc.fr du 14.06.22

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