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Où l’on retrouve Jamel Debbouze et la ZEP de Trappes

24 décembre 2005 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Point » du 24.12.05 : Un petit rebeu bien d’ici

Après quatre ans d’absence, voulue, du grand écran, l’acteur le mieux payé de France revient dans « Angel-A », de Luc Besson. Portrait d’un comique très réfléchi à la trajectoire impressionnante.

Paradoxe de notre cinéma : Jamel, l’acteur le mieux payé de France pour « Astérix », ne tournait plus depuis quatre ans. Luc Besson, qui avait lui-même laissé de côté sa casquette de cinéaste pendant six ans, lui offre, avec « Angel-A », un retour qui ne passera pas inaperçu.
On résume un peu vite Jamel à un zébulon tcha-tcheur, habile à faire kiffer son public. Saluons un parcours réfléchi qui évite les redites. Saurait-il en être autrement quand on a pour agent Bertrand de Labbey, l’excellent patron d’Artmedia, et pour conseiller Alain De Greef, qui l’avait appelé à Canal + en 1996 ? D’où cet autre paradoxe. Adoubé dans « Astérix » par son complice Alain Chabat, Jamel a ouvert le règne de ces comiques issus de la scène ou de la télé - José Garcia, Michaël Youn, Eric et Ramzy, Gad Elmaleh - qui affolent certains producteurs de cinéma. Et pourtant, il a décliné, depuis 2001, toutes les grosses comédies franco-françaises. « La Beuze », « Iznogoud » - deux rôles repris par Youn -, « Le boulet » - Garcia en a hérité -, « Les Dalton » - « On lui avait fait le plus grand pont d’or du cinéma français », avoue De Greef -, jusqu’à « La doublure » - 3,5 millions d’euros lui avaient été proposés - de Francis Veber, où Gad Elmaleh l’a remplacé.

Il ne veut pas oublier. Jamel l’avoue, il a fait lanterner pas mal de cinéastes, dans l’attente d’un nouveau challenge. Contacté par Besson, il refuse plusieurs scripts avant « Angel-A », où le cinéaste lui propose d’être son double. Un « André » immature qui ne s’aime pas, apprend à pleurer, à dire « Je t’aime ». Un rôle en or pour le petit rebeu qui « a un bras dans la poche ». Comme tout grand comique, Jamel vise le Bourvil du « Cercle rouge », le Coluche de « Tchao Pantin ». Besson lui apporte cette mue sur un plateau d’argent.

A 31 ans, il vise aussi le politique. L’heure est grave et son pouvoir est immense : l’enfant de Trappes incarne cette génération qui n’a peur de rien. Son dernier spectacle, en 2004, énumère ses détestations : l’intégration - « On n’a pas à s’intégrer, on est d’ici, on est icissien » -, l’« ami Sarko » et sa tolérance zéro, TF1 qui vend de la peur, les profs de ZEP en panique, les conseillers de désorientation. A contrario, il idéalise sa cité « magique » : les cinq continents, les batailles de polochons avec les briques, les cris : « Si les voisins portugais s’engueulaient pas, je pouvais pas dormir. » Le 11 décembre, sur TF1, coproducteur du Besson - paradoxe de la promo -, il incitait les jeunes à aller voter et rappelait l’étymologie de « banlieue », lieu de bannissement : « On les traite comme des merdes. Il ne faut pas s’étonner qu’ils se comportent comme des merdes. » Avec sa Ferrari et ses cachets, Jamel sait qu’il n’est plus des quartiers, mais il ne veut pas oublier.

Comme il ne veut pas oublier son arrière-grand-père tirailleur marocain pour la France en 1914. « A sa mémoire il a fait "Indigènes" », explique Rachid Bouchareb, le réalisateur de ce film très attendu (sortie septembre 2006). Il raconte l’odyssée de l’armée d’Afrique, qui débarqua en Italie puis en Provence, pour libérer en 1944 la mère patrie. « La France ne leur a rendu aucun hommage. » Pour ce tournage, qui a duré de janvier à mai 2005 en présence d’anciens combattants, Jamel a touché le minimum syndical, soit 300 euros par mois. Son nom a été un sésame : « Son amitié avec Mohammed VI nous a permis d’avoir l’appui de l’armée marocaine et de Royal Air Maroc. » Financièrement, Jamel a ouvert aussi quelques robinets : « Comme il le dit, précise Bouchareb, pour un film où il glisse sur des peaux de banane, les télés auraient donné beaucoup d’argent. Là, vu le projet, on en a eu un peu. » Jamel a pris aussi des risques en coproduisant le film avec Kissman, sa société de production.

(...)

François-Guillaume Lorrain

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