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Les attaques contre le questionnaire Depp sur les enfants de 3 ans sont "un mauvais procès" et "contre-productives", déclare à ToutEduc Grégoire Borst, directeur d’un laboratoire du Cnrs

15 février Version imprimable de cet article Version imprimable

Questionnaire sur les enfants de trois ans : un quiproquo qui risque de favoriser la centration de la maternelle sur lecture - calcul (G. Borst)

Les attaques contre le questionnaire consacré aux enfants de 3 ans sont contre-productives et vont favoriser ce que les signataires d’une tribune publiée dans Le Monde de ce 12 février (voir ToutEduc ici) veulent éviter. Grégoire Borst, directeur du laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant (CNRS), interrogé par ToutEduc, défend une démarche à laquelle il a participé avec la DEPP (le service statistique de l’Education nationale).

Grégoire Borst : Il s’agit d’un mauvais procès. La volonté ministérielle, à l’origine, était de démontrer, en se fondant sur des résultats obtenus scientifiquement, que certaines compétences sont prédictives de la réussite scolaire et qu’elles peuvent être travaillées dès la maternelle. Les items portaient uniquement sur des compétences directement mobilisées en français et en mathématiques. Avec mon laboratoire, nous sommes intervenus pour qu’y figurent aussi des compétences psycho-sociales, faute de quoi, la maternelle était condamnée à être une propédeutique des apprentissages de l’école élémentaire.

ToutEduc : Il n’empêche qu’il est choquant de voir des enfants de trois ans étiquetés "Répond mal à l’adulte", "Est agité, "Range n’importe comment", "Coupe la parole"...

Grégoire Borst : Ce serait choquant s’il s’agissait d’étiqueter des enfants. Mais nous sommes très loin de la logique de l’INSERM qui voulait, en 2005, repérer des comportements qui pourraient être prédictifs de délinquance quinze ans plus tard pour organiser une prévention précoce. D’ailleurs, tous les psychologues du développement savent que ces items ne viennent pas de tests destinés à diagnostiquer des troubles du comportement, mais à repérer des compétences transversales dont nous voulons montrer qu’elles sont nécessaires aux apprentissages, par exemple la capacité à réguler ses émotions. Elles sont au coeur de l’école maternelle...

ToutEduc : Les signataires évoquent pourtant le risque d’un "effet Pygmalion", les enfants se conformant à ce que l’adulte pense d’eux.

Grégoire Borst : Il s’agit d’une étude sur échantillon, qui n’a donc rien à voir avec une politique qui vise tous les enfants, qu’elle corresponde à une volonté de prévention des déviances avec l’INSERM ou des difficultés cognitives avec les évaluations nationales de CP ou CE1. Les résultats sont immédiatement anonymisés. Il n’y a donc pas d’étiquetage. Maintenant, en maternelle, les enseignant.e.s évoquent souvent avec leurs collègues les comportements des enfants. Ce risque existe de toute façon, le questionnaire ne l’amplifie pas, il pourrait même au contraire le réduire...

ToutEduc : Comment cela ?

Grégoire Borst : Tous les enfants de trois ans "coupent la parole" de l’adulte et ont plus ou moins de mal à ajuster leur niveau de langage quand ils lui répondent. L’intérêt de cette étude longitudinale est de voir comment évoluent ces compétences socio-émotionnelles à 4 ans, 5 ans, et plus tard.

ToutEduc : Mais si tous les enfants de trois ans cochent toutes les cases du test, celui-ci perd tout intérêt...

Grégoire Borst : C’est pourquoi l’étude n’est pas lancée. Il s’agit pour l’instant de demander à un échantillon d’enseignant.e.s de réagir à ces items de façon à les affiner, à les améliorer...

ToutEduc : Vous réagissez vivement à la tribune publiée par Le Monde.

Grégoire Borst : Le risque est que l’administration de l’Education nationale prenne prétexte de ces dénonciations pour invalider la démarche, limiter le questionnaire aux items "langage-mathématiques" et en tire les conséquences pour réformer l’école maternelle. Nous voulons au contraire la préserver.

Propos recueillis par P. Bouchard, relus par G. Borst

Extrait de touteduc.fr du 14.02.21

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