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11/02 - Le principe d’égalité au cœur de la manif des lycéens

12 février 2005

Extrait du «  Monde » du 12.02.05 : "La réforme Fillon, c’est du favoritisme implicite. On aura un bac 93 et un bac 75"

A Paris, entre 15 000 et 40 000 lycéens ont défilé dans une ambiance festive

En courant, en chantant, en rigolant, 15 000 lycéens, selon la police, 40 000, selon les organisateurs, ont défilé dans une humeur festive, jeudi 10 février, à Paris, pour dénoncer la réforme Fillon du baccalauréat. Venus en nombre des lycées parisiens, sans doute un peu moins de la banlieue, les manifestants franciliens ont défilé - dans une forte odeur de cannabis - aux cris de « Non, non, non à la réforme Fillon », « Fillon, démission ! »

Si les mots d’ordre de mobilisation englobaient l’ensemble du projet de loi Fillon sur l’école, c’est bien le baccalauréat qui pousse les lycéens dans la rue - souvent pour la première fois puisque les dernières manifestations remontent à l’élection présidentielle de 2002. Des lycéennes du prestigieux lycée Henri-IV sont venues défendre le caractère national du diplôme. "On manifeste contre Fillon parce qu’on est solidaires avec les autres. C’est vrai que le système est déjà inégalitaire, mais un contrôle continu au bac le rendrait encore pire, comme ce qui se passe aux Etats-Unis", estime une élève de 17 ans en refusant de donner son nom.

A l’autre extrémité du prestige scolaire, les lycéennes de Bergson (19e arrondissement), un établissement accueillant surtout des élèves qui n’ont pas été acceptés dans les autres lycées, craignent la dévalorisation de leur diplôme : "Avec le contrôle continu, il y aura un bac Charlemagne -du nom d’un lycée plus favorisé- et un bac Bergson", explique Paloma, 18 ans, élève en terminale littéraire. "Aujourd’hui, si on s’accroche, si on a des bons résultats, on peut accéder à une