> POLITIQUE DE LA VILLE > Education populaire > Pratiquer l’EMC avec les principes de l’éducation populaire (un rapport du (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Pratiquer l’EMC avec les principes de l’éducation populaire (un rapport du Comité d’orientation des politiques de jeunesse (COJ) (ToutEduc)

13 novembre 2020 Version imprimable de cet article Version imprimable

Education à la citoyenneté : il faut un rapprochement éducation nationale - éducation populaire (COJ)

La commission de l’éducation populaire et le bureau du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ) ont adopté, le 28 septembre dernier, un rapport, "Comment mieux faire coopérer l’Éducation populaire et l’École pour former de jeunes citoyens actifs ?" passé inaperçu et qui est, malheureusement, d’actualité. Développer une conscience critique et l’action citoyenne passe par "un EMC [enseignement moral et civique] pratiqué avec les principes d’éducation populaire". Cet enseignement, selon le COJ, ne doit pas être conçu "uniquement comme l’indispensable processus de transmission d’adulte à élève de la connaissance des institutions, de la République et de leur histoire" mais aussi selon des modalités que l’éducation populaire est habituée à mettre en œuvre, qui offrent "des possibilités d’un apprentissage collectif dans la durée", en "partant des centres d’intérêts, des questions, de l’expérience et des situations vécues par les élèves" et en "encourageant le dialogue et la délibération permanente". Le groupe de travail estime, au regard des méthodes utilisées par l’éducation populaire, que l’Education nationale aurait intérêt à s’en rapprocher.

C’est en effet l’une des recommandations importantes du COJ : construire une éducation à la citoyenneté au croisement de l’éducation populaire et du champ scolaire en s’appuyant sur les réalités du territoire, alors qu’aujourd’hui, regrette le groupe de travail, cet enseignement "ne s’appuie pas assez sur la mise en situation des élèves et apparaît trop peu ancré sur le territoire". Pour eux, cette "mise en capacité" des élèves doit se traduire par des engagements dans l’établissement et en dehors. Cela passe par "un projet éducatif global, en lien avec l’ensemble de la communauté éducative et notamment en invitant les associations et les parents à y participer".

Déployer des projets sur tous les temps de la vie de l’élève

Le COJ suggère aux établissements de déployer des projets sur d’autres temps de la vie de l’élève, ce qui permettrait "de sortir de la contrainte de l’emploi du temps nécessairement figé", de les porter conjointement avec l’éducation populaire et d’y associer d’autres acteurs, comme les parents et leurs associations représentatives, "afin que chaque parent comprenne et partage les enjeux de l’éducation à la citoyenneté".

Les structures d’éducation populaire pourraient être sollicitées pour participer à la formation des élèves délégués de classe ou élus dans les CVL (conseils des délégués pour la vie lycéenne), animer les clubs d’élèves conjointement avec les enseignants, ou encore pour porter de manière conjointe les voyages scolaires, les classes de découverte. Et pour le COJ, alors qu’elles sont concurrencées par des structures du champ lucratif qui proposent des prestations "clefs en main", les voyages co-construits par les enseignants et les structures d’éducation populaire devraient "être la règle".

Temps de rencontre et de travail commun entre éducation nationale et éducation populaire

Cette collaboration implique "la définition de temps de concertation" puisque "les acteurs du champ scolaire ne connaissent pas forcément le cadre pédagogique qui sera mobilisé par les structures d’éducation populaire" et qu’à l’inverse, "les acteurs de l’éducation populaire n’ont pas une connaissance fine des enjeux portés dans les enseignements du champ scolaire", ce qui "se traduit par la mise en œuvre d’actions ratant leurs objectifs et déceptives pour les jeunes, les intervenants et les encadrants". Les INSPE pourraient d’ailleurs "accueillir des formations conjointes mêlant acteurs des deux champs". Ces temps de rencontre et de travail permettraient "de légitimer l’action de chacun" et de développer "une acculturation commune".

Le groupe de travail cite l’exemple du programme Pestalozzi qui a été déployé par le Conseil de l’Europe de 2003 à 2017 avec pour objectif de former des "éducateurs" pour développer la culture de la démocratie, programme qui s’adressait aussi bien aux enseignants qu’aux travailleurs sociaux ou de jeunesse. C’est dans ce cadre qu’a été conçu un manuel contenant 60 activités, "TASKs pour la démocratie" (ici), qui permet aux praticiens intervenant dans des contextes éducatifs formels et non formels d’acquérir et d’évaluer l’état d’esprit, les compétences, les valeurs et les connaissances nécessaires pour favoriser une culture démocratique.

Le COJ invite par ailleurs à faire "vivre la démocratie dans les établissements" et à valoriser les compétences acquises par l’engagement des jeunes. Il cite l’expérience portée par les établissements de la FESPI (Fédération des établissements scolaires publics innovants). Ces établissements permettent le retour à l’école de jeunes de 17 à 25 ans ayant décroché sans le bac, en abordant la question de la citoyenneté de manière "totalement transversale". Les élèves sont associés aux décisions les concernant, à travers des assemblées ou conseils d’élèves. Ils peuvent être également source de propositions qui sont mises à la réflexion d’un groupe d’élèves, retravaillées et problématisées pour analyser sa faisabilité puis soumises à l’ensemble des élèves. Cette méthode "provoque chez eux un ancrage et un attachement très fort à l’établissement dans la mesure où leurs propositions et leur parole sont reconnues".

Enfin, parce que "la mise en œuvre de projets citoyens nécessite la mobilisation de moyens humains et financiers", le groupe de travail invite à élaborer une loi cadre de l’éducation populaire qui "permettrait de clarifier la responsabilité de chacun en matière de formation citoyenne".

Inégalités de mise en œuvre de l’EMC entre collèges et lycées

Ces recommandations ont été motivées par le constat des inégalités de mise en œuvre, "entre le collège où, généralement, les temps d’EMC sont respectés et utilisés et les lycées où, très majoritairement, l’EMC est abordée de manière plus erratique". Son enseignement au lycée semble "fortement impacté par la perspective du Bac qui se concrétise par des modalités de travail de plus en plus réduites en Première et en Terminale, au bénéfice des autres matières". Les lycéens eux-mêmes disent regretter "le faible nombre d’heures dévolues effectivement à l’EMC" et l’absence de liens qui pourraient exister entre les cours d’EMC et les projets d’initiative lycéenne en dehors des heures de cours, dans le cadre des maisons des lycéens, par exemple.

Le COJ avait déjà souligné "la nécessité de penser le champ éducatif dans un processus de globalité, de continuité et donc de complémentarité entre les acteurs éducatifs sur les territoires" à l’occasion de ses travaux qui avaient abouti à la remise du rapport relatif au "Plan mercredi", le 9 juillet 2019. C’est à cette occasion que le COJ avait été sollicité pour réfléchir aux coopérations possibles entre l’éducation populaire et l’enseignement scolaire dans le champ de la citoyenneté et spécifiquement dans le cadre de l’enseignement moral et civique (EMC), réflexion que la commission a souhaité alors ouvrir à l’ensemble de la formation citoyenne des jeunes.

Le rapport du COJ ici (PDF)

Camille Pons

Extrait de touteduc.fr du 12.11.20

 

Voir en bas à gauche les mots-clés de l’article
et ci-dessous les 10 derniers articles de la rubrique Education populaire cliquable aussi en haut de la page

Répondre à cet article