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Reportage du Monde sur les jeunes enseignants d’un collège ZEP en Seine-Saint-Denis

12 octobre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Monde » du 05.10.04 : dans la ZEP de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)

"J’ai même imaginé y rester toute ma vie"

Est-ce justement parce que c’est un établissement difficile ? Au collège Pierre-de-Geyter, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), les jeunes enseignants apparaissent très motivés. Classé sensible, zone violence, zone d’éducation prioritaire, l’établissement cumule pourtant les handicaps. "Quand j’ai appris que j’étais nommé ici, j’ai eu une grosse crise d’angoisse", avoue Cécile, 24 ans. Bonne élève, la jeune femme a appris son métier à l’IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres) de Clermont-Ferrand, mais n’a eu "aucune formation pour enseigner dans ce type d’établissement".

La première année, elle a eu une classe très difficile. Bagarres, chahut, boulettes : "Sans l’équipe, j’aurais peut-être craqué. Quand il y a des problèmes, nos aînés nous réconfortent, nous conseillent." En cette rentrée 2004, sa deuxième année, elle ne regrette plus sa nomination. "C’est une expérience très enrichissante, une sorte de défi de réussir à s’adapter", assure-t-elle. Elle n’est pas pressée d’obtenir sa mutation. "Le jour où je vais partir, j’aurai un pincement au cœur", lâche-t-elle.

Contrairement à Cécile, son collègue, Jean-Matthieu, avait demandé à être affecté dans cet établissement. Catogan et visage adolescent, ce jeune enseignant de physique-chimie porte une blouse blanche, à "cause des manipulations", mais aussi pour que les élèves le voient "comme un professeur". Contrairement à d’autres jeunes collègues, "la ZEP" il connaît et "ça ne lui fait pas peur". Il y a fait son école élémentaire. "J’enseigne ici parce que ça m’apporte énormément, dit-il. Et puis, si on ne fait rien auprès de ce type d’élèves, il y en aura de plus en plus à être en difficulté." Il a envie "de durer" dans ce collège, mais pas plus de dix ans. "Je préfère être confronté à ces problèmes tout de suite, j’ai l’énergie et la disponibilité. A 35 ans, j’aurai d’autres problèmes familiaux."

Il regarde l’engagement de ses aînés avec une certaine distance. "J’estime que leurs idées étaient bonnes, elles ont permis des relations plus humaines." Mais il se définit comme "plus pragmatique". Face aux difficultés, il juge important de se mettre en accord avec ses collègues. "Quand on a un problème, toute l’équipe enseignante est au courant, explique-t-il. Comme ça, les élèves ont en face d’eux non pas seulement un individu, mais une équipe."
Originaire de Rambouillet, Samuel, lui, n’a pas connu la ZEP, ce qui ne l’empêche pas " de s’appuyer sur son expérience d’élève pour enseigner". "Je n’étais pas un élève modèle, avoue-t-il. Dès qu’il y avait une bêtise à faire, j’étais là." Ce qui lui plaît chez ses élèves, c’est "leur sensibilité sous une grosse carapace". "Une fois les conflits apaisés, ils sont en demande affective et attendent beaucoup de nous." Il n’envisage pas de quitter le collège : "J’ai même imaginé y rester toute ma vie. J’ai l’impression d’être utile."

Julie, 25 ans, originaire de Nantes, n’imaginait pas que des élèves puissent connaître de telles difficultés. "C’est très déstabilisant, explique-t-elle. Certains n’ont pas de logements fixes, vivent quasiment dans la rue. On serait tenté de les excuser s’ils n’ont pas fait tel ou tel exercice. Mais il faut faire la part des choses, se dire qu’on est là pour leur faire apprendre." Elle aussi, passé le premier choc, envisage de rester. "Si on veut mettre des choses en place ici, il faut rester un certain temps et se remettre perpétuellement en question."

M. La.

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