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Un rapport de l’Observatoire de la violence à l’école (Eric Debarbieux) analyse les violences sexistes, le "virilisme", qui s’exerce aussi contre les garçons bons élèves

1er juin Version imprimable de cet article Version imprimable

Eric Debarbieux : L’oppression viriliste et la violence scolaire
"Il va être question dans ce texte de violence en milieu scolaire, et principalement des violences sexistes, des violences qu’y subissent les filles, mais aussi les garçons qui n’entrent pas dans les normes virilistes, machistes. Il y sera question de la manière dont le « refus du féminin » construit l’inégalité entre les sexes, entre les genres". Dans un nouveau rapport de l’Observatoire européen de la violence à l’école, Eric Debarbieux met en évidence "l’oppression viriliste" qui s’exerce à l’école et qui pour lui est à l’origine de toutes les formes de violence scolaire. Dans un entretien, il interroge le rapport au genre à l’école et met en évidence la détresse des homosexuel.le.s et des bons élèves dans le système éducatif. Appuyée sur des statistiques et une enquête auprès de 47 000 élèves, son travail interroge l’Ecole et invite les équipes à agir.

Spécialiste de la violence à l’école, longtemps délégué ministériel à la lutte contre les violences scolaires, sous deux présidents, Eric Debarbieux a montré qu’on peut avoir des politiques continues en éducation et que cela porte des fruits. Sous sa direction on est passé d’une approche policière de la violence scolaire à la découverte du rôle du harcèlement. Il a initié des enquêtes de victimation qui ont secoué l’Ecole au point d’engager un nombre croissant et important d’enseignants et CPE dans son combat.

Mais avec ce rapport et cette enquête, Eric Debarbieux part aux sources de la violence scolaire qu’il situe dans l’idéologie machiste. Les violences sont sexistes et relèvent d ece qu’il appelle "l’oppression viriliste". C’est une certaine représentation de la normalité qui est à l’oeuvre dans les écoles et qui fait des garçons des oppresseurs des filles mais aussi d’autres garçons jugés décalés par rapport à la norme. Ce qu’on reproche aux bons élèves c’est qu’ils se comportent scolairement comme les filles.

Des lieux marquent cette oppression. D’abord la cour de récréation souvent accaparée par les garçons pour des jeux plus ou moins brutaux et non partagés. Ensuite les toilettes, fuies par un tiers des élèves avec tout ce que cela entraine. Dans ces deux espaces la domination des uns sur les autres est marquée sans que cela semble affecter, dans de nombreux endroits, l’Ecole.

Ainsi l’Ecole participe à la construction d’un habitus social qui va organiser la société dans son ensemble. Pour autant, E Debarbieux ne rend pas l’Ecole responsable de tous les maux. "Qu’on ne s’y trompe pas, les violences sexistes ne se construisent pas simplement à l’école, qu’on accuserait ainsi de tous les maux qu’elle n’arriverait pas à contenir. L’école est et reste une chance pour mettre en pratique les valeurs démocratiques que les violences nient. Encore faut-il que cette mission soit véritablement prioritaire".

Il montre aussi des établissements engagés dans le combat contre l’oppression et invite à les rejoindre. Les témoignages qui accompagnent l’enquête ne nous en laissent pas le choix.
François Jarraud

Eric Debarbieux, Arnaud Alessandrin, Johanna Dagorn et Olivia Gaillard, Les violences sexistes à l’école. Une oppression viriliste. Observatoire européen de la violence à l’école. 2018.

