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Les internats d’excellence : un nouveau défi éducatif ?, publication de l’important rapport de recherche (octobre 2012) coordonné par le Centre Alain Savary (IFE, 205 p.)

24 janvier 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

Les internats d’excellence : un nouveau défi éducatif ?

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L’INTERNAT, UN MOTEUR POUR LA RÉUSSITE SCOLAIRE ?
Les internats d’excellence, entre tradition et nouveau défi éducatif.
Rapport de recherche réalisé avec le soutien de l’ACSÉ

sous la direction de
Patrick RAYOU
et Dominique GLASMAN
Avec le concours de
A.-Marie Benhayoun, centre Alain-Savary
Audrey Boulin, univ. Paris V
Carole Daverne-Bailly, univ. Rouen
Dieynebou Fofana, univ. Créteil
Michèle Guigue, univ. Lille
Anne Jorro, univ. Toulouse
Séverine Kakpo, univ. Paris 8
Laurent Lescouarch, univ. Rouen
Françoise Lorcerie, univ. Aix-en P.
Benjamin Moignard, univ. Créteil
Catherine Pérotin, AQE
Patrick Picard, centre Alain-Savary
Patrick Stéfani, centre Alain-Savary
Filippo Pirone, univ. Paris 8

Lire le rapport (205 p.)
 

Extrait de la conclusion :
Cet apport spécifique des IE à la lutte contre les inégalités scolaires et aux évolutions de l’Education Prioritaire demande cependant à être approfondi et analysé plus avant.

Que les bénéficiaires directs ou les acteurs impliqués « trouvent leur compte » dans un dispositif ne signifie pas pour autant que celui-ci, à un niveau plus global, ne pose pas des questions massives au système dont il fait partie (par plus, par exemple, qu’une réduction massive des impôts, répartie sur de larges fractions des contribuables, toute satisfaisante qu’elle soit pour chacun d’entre eux, ne serait du même coup automatiquement favorable à la collectivité). En raison même des résultats dont ils aiment se prévaloir ou dont on peut les créditer, les IE tendent un redoutable miroir à l’école publique.
En effet, les internes d’excellence ne sont pas tous excellents, loin de là, et ne le deviendront pas, ils restent et resteront vraisemblablement des élèves aux performances « honnêtes » et « honorables » plus que brillants ; pour le dire autrement, leur excellence sera d’avoir accompli un parcours de bon élève, d’avoir été en mesure de choisir une orientation plutôt que de devoir la subir, et cela – ce n’est pas rien – dans une certaine sérénité. Il n’est pas certain qu’ils auraient pu
y parvenir sans l’encadrement de l’IE, sans tout ce que l’IE leur a apporté. En conséquence, on ne peut que s’interroger : pourquoi ce qui est possible dans le cadre de l’IE n’est-il pas possible dans un collège ou un lycée « ordinaire » ?

Qu’est-ce que l’existence des IE évite ou semble épargner de traiter dans l’ensemble du système et plus particulièrement dans les établissements situés dans les zones les plus frappées par la crise sociale ? Renvoyer aux seules conditions sociales et familiales des élèves l’absence de soutien et d’accompagnement du travail, en semblant sous-estimer ou accepter la déréliction du contexte de scolarisation dans lequel collégiens et lycéens des « zones sensibles » sont placés, en prenant aussi comme une sorte d’acquis voire de fatalité les effets multiples de la ségrégation urbaine sur les histoires familiales et la croissance des enfants ou des adolescents, c’est risquer de sacrifier le grand nombre pour sauver quelques « happy few » ; c’est risquer d’abandonner la majorité à son sort, plus volontiers indexé sur l’indignité des individus – faible « potentiel », peu de volonté de s’en sortir, démission parentale, …- que sur ce qui, dans l’organisation scolaire autant qu’urbaine, détermine si lourdement les destinées des collégiens et des lycéens.
Et en même temps, les IE indiquent et balisent des chemins empruntables, en matière de suivi du travail, ’attention à la personne des adolescents et de bien-être à l’école, en matière aussi de relation avec les parents. Cela avec des moyens, avec un engagement des professionnels, et une attention institutionnelle constante. La fonction objective des IE au sein du système éducatif peut, selon ce que l’on en fait,
être de servir d’alibi aux insuffisances de l’école publique dans certaines zones et de justifier une approche de plus en plus individualisante de l’action éducative et des destins scolaires, ou de constituer un terrain d’expérimentation de solutions potentiellement transférables au bénéfice de l’ensemble du système.

Si, en raison des limites évoquées plus haut ou, plus encore, en raison des critiques qui peuvent lui être faites, le programme IE devait être abandonné, il serait cependant
incompréhensible et inacceptable, pour les élèves qui y sont entrés et pour les parents qui espèrent tant en ses promesses, que les internes d’excellence ne puissent aller au terme du cycle d’études qu’ils y ont entrepris. C’est la continuité de l’Etat – réaffirmé en l’affaire comme Etat éducateur – qui se trouve ici engagée.

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