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Introduction à la Journée d’études "35 ans d’éducation prioritaire : histoire(s) et mémoire(s) pour demain", 1er juillet 2016, par Lydie Heurdier (photos)

22 juillet 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Introduction à la
Journée d’études « 35 ans d’éducation prioritaire : histoire(s) et mémoire(s) pour demain

1er juillet 2016 - par Lydie Heurdier


De gauche à droite sur la photo : Jean-Yves Rochex, Jean-Paul Delahaye, Lydie Heurdier

Tout d’abord nous souhaitons remercier chaleureusement Françoise Banat-Berger, directrice des Archives Nationales, et Emmanuel Rousseau, le directeur des Fonds, pour leur soutien immédiat au projet d’archivage que nous leur avons présenté en décembre 2014. Tous nos remerciements aussi à l’Université Paris 8, à sa Présidente et à la commission recherche, pour l’attribution d’un financement spécifique pour cette journée d’études.

L’idée qu’il fallait s’atteler très vite à sauvegarder les traces de l’histoire de l’éducation prioritaire en France avait été souvent évoquée par des militants « historiques » mais il restait à la mettre en œuvre. Il existe en effet des militants historiques de la lutte contre les inégalités sociales et scolaires, certains sont d’ailleurs dans cette salle, et nous les remercions de leur confiance et intérêt pour cette nouvelle entreprise.

L’un d’entre eux nous a malheureusement quittés définitivement le 5 avril 2016. C’est avec émotion que nous dédions cette journée à la mémoire de Christian Join-Lambert. En décembre dernier, il avait encore pu prendre son téléphone pour me dire qu’il voulait vraiment participer à ce projet. Il souhaitait que ses archives personnelles soient versées au plus vite. Ce vœu sera exaucé à la rentrée prochaine, grâce à sa fille Odile qui a pris en charge un premier inventaire de ces archives privées. Militant socialiste, militant d’un service public de qualité, Christian Join-Lambert, énarque en poste à la Cour des comptes, a été chargé de mission auprès d’Alain Savary de 1981 à 1984. C’est lui l’auteur principal de la circulaire du 1er juillet 1981, initiant en France la politique ZEP, puis de la suivante, celle du 28 décembre 1981. Deux circulaires historiques.
Il a été également à l’initiative de la création de l’association « Observatoire des zones prioritaires » en 1990 avec d’autres acteurs engagés dont Alain Bourgarel. Nous entendrons Alain cet après-midi, dans l’extrait de l’interview filmé en février dernier par Régis Guyon, rédacteur de chef de la revue Diversité publiée par CANOPE, partenaire de cette journée. L’OZP est également depuis le début du projet un partenaire convaincu. Jean-Paul Tauvel (à droite sur la photo) présentera cet après-midi le site de l’association, vraie mine pour qui s’intéresse à l’éducation prioritaire.

Cette journée, trente-cinq ans, jour pour jour, après le premier texte officiel créant l’éducation prioritaire en France, s’inscrit dans le projet général d’inventaire et de versement de fonds d’archives, publics et privés, comme une première pierre. Nous souhaitons qu’au terme de la journée, vous repartiez tous convaincus de l’utilité et de l’urgence de ces versements. Les contacts et échanges entre les chercheurs, les administrateurs, les enseignants, les archivistes présents aujourd’hui seront sans nul doute facilitateurs de futures collaborations.

Plusieurs objectifs scientifiques sont fixés.
D’une part, aborder l’éducation prioritaire depuis un point de vue socio-historique et poser des jalons pour une meilleure connaissance de cette politique, de ses amonts et de ses évolutions. Montrer les angles morts de l’historiographie actuelle ou les terrains d’enquête à défricher devrait contribuer à orienter les actions de collecte de fonds.
D’autre part, aborder frontalement les questions d’archivage : développer et favoriser la collecte de toutes les traces de cette politique, quels qu’en soient le support (papier, numérique, audio-visuel), l’origine (institutionnelle ou individuelle, publique ou privée) et le niveau (national, académique, départemental ou local).

