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Un texte d’universitaires et politiques pour une discrimination positive socio-économique (le Monde)

26 octobre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Monde » du 19.10.04 : pour la discrimination positive socio-économique

Etendre la discrimination positive "socio-économique" à toutes les grandes écoles, par Eric Keslassy.

L’écrasante sur-représentation des jeunes issus des classes supérieures parmi les étudiants des grandes écoles est une réalité statistique incontestable. En résulte une auto-reproduction des élites, qui n’est pas conforme à notre idéal républicain qui consacre l’égalité des chances.

La procédure servant au recrutement des grandes écoles est largement responsable de cette situation inacceptable : en effet, sous une apparence égalitaire, le concours avantage les candidats qui maîtrisent les codes socioculturels essentiels. Loin de seulement refléter les mérites relatifs des candidats, il permet une véritable sélection sociale inadmissible dans une société démocratique.

L’ascenseur social, ralenti à bien des étages, est ici en panne. La dIVersification sociale du recrutement des grandes écoles ne sera pas spontanée. La discrimination positive "socio-économique" est aujourd’hui la seule solution qui puisse permettre de sortir de cette situation. L’expérience réussie de l’Institut d’études politiques de Paris (IEP) le démontre.

Sa procédure de recrutement dérogatoire au concours, ouverte aux meilleurs élèves de certains lycées situés en zones d’éducation prioritaires (ZEP), a donné des résultats très intéressants : les étudiants ainsi admis ont obtenu des résultats en tout point comparables à ceux qui ont intégré l’école par le cursus traditionnel. L’IEP a donc accueilli des étudiants talentueux - qui n’auraient certainement pas pu accéder à une grande école sans cette voie nouvelle d’accès -, tout en diversifiant son recrutement. Sans quotas, sans référence ethnique pour désigner les bénéficiaires de cette discrimination positive, en maintenant son exigence, l’IEP a atteint "l’excellence dans la diversité".

Cette pratique innovante a de surcroît engendré une nouvelle dynamique dans les ZEP tant pour les enseignants que pour les élèves - notamment parce que l’accès à une école prestigieuse leur paraît désormais possible.

Cette initiative prometteuse doit se généraliser. Par conséquent, nous appelons les grandes écoles, notamment Polytechnique, l’ENA (Ecole nationale d’administration), l’ENS (Ecole normale supérieure), l’ENM (Ecole nationale de la magistrature) et HEC (Hautes études commerciales), à suivre l’exemple de l’IEP en mettant en place une discrimination positive socio-économique, avec les modalités qu’elles considéreront les plus conformes à leurs spécificités, afin de diversifier socialement leur recrutement.

Notre demande exprime le désir de voir notre démocratie davantage inspirer confiance et notre République se renforcer.

Ce texte a été rédigé par Eric Keslassy (sociologue, université Paris-IX - Dauphine) et signé par : Jean-Louis Benoît (professeur de philosophie), Louis Chauvel (sociologue, OFCE, membre de l’institut universitaire de France), Thierry Chevillard (avocat), Denis Clerc (journaliste, fondateur d’"Alternatives économiques"), Olivier Coquard (professeur d’histoire), Catherine Coquery-Vidrovitch (historienne, université Paris-VII - Denis-Diderot), Michel Crozier (sociologue), Dogad Dogoui (président du club africagora), Fayçal Douhane (président du club poléthique, conseiller national du parti socialiste), Harlem Désir (député socialiste européen), Eric Favey (secrétaire national de la ligue de l’enseignement), François Gèze (PDG des éditions la découverte), Eric Halphen (magistrat en disponibilité), Pierre Hessler (consultant), Yves Jego (député UMP de Seine-et-Marne, membre du haut conseil à l’intégration), Eric Keslassy, Amirouche Laïdi (adjoint au maire de Suresnes), Jack Lang (député socialiste du Pas-de-Calais, ancien ministre), Patrick Lozes (président du cercle d’action pour la promotion de la diversité en France, conseiller national UDF), Noël Mamère (député Vert de la Gironde), Caroline Mécary (avocate), Pierre Méhaignerie (député UMP d’Ille-et-Vilaine, ancien ministre), Hervé Morin (député de l’Eure, président du groupe UDF à l’Assemblée nationale), Janine Mmossuz-Lavau (politologue, Cevipof), Emmanuel Pierrat (avocat), Bertrand Pirel (PDG des éditions Bréal), Nonna Mayer (directrice de recherche, CNRS-Cevipof), Stéphane Pocrain (ancien porte-parole des Verts), Alain Renaut (philosophe, université Paris-IV - la Sorbonne), Yazid Sabeg (président du conseil d’administration de CS - communication et systèmes), Christiane Taubira (députée apparentée socialiste de Guyane), Alain Touraine (sociologue), Vincent Tiberj (sociologue, Cevipof).

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