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Philippe Watrelot reprend la distinction du Cnesco entre "mixité sociale" et "hétérogénéité scolaire" (dans l’établissement et surtout la classe) et parie plus sur l’attractivité pédagogique que sur la contrainte

10 septembre 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

L’exigence de mixité sociale ne suffit pas

Philippe Watrelot ancien Président du CRAP-Cahiers Pédagogiques

[...] Séparatisme social
A Paris, le séparatisme social est à son maximum, doublé d’une sélection opérée par les établissements eux-mêmes
Ce que constate Piketty est malheureusement exact. L’étude réalisée pour le CNESCO montrait aussi qu’en zone urbaine, à l’inverse des zones moins denses où la pression est moins forte, les collèges urbains sont en concurrence (collèges « souhaités » et collèges « évités ») et reflètent la ségrégation résidentielle. Mais l’étude du CNESCO soulignait aussi que la situation est très variable selon les départements. La ségrégation sociale y varie de 1 à 10, avec une forte concentration en région parisienne, dans le Nord de la France et dans les régions lyonnaise et marseillaise. Et l’exemple extrême est évidemment Paris. Car le séparatisme social y est à son maximum et doublé d’une sélection opérée par les établissements eux-mêmes. Les auteurs de l’étude évaluent à 80% la ségrégation inter-établissements et à 20% le poids de la ségrégation intra-établissements dans la ségrégation sociale (répartition des CSP).

Mixité sociale et hétérogénéité scolaire
La distinction opérée par les auteurs de l’étude du CNESCO est essentielle et nous montre que l’exigence de mixité sociale ne suffit pas. Cette distinction nous renvoie aussi au débat sur le collège et même aux finalités du système éducatif.

On peut avoir de la mixité sociale à la grille du collège ou du lycée mais, une fois entré dans l’enceinte de l’établissement, trouver des classes de niveau terriblement homogènes scolairement par le jeu des options, des filières. Les grands lycées parisiens l’ont compris, ils recrutent au nom de l’égalité des chances de bons élèves des quartiers populaires, et hop, le tour est joué !

On peut recruter des élèves de différents milieux sociaux mais s’ils sont tous bons, on fabrique des classes homogènes

On peut en effet recruter des élèves de différents milieux sociaux mais s’ils sont tous bons, on fabrique des classes homogènes et pas hétérogènes... C’est pourquoi il faut bien faire la différence entre « mixité » et « hétérogénéité ». La mixité sociale, c’est la diversité des origines sociales au sein d’un même établissement. On sait et Piketty nous le rappelle, que du fait des inégalités territoriales et de la carte scolaire, beaucoup d’établissements ont souvent une composition sociale très homogène.

On parle en revanche d’hétérogénéité scolaire lorsqu’au sein d’un même établissement, et surtout d’une même classe, sont réunis des élèves de niveaux scolaires différents. Cette différence peut permettre l’entraide et la coopération entre les élèves. Des études ont montré que cette hétérogénéité profite à tous.

Classes de bons élèves
Jusque-là, dans les collèges, la composition des classes faite dans l’établissement en fonction des options (langues anciennes, classes orchestre, options diverses...) conduisait bien souvent à regrouper les « bons » entre eux (quel que soit leur milieu social) et à pratiquer une sorte de tri avec des classes homogènes (en niveau) : les « bons » d’un côté, les « moins bons » de l’autre. Non, les classes bilangues ne maintenaient pas de l’« hétérogénéité » (car les classes constituées ainsi étaient relativement homogènes) dans les collèges. Cela entretenait de la mixité sociale (du moins aux portes du collège) en conservant éventuellement dans l’établissement des enfants dont les familles auraient essayé sinon d’échapper à la carte scolaire.

La mixité sociale au sein de l’établissement est évidemment importante. Comme le rappelle Marie Duru-Bellat, différentes études révèlent que les élèves des milieux populaires se montrent plus ambitieux quand ils sont en contact avec des élèves venant de milieux plus favorisés. Et sur un plan éducatif on est confronté à la différence plutôt qu’à un repli avec ses seuls semblables. On voit bien les enjeux que cela recouvre en termes de cohésion sociale. L’expression un peu galvaudée de « vivre ensemble » peut trouver du sens dans les établissements scolaires mixtes.