Cette journée permettra également de réfléchir à une campagne de collecte d’archives orales. L’intervention de Florence Descamps, spécialiste de la question, nous fournira des éléments et des points d’appui pour concrétiser cet aspect de notre projet. Car au-delà des ministres et membres des cabinets, la mise en œuvre et le fonctionnement des ZEP au quotidien a concerné de très nombreux acteurs aux différents niveaux hiérarchiques : membres de la DGESCO, recteurs, chargés de mission, inspecteurs d’Académie, inspecteurs de circonscription, conseillers pédagogiques, coordonnateurs de ZEP, principaux, directeurs d’école, enseignants, partenaires locaux, etc. Tous ces acteurs sont de potentiels témoins.
D’ores et déjà, il existe des témoignages disponibles, intégrés dans la collecte plus large effectuée par le Service d’histoire de l’éducation de l’INRP, en particulier par Pierre Mignaval et Françoise Lepagnot-Leca que nous remercions pour leur contribution qui figure dans le dossier.

Nous avons souhaité mettre à votre disposition dans ce dossier, conçu comme un document de travail, des éléments à forte valeur symbolique, en sus d’une chronologie et d’une bibliographie. En complément, des vitrines dans le hall présentent des documents qui nous ont semblé importants pour retracer ces 35 ans d’existence.
Dans le dossier figure l’article écrit par Brigitte et Alain Bourgarel en 1969 dans la revue Interéducation « Pour ou contre les ‘ZEP’ ? », bien avant donc la création des zones prioritaires, qui est sans doute la première introduction, en France, de l’idée de ZEP.
Vous trouverez également la reproduction des couvertures de deux ouvrages du CRESAS (Centre de Recherche de l’Education spécialisée et de l’adaptation scolaire), créé en 1969 au sein de l’INRP.
Et puis la fameuse circulaire du 1er juillet, signée de la main d’Alain Savary, conservée ici aux Archives nationales.

Le Centre Alain Savary (CAS), créé par une note du 19 mars 1993 au sein de l’INRP toujours, en tant que ‘Centre de ressources sur les pratiques éducatives et sociales en milieux difficiles’, aujourd’hui un des services de l’Institut français de l’éducation, rattaché à l’ENS Lyon, a publié la revue « XYZEP », dont Jean-Yves Rochex était le premier rédacteur en chef. Nous donnons ici un aperçu des trois premiers numéros parus. Le CAS est également partenaire de cette journée.

Enfin, un dernier partenaire et non le moindre, la DGESCO qui, depuis deux ans, soutient notre projet, grâce au relais de Marc Bablet dont chacun mesure le travail conséquent dans la Refondation à l’œuvre aujourd’hui. Il interviendra avec son ancienne collègue Anny Aline. Ces témoignages d’acteurs du niveau central apporteront un éclairage complémentaire à celui de Jean-Paul Delahaye, qui retracera pour nous toutes ses rencontres professionnelles avec l’éducation prioritaire, de 1981 à 2014.

Jean-Yves Rochex, Marc Bablet, Anny Aline, Philippe Bongrand

Du côté des archivistes, deux interventions à deux voix : celle d’Audrey Ceselli et Priscille Burette, l’une en poste aux Archives de Paris, l’autre au rectorat de Rouen ; celle de Fabien Oppermann et Emmanuelle Giry, conservateurs du patrimoine, qui nous présenteront l’état des lieux national des sources existantes.

Priscille Burette, Audrey Ceselli


Dominique Glasman, Fabien Oppermann, Emmanuelle Giry

Enfin, du côté des chercheurs, Philippe Bongrand s’intéressera aux CAREP, centres académiques de ressources pour l’éducation prioritaire, inégalement présents sur le territoire ; Xavier Riondet, pour sa part, examinera comment la revue les Cahiers pédagogiques, du CRAP (Cercle de recherche et d’actions pédagogiques), a accompagné l’éducation prioritaire depuis 35 ans.

Dominique Glasman, Florence Descamps, Xavier Rondet

Deux moins jeunes chercheurs, Mathias Gardet et moi-même aborderons en duo la question sensible de la carte des ZEP.

