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Dossier : La mixité sociale à Avignon après la destruction d’un collège Ambition réussite (Fenêtres sur cours n°432, 24 janvier 2017)

27 janvier 2017 Version imprimable de cet article Version imprimable

Fenêtres sur cours n°432
24 janvier 2017

GRAND ANGLE : Mixité sociale au collège, les Passe-murailles d’Avignon
pp. 10-11]

En 2008, le conseil général du Vaucluse décide la fermeture d’un collège ambition Réussite situé au sud d’Avignon à l’extérieur des remparts et de répartir les élèves sur deux autres établissements du centre-ville. Cette expérience de mixité sociale et scolaire ne s’est pas faite sans heurts ni remous. Retour sur une expérience qui a porté quelques fruits.

« Les premières années, moins de 30 % de ces collégiens poursuivaient au-delà de la troisième, aujourd’hui nous en sommes à plus de 43 %. » Marc Jailin, proviseur à Frédéric Mistral, mesure le chemin parcouru en 8 ans dans son collège et lycée à Avignon. En 2009, son établissement du centre-ville a été contraint d’accueillir 240 élèves supplémentaires, habitant les quartiers sensibles de Monclar et Champfleury. Au point de départ de cette réorganisation, la démolition de l’ancien collège Paul Giéra classé Ambition réussite au cœur de cette zone située au-delà de la voie ferrée qui, au sud de la ville, trace une ligne de fracture urbaine et sociale aussi solide que les remparts qui lui font face. Les élèves furent aiguillés pour la plupart à Mistral [REP] tandis que 80 autres étaient scolarisés au collège Vernet tout proche, sans doute le plus prestigieux des établissements de la cité des papes. Mais cet
accueil ne s’est fait ni sans heurts ni sans difficultés.

« C’était un collège Pailleron, vétuste, pour lequel le conseil général envisageait une opération de démolition-reconstruction », se souvient Latif Dehy. Au milieu des années 2000, ce responsable associatif avait engagé une réflexion sur les politiques publiques au sein d’un groupe constitué de militants associatifs, de chercheurs et d’enseignants. « Le collège comptait de moins en moins d’inscrits, le taux d’élèves en
difficulté frisait les 90 %, nous appelions cet établissement qui laissait peu de chances aux jeunes du quartier de s’en sortir, le ’’mouroir’’ ».
Le groupe, médiatiquement actif, propose de ne pas reconstruire Paul Giéra et de déplacer les élèves vers l’intra-muros, pour créer de la mixité sociale. Un argument dont le conseil général s’est d’autant plus facilement saisi qu’il lui permettait d’économiser la construction d’un nouvel établissement.

Mais dans le centre-ville, les choses n’allaient pas de soi. « Dès que la nouvelle s’est répandue, il y a eu des manifestations d’hostilité des riverains, des pétitions ont circulé », se souvient le proviseur. Voir arriver chaque jour en centre-ville plusieurs
centaines d’élèves issus des quartiers n’enchantait guère les voisins. Cela faisait « 1 700 jeunes qui chaque jour sortaient de la cité scolaire dans un quartier aux rues étroites, ce qui était propice à alimenter les peurs. » Pour apaiser la situation, Marc Jailin et son adjoint de l’époque se lancent alors dans une opération de porte-àporte
pour tenter de convaincre et rassurer.
Pas facile non plus d’intégrer autant d’élèves et de doubler au passage l’effectif du collège. Il a fallu adapter les locaux et faire appel à des personnels supplémentaires débloqués par le conseil général. Mais le plus gros défi a été relevé par l’équipe pédagogique. « Deux équipes ont dû apprendre à travailler ensemble et aucun enseignant n’était préparé à gérer cette hyper hétérogénéité au sein des classes. »
analyse Marc Jailin. « La barre a été tenue, les enfants se sont « mistralisés » et le travail de toute l’équipe a permis d’éviter la catastrophe ».

Pendant ce temps-là, dans le quartier…
Si la mayonnaise a pris à Mistral et Vernet, à Monclar et Champfleury rien n’a vraiment changé. « On ne passe pas ici, on y vient seulement si on a quelque chose à y faire », lâche Isabelle Bouget, maîtresse supplémentaire à l’école Louis Gros classée en REP. La fermeture public fédérateur de projets avec les habitants. « Tout le tissu associatif qui était impliqué a dû se reconstruire sur de nouveaux projets et nous avons mis du temps à refaire venir les jeunes dans nos aides aux devoirs », relate Rémi Martinez, travailleur social du quartier.
La vieille cité HLM a perdu de sa splendeur d’origine et affiche aujourd’hui surtout des murs décrépis, quelques devantures de commerces abîmées mais de toute façon fermées et des rues désertes… Dans ces deux quartiers vit une population particulièrement défavorisée, constituée d’une grande part de personnes originaires du Maghreb et d’une forte communauté gitane. « Ici, on vit en vase clos, certains gamins ne sont jamais sortis du quartier, ils n’ont jamais passé les remparts », poursuit Isabelle Bouget.
Pénétrer dans l’intra-muros, c’est une plongée dans l’inconnu, génératrice de stress pour les élèves. Du coup la préparation à l’entrée au collège est beaucoup investie par les équipes des écoles concernées. « Nos projets de liaison prennent en compte cette peur de franchir les remparts pour se retrouver dans un monde qui n’est pas le leur », confie la maîtresse supplémentaire. Les projets les plus efficaces étant de
son point de vue ceux qui organisent des cours communs à l’école ou au collège et qui permettent la rencontre avant le grand saut. « C’est aussi pour eux des changements de vie importants, ils devront prendre le bus et manger à la cantine. »

La mixité… pas pour tout le monde
Aucun angélisme dans le récit de cette expérience, aujourd’hui les phénomènes d’évitement scolaire se poursuivent. La concurrence du privé est forte sur Avignon et de nombreux parents qui en ont les moyens font les choix optionnels nécessaires pour que leurs enfants se retrouvent à Vernet plutôt qu’à Mistral, où la mixité est plus forte et qui a obtenu le label REP depuis deux ans. Cela ne décourage pas les
proviseurs de ces deux établissements qui proposent de faire à la rentrée prochaine, carte scolaire commune et de rééquilibrer les effectifs sur les deux établissements. L’Inspection académique est d’accord mais il leur reste à convaincre le conseil départemental. Si les enfants de Monclar et de Champfleury passent désormais les remparts, il reste encore des murs à abattre à Avignon.

UNE EXPÉRIMENTATION EN MANQUE DE MOYENS
Re-sectorisation, secteurs multi-collèges, le 13 décembre dernier la ministre de l’Éducation nationale engageait le plan « Agir pour la mixité sociale et scolaire au collège », visant à étendre sur les territoires l’expérimentation en faveur de plus de mixité sociale lancée au lendemain des attentats de Charlie. À ce jour, 82 projets ont été engagés, d’ici deux ans l’objectif est de passer à 248 collèges. Si l’intention de vouloir casser les ghettos va dans le bon sens, sur le terrain la mise en oeuvre pose problème. Le projet de rebattre les cartes sur deux collèges du XVIIIe arrondissement de Paris en est l’illustration. Les deux établissements se distinguent par l’origine sociale de leurs élèves, il s’agit d’introduire plus d’hétérogénéité dans les
deux établissements. Mais pour que ça marche, encore faut-il s’en donner réellement les moyens. Les enseignants réclament des effectifs réduits, du temps de concertation, un deuxième conseiller principal d’éducation... et ne veulent surtout pas perdre ce dont bénéficie le premier collège du fait de son classement en REP.

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