L’hétérogénéité scolaire peut être considérée comme un atout
Mais l’hétérogénéité scolaire est tout aussi essentielle. Si elle est vue par un grand nombre de parents comme un problème, elle peut au contraire être considérée comme un atout. Les études récentes arrivent toutes à la même conclusion : la mixité a des effets positifs ou neutres sur les résultats scolaires de l’immense majorité des élèves.

Sur le plan des apprentissages, les élèves les plus faibles « gagnent » évidemment à fréquenter une classe hétérogène plutôt qu’une classe de niveau homogène. Il y a un effet d’entrainement mais aussi de la coopération qui peut profiter également aux meilleurs. En aidant, je comprends mieux moi même... Toutefois si vous mettez des très bons élèves avec des très mauvais, cela ne fonctionnera pas bien nous rappelle Nathalie Mons. Pour que cette hétérogénéité soit efficiente, la recherche a montré qu’il faut que les élèves moins bons puissent s’identifier à leurs pairs ayant un niveau scolaire plus élevé mais atteignable. Cela suppose aussi que les enseignants soient mieux formés à une pédagogie différenciée et à la mise en œuvre de pratiques coopératives en classe.

L’enjeu de l’hétérogénéité des classes est donc bien plus important et complexe et renvoie en effet à la logique de l’élitisme et de la sélection qui traverse tout le système français et entre en tension avec l’ambition d’un collège unique.

Jouer sur les deux tableaux

Les évolutions en cours doivent jouer sur les deux tableaux de la mixité et l’hétérogénéité. La réforme du collège en cours a fortement réduit les possibilités de créer des classes de niveaux par le jeu des options. De même, si on pousse la logique, la fin du redoublement va amener à poser l’hétérogénéité de la classe comme une situation banale. De grandes évolutions peuvent découler de cette réforme, dans et hors de la classe. Si on joue le jeu...

Pour créer plus de mixité, on peut se demander si la solution réside dans la contrainte. Certes, il est possible d’envisager d’intégrer le privé sous contrat dans la carte scolaire. On pourrait aussi évaluer les établissements et donc conditionner les moyens attribués sur ce double critère de la mixité et de l’hétérogénéité. On peut aussi revoir les modalités d’affectation et la carte scolaire. Mais plutôt que de dire aux CSP+ de sortir les gamins du privé et de les remettre dans le public pour tirer vers le haut les CSP-, peut-être faudrait-il plutôt s’interroger sur les arguments qui pourraient faire revenir ces enfants-là dans un collège de secteur.

Il faut faire le pari (osé ?) que chaque établissement – même ceux que fuient les familles des classes aisées — saura cultiver son attractivité

Il faut faire le pari (osé ?) que chaque établissement – même ceux que fuient à ce jour les familles des classes aisées — saura cultiver son attractivité. Pour ce faire, les collèges ne pourront plus s’appuyer sur les options mais sur les projets interdisciplinaires encouragés par la réforme et une offre linguistique nouvelle. Plutôt que de résider dans la contrainte, l’enjeu est surtout pédagogique…

Dans le même bateau…

Mixité et hétérogénéité sont dans un bateau, hétérogénéité tombe à l’eau, qu’est-ce qui reste ? Le collège actuel avec ses classes d’élite et ses « classes poubelles ». Mixité et hétérogénéité sont dans un bateau, mixité tombe à l’eau... Subsiste une faible hétérogénéité peu stimulante dans des collèges ghettos (de riches ou de pauvres). Mixité et hétérogénéité sont dans un bateau, les deux tombent à l’eau... Demeurent l’élitisme (même pas républicain), la sélection et le séparatisme social... Est-ce cela que l’on veut ? Mixité et hétérogénéité sont dans le même bateau et il faut naviguer avec les deux !

Extrait de alterecoplus ;fr du : L’exigence de mixité sociale ne suffit plus

 

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