Et pour finir, Dominique Glasman qui présidera la séance de cet après-midi clôturera cette journée en compagnie d’Anne-Marie Chartier. Près de 20 ans après les Assises de Rouen, ils se retrouveront pour cet exercice de synthèse. Merci à eux.

Dominique Glasman, Anne-Marie Chartier

L’OZP mettra en ligne certaines interventions de la journée, celles qui ne seront pas publiées dans le numéro de septembre de Diversité, consacré lui aussi aux 35 ans de l’éducation prioritaire. Il n’y aura en effet pas d’actes publiés.

Quelques éléments pour s’y retrouver localement
La recherche que j’ai conduite dans trois académies et trois départements pour la période 1981-2000, met en évidence une grande diversité dans le pilotage, comme dans les modalités de classement, le suivi des projets de ZEP, y compris pendant les temps de silence national. La déconcentration souhaitée, l’appel à l’initiative des acteurs de terrain, explique en grande partie les différences. Habitués à un fonctionnement hiérarchique et centralisé, les autorités intermédiaires comme les personnels des établissements n’ont pas tous été en mesure de s’approprier les dynamiques nouvelles souhaitées par le national. Là où, comme à Dreux en Eure-et-Loir ou bien à Clichy-Montfermeil, des embryons de travail en équipe et par projet, une réflexion globale, préexistaient, la démarche attendue s’est enclenchée sans délai et a pu se poursuivre dans le temps.

Si l’impulsion nationale est apparue comme indispensable, le recteur et les inspecteurs d’académie ont porté un intérêt variable à cette politique, avec des conséquences sur la mise en œuvre et le suivi. Donc il y a besoin à la fois d’un cadrage national fort et d’un pilotage régulier dans les échelons déconcentrés, facilitateur et soutien des zones prioritaires.

En fait, l’implication de nombreux acteurs à tous les niveaux hiérarchiques conditionne une mise en œuvre optimale. Ce qui ne s’improvise pas et nécessite des formations différenciées, des accompagnements pédagogiques et administratifs, et plus largement une transformation des habitudes et pratiques. Pour mémoire, je rappelle qu’il a existé dès 1982 des formations interdegrés et partenariales, mais cet élan initial, cette ouverture sur l’extérieur de l’école, ces tentatives de décloisonnement internes, ont assez vite disparu du paysage éducatif. Il en reste parfois des traces dans les archives…

Justement, dans les archives consultées, à aucun moment je n’ai rencontré le terme de discrimination positive, pas plus que celui de politique compensatoire, sur les libellés des documents ou des boites d’archives, termes davantage utilisés dans la recherche.
Comme cette politique est restée dans le droit commun, parfois l’éducation prioritaire n’est pas mentionnée explicitement, et il faut chercher dans les documents relatifs aux établissements classés (procès-verbaux de conseils d’administration, projets pédagogiques, etc.), dans les données statistiques, dans les comptes rendus de CDEN. D’où l’importance de connaitre la carte de l’éducation prioritaire, de disposer de la liste des établissements classés.
Selon le contexte et les territoires, les documents peuvent être classés également dans des boites où figurent seulement « Politique de la ville », « DSQ », « DSU ».
Et puis, pour les plus jeunes d’entre nous, la succession de sigles ne simplifie pas la collecte de traces : zone prioritaire et zone d’éducation prioritaire entre 1981 et 1999 ; ZEP et REP (réseau d’éducation prioritaire), de 1999 à 2006 ; réseau ambition réussite (RAR) et réseau de réussite scolaire (RRS) de 2006 à 2010 ; apparition de CLAIR (Collèges, lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite), puis ECLAIR qui cohabitent avec les RRS de 2010 à 2014 ; enfin reprise de REP et REP+ depuis la Refondation.
Il arrive, souvent, que des collèges classés dès 1981 le soient encore aujourd’hui, et aient connu cette succession d’appellations.
Bref à chaque fois, une collecte et un repérage larges, pour espérer obtenir des éléments permettant d’étudier historiquement la mise en œuvre locale.

