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"Les "collèges éloignés", nouvelle catégorie pour le ministère" (le Café analyse l’étude de la Depp)

3 février Version imprimable de cet article Version imprimable

Les "collèges éloignés", nouvelle catégorie pour le ministère
Est-ce vraiment une découverte ? On sait depuis longtemps qu’il y a des collèges ruraux, qu’ils ont peu d’élèves et, par définition, qu’ils imposent de longs temps de trajets aux élèves dans les zones rurales peu denses. Le ministère en fait maintenant une catégorie à part dans une Note d’Information de la Deep. Un Note qui vient ainsi en appui au rapport Azema Mathiot sur l’avenir de l’éducation prioritaire. Car derrière cette publication l’enjeu est bien l’avenir des Rep et de leur budget.

Un nouveau "paysage" des collèges

"Le paysage des collèges de France, constitué de quelque 7 000 établissements publics et privés sous contrat, présente un aspect divers", écrit la Depp. "À partir de variables décrivant l’effectif, l’origine sociale et le niveau scolaire des élèves accueillis ainsi que la situation géographique de chaque établissement, six groupes de collèges distincts ont ainsi été mis en évidence : les collèges très favorisés et de taille importante, les collèges plutôt favorisés, les collèges plutôt mixtes socialement, les collèges plutôt éloignés et de petite taille, les collèges plutôt défavorisés et les collèges très défavorisés".

Cette lecture met en valeur un nouvel indice calculé par la Depp. Cet indice "synthétise plusieurs dimensions parmi lesquelles la densité et la diversité de l’offre scolaire, l’accès aux équipements sportifs et culturels".

Si traditionnellement on distinguait les collèges favorisés des défavorisés (Rep) et très défavorisés (Rep+), le nouveau découpage fait apparaitre les collège "éloignés" qui rassemblent 13% des collègiens et qui se distinguent par "un éloignement élevé et des effectifs faibles".

En lien avec le rapport Azema Mathiot

Ce sont ces collèges que le rapport Azema Mathiot propose de prendre en compte dans les politiques de "priorisation académique" qui remplaceraient la politique nationale en faveur des Rep.

" Tout en conservant une éducation prioritaire nationale dédiée aux écoles et établissements Rep+, la mission préconise de développer désormais à l’échelle académique l’ensemble des autres politiques de priorisation territoriale", écrit le rapport. "Cette politique de priorisation académique concernerait les écoles et établissements rencontrant des difficultés particulières d’exercice (comme ceux propres à certains réseaux Rep actuels mais également les écoles et collèges en difficulté de l’espace rural), des réseaux en situation transitoire (exemple des réseaux concernés par une politique de mixité au collège) et les écoles et établissements en situation d’éloignement, caractéristiques des territoires de très faible densité", affirme le rapport. Il évoque aussi une " négociation avec l’enseignement privé sous contrat d’association à des fins de renforcement de la mixité sociale et scolaire", mais l’enseignement catholique n’envisage pas de ne plus sélectionner ses élèves.

Récupérer un milliard

On voit bien l’intérêt de cette prise en charge de "l’éloignement". Ayant peu d’élèves et devant assurer un service normal d’éducation, ces collèges coutent plus cher que la moyenne des collèges. Inscrire ces collèges dans la nouvelle politique territoriale de l’éducation nationale c’est effacer le coût des Rep et récupérer au moins un milliard.

Reste qu’il faut pouvoir justifier cette politique. Car ce qui caractérise ces collèges "éloignés" ce n’est certainement pas une situation de discrimination négative. Certes il y a des poches de pauvreté en milieu rural (le rapport l’évalue à 150 écoles). Certes l’offre scolaire est moins riche dans ces collèges que dans les grands collège surbains. On va trouver 32% de collèges ayant des classes bilangues contre 60% en moyenne, 88% proposant les LCA contre 97%. Mais ils ne sont désavantagés ni sur le plan socio économique, ni sur le plan scolaire.

Le taux de boursiers de taux 3 est inférieur à celui des collèges "mixtes socialement" (5 contre 8%). L’indice de position sociale, calculé par la Depp, est équivalent (99 contre 102). Le taux de retard en 6ème est aussi équivalent à celui des collèges mixtes socialement (8.6 contre 8.4) ce qui assure que le niveau scolaire est dans la moyenne. Le score moyen en 6ème est de 250 contre 248 dans les collèges mixtes socialement.

Cet intérêt subit pour les 10% d’élèves qui sont scolarisés dans les collèges "éloignés" ne relève donc ni d’une inégalité scolaire, ni d’une inégalité sociale. Ce n’est pas non plus la soudaine découverte de la "diagonale du vide" où se trouvent ces établissements.

Il ne reste au final qu’un objectif politique : sous prétexte d’une nouvelle politique diminuer le coût de l’éducation prioritaire en le divisant par deux. Comme on a fait avec les budgets sociaux des établissements...
F Jarraud

 

Voir aussi Six types de collèges différenciés par la population accueillie et la situation géographique (DEPP). Près de 85 % des collèges du groupe 6 sont classés en éducation prioritaire.

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