L’ouvrage sera disponible très prochainement sur
www.gynophobie.org
et
http://prevenance-asso.fr/

 

Entretien du Café pédagogique avec Eric Debarbieux

Extrait
[...] Mais alors comment expliquer que les filles soient moins brutalisées à l’école que les garçons ?
Le fil rouge de ce rapport est en fait assez simple. Les violences sexistes exercées par certains garçons s’exercent contre le « féminin », en assimilant le garçon « faible » à ce féminin. Bref l’oppression viriliste se construit d’abord du garçon contre le garçon « faible » et les filles sont reléguées, assignées à une résidence sociale très stéréotypées. Mais attention nos chiffres montrent aussi qu’un grand nombre de filles peuvent aussi être directement brutalisées. On observe une bascule importante au lycée… La violence physique diminue du primaire au collège (même si elle paraît plus spectaculaire avec des ados) et devient rare au Lycée… mais par contre l’exclusion sociale sur des normes de genre devient forte avec toutes les « phobies » imaginables, comme bien sûr l’homophobie par exemple (gayphobie ou lesbophobie). La transphobie est un analyseur essentiel de cette exclusion.

Important : ce n’est donc pas d’un manque « d’hommes » que manquent les élèves garçons, comme les thèses dites « masculinistes » le disent… Ajouter du viril au virilisme ne peut régler le problème, au contraire même…

Vous évoquez deux autres catégories d’élèves victimes de ce virilisme : les LGBT et les bons élèves. Quel est le rapport ?
Je rappellerai simplement le témoignage récent d’Edouard Louis dans son livre récent « Qui a tué mon père ? » (p. 33) : il rapporte comment être bon élève est pour un garçon parfois inimaginable. Car « il ne faut pas se comporter comme une fille, être un pédé », et en particulier un des plus forts stéréotypes est l’équation fille=bonne élève, garçon=résistant à l’école. Encore Edouard Louis : « Il n’y avait que les filles et les autres, ceux qui étaient suspectés d’avoir une sexualité déviante, pas normale, qui acceptaient de se soumettre aux régles de l’école, à la discipline »… Tout est là…

Extrait decafepedagogique.netdu 01.06.18 : Eric Debarbieux : L’oppression viriliste et la violence scolaire Retour ligne automatique

 

Violences sexistes à l’école : les garçons sont aussi des victimes

Baisers forcés, voyeurisme, SMS et MMS intimes… Un rapport publié jeudi questionne les violences liées au genre, du primaire jusqu’au lycée.

[...] Comment passe-t-on d’élèves garçons au moins autant exposés aux violences sexistes – si ce n’est plus – que les jeunes filles à des femmes adultes surexposées ? « Quelque chose s’est passé, et pas seulement à l’école », répondent les auteurs, en rappelant que les violences les plus lourdes se jouent « à l’extérieur », dans l’entourage familial notamment. L’école n’en a pas moins contribué à la construction du modèle du « mâle alpha », dominant les filles mais aussi tout mâle ne correspondant pas au « modèle viriliste », dans un « refus du féminin » (et de ce qui est associé au féminin), y compris chez un garçon. Un piège pour les deux sexes.

Cela se joue dans des événements qui peuvent passer pour secondaires mais qui ne le sont pas : les humiliations aux toilettes, le bon élève traité de « pédé »… Des attitudes auxquelles les enseignants sont de plus en plus sensibilisés : une place plus grande octroyée aux garçons dans la cour, une tolérance plus forte en classe quand ils chahutent, des punitions à répétition contribuant à « la fabrique des garçons », pour reprendre le titre de la thèse de ­Sylvie Ayral (PUF, 2011).

Le rapport ne cède pas à l’alarmisme : « Si l’école participe parfois à la construction des violences subies par les femmes (…) elle est aussi un lieu de leur prévention », notent ses auteurs. La formation et la stabilité des équipes en sont deux des conditions.

Extrait de lemonde.fr du 31.05.18 : Violences sexistes à l’école : les garçons sont aussi des victimes

 

Conférence d’Eric Debarbieux au Lycée Champlain de Chennevières
Conférence d’Eric Debarbieux au Lycée Champlain de Chennevières (8 circonscriptions de l’Académie de Créteil – 200 enseignants du primaire)

Extrait de prevenance-asso.fr du 23.02.18 : Le climat scolaire ; simple évidence ou révolution pédagogique ?

Voir aussi le texte intégral d’une conférence d’Eric Debarbieux au lycée : Du "climat scolaire" : Définitions, effets, politiques publiques

Le intégral texte de la conférence (23 p.)

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