Pour conclure cette présentation générale, quelques mots sur les autres volets du projet d’archivage que nous envisageons, malgré l’absence de financement à ce jour.
D’une part, développer les versements de fonds publics et privés aux Archives, départementales ou nationales. Un premier recensement permet d’envisager à court terme le versement aux Archives nationales de plusieurs fonds de tailles très variables : celui d’Alain Bourgarel le plus conséquent, ceux de Jean-Yves Rochex, de Jean-Claude Emin, de Marc Bablet, de Marie-Gabrielle Philip, et de Christian Join-Lambert.
D’autre part, la constitution d’un Guide des sources de l’éducation prioritaire en France, numérique, accessible en ligne gratuitement, et évolutif. Pour le réaliser, nous aimerions que des étudiants de master Archives (1e et 2e année) participent à l’occasion de leur stage obligatoire.
Face à cette politique fortement décentralisée, à la diversité de la mise en œuvre territoriale, à la complexité due aux multiples partenariats, en particulier ceux avec les acteurs de la politique de la ville, s’impose dans un premier temps le recensement de toutes les ressources déjà disponibles dans les archives départementales de métropole comme des territoires ultramarins. En ce qui concerne les archives nationales et les Archives de Paris, ce travail existe déjà et pourra être intégré au futur Guide des sources.

Puis, dans chaque académie, en collaboration avec les archivistes territorialement compétents (archivistes départementaux, du Rectorat, etc.), il faudrait recenser les archives encore existantes des établissements classés en éducation prioritaire (écoles et collèges en très grande majorité). Rappelons qu’existe une obligation légale de versement des documents de travail, pour tous les services académiques et départementaux, les inspections de circonscription.
La tâche étant lourde, nous envisageons, en lien avec les Archives nationales, un échantillonnage raisonné, afin de parvenir à une cohérence des fonds recensés. Les départements retenus permettront de rendre compte de la diversité des territoires prioritaires (milieux ruraux, urbains et périurbains notamment) tout en prenant en compte, pour des raisons de faisabilité, l’ancrage géographique des universités formant les étudiants en archivistique dont pourraient être issus les stagiaires contribuant au projet. Des centres de formation au master archives existent à Aix-Marseille, Angers, Lille, Lyon, Paris 8, Paris 13, Saint-Quentin-en-Yvelines.

Ce projet d’archivage ne peut être porté seulement de Paris et par notre petite équipe. Nous comptons sur vous tous, et sur tous ceux qui n’ont pu être là aujourd’hui pour relayer, sensibiliser, initier des recensements et versements, repérer des témoins précieux pour la compréhension de tout ce qui s’est fait dans les ZEP. Car nous savons bien que quotidiennement depuis 35 ans, dans ces territoires aux prises avec les plus grandes difficultés sociales, malgré des résultats parfois décevants et des expériences malheureuses, les personnels en poste à tous les niveaux n’ont cessé de lutter contre le déterminisme social.
Ce projet d’archivage a vocation aussi à rendre hommage à tous ces acteurs anonymes engagés, dans un combat permanent, pour plus de réussite scolaire et de justice sociale.

Lydie Heurdier

Laboratoire CIRCEFT, Université Paris 8

 

Les documents et comptes rendus de cette journée actuellement en ligne :

-La brochure de présentation de la Journée Paris 8 / Archives Nationales du 1er juillet 2016, avec plusieurs documents d’archives (23 p.)

- "A la recherche des archives de l’éducation prioritaire au rectorat de Rouen : Un vrai jeu de piste". Intervention de Priscille Burette à la journée Paris8 / Archives nationales, 1er juillet 2016

- L’archivage par la BNF du site OZP et des sites nationaux dédiés. Les modes de recherche (journée Paris 8 / Archives Nationales, 1er juillet 2016)

- "Pour ou contre les ZEP ?", par Alain et Brigitte Bourgarel, in Interéducation : le premier article qui parle des ZEP, en 1969 !
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