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Une tribune des personnels du collège REP+ René Cassin à Chanteloup-les-Vignes après la suppression d’un poste de CPE (ToutEduc)

19 mars 2021

Egalité des malchances, ou comment Blanquer détruit ses écoles de la confiance (Tribune, collège René Cassin, Chanteloup-les-Vignes)
L’équipe du collège René Cassin à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) nous a adressé cette tribune, que nous publions bien volontiers. Selon la formule consacrée, son contenu n’engage que ses auteurs, mais elle témoigne de la situation dans de nombreux établissements, alors que le nombre de postes diminue et que les effectifs augmentent.

C’est vendredi 5 mars que tombe la nouvelle au collège René Cassin à Chanteloup-les-Vignes. En catimini, à l’insu même de la cheffe d’établissement, la DSDEN se réunira incessamment pour décider de la suppression de l’un des deux postes de CPE que compte l’établissement, suppression effective à la rentrée 2021. Un coup dur pour l’équipe de direction comme pour les personnels, en pleine réunion pour préparer les oraux blancs du brevet lorsque la nouvelle fuite. En effet, de mémoire des “dinosaures” parmi les enseignants, René Cassin a toujours bénéficié de deux postes de CPE, en plus de son principal adjoint.

Une principale, une adjointe, deux CPE. Pour quelque 300 élèves. Les chiffres ont de quoi scandaliser dans le contexte de disette, de classes surchargées et de délabrement qu’est celui de l’Education Nationale. L’insupportable privilège d’un établissement REP+, au coeur de la cité de la Noé, à Chanteloup-les-Vignes, décor du film La Haine, théâtre de l’incendie du chapiteau associatif (le site de France Info ici), et voisin de la ville de Conflans-Sainte-Honorine où Samuel Paty enseignait encore il y a quelques mois.

C’est donc dans une logique “d’équité entre les territoires” que cette suppression de poste intervient. Ce CPE sera plus utile ailleurs, assurément. Déshabiller Jean pour habiller Michel.

Et pourtant. Malgré l’absence de médecin scolaire, non remplacé depuis septembre, malgré l’absence d’infirmière, non remplacée depuis novembre, malgré les absences de personnels à risques, non remplacés depuis la Toussaint, malgré le projet de cité éducative qui accapare l’équipe de direction, malgré les multiples incidents qui jalonnent le quotidien animé d’un établissement REP+, et qui animent les réunions de direction, les pauses en salle des profs et autres Conseil des Sages hebdomadaires, René Cassin tient. René Cassin fonctionne. La tâche n’est pas toujours aisée. En effet, qui dit petit établissement dit petite équipe. Peu d’élèves, certes, mais les missions sont nombreuses. À Cassin, tous les enseignants sont professeurs principaux. Ils sont aussi référents culture, référents numériques, référents raccrochage scolaire, référents anti-harcèlement, référents devoirs faits, ambassadeurs numériques, référents PQPM (le programme Une Grande Ecole : Pourquoi pas moi ?, initié par l’ESSEC, ndlr), référents des cordées de la réussite, formateurs, référents relations école-parents, coanimateurs, partenaires avec la ville, responsables du suivi et de l’orientation des élèves, siègent au CVC, au CA, organisent la mise en place du protocole sanitaire… Des missions incompressibles et nombreuses, du fait de la spécificité de René Cassin, et qui incombent à un nombre finalement restreint de personnels.

Mais René Cassin donne cours. René Cassin continue d’accueillir des élèves ne parlant pas un mot de Français. Des élèves sans papiers qui ne peuvent entrer dans le calcul du nouveau sacro-saint “IPS” (indice de positionnement social) qui semble maintenant dicter quel établissement a le droit ou non à des postes. Cassin accueille les élèves pluri-exclus et parvient à les garder entre ses murs, à les stabiliser, à leur offrir un cadre, un suivi, une écoute, un avenir. Durant le confinement, René Cassin maintient, notamment grâce à ses deux CPE, le lien avec tous ses élèves et leurs parents, à grand renfort d’appels téléphoniques, de classes virtuelles, de prêt de tablettes numériques : une persévérance dans le suivi scolaire et personnel que les parents n’ont pas oubliée. Ceux-ci se sont aussitôt mobilisés pour apporter leur soutien au mouvement de contestation qui a suivi l’annonce de la suppression du poste (voir le site Actu78 ici). Lundi, les parents se réunissent à l’entrée de l’établissement, et relaient le mouvement de grève initié par les enseignants en refusant d’envoyer leur enfant en cours. Ce mardi, une grande partie des enseignants est à nouveau en grève.

René Cassin tient, même sans infirmière ni médecin scolaire, même dans le contexte sanitaire actuel. Même quand les chapiteaux brûlent. Cassin fonctionne et remplit ses missions. À René Cassin, ce n’est pas le Covid qui fait rater des cours, mais bien la perspective de perdre les moyens humains qui ont contribué à notre réussite collective.

Voilà qui est inacceptable. Puisque d’autres souffrent par manque de postes, Cassin aussi doit souffrir. Et c’est donc cette CPE qui doit muter au pied levé, elle-même qui était responsable, entre autres et en plus de ses missions “ordinaires”, du partenariat avec l’ESSEC, école de commerce anciennement dirigée par le ministre Blanquer jusqu’en 2017. Étrange ironie.

Extrait de touteduc.fr du 17.03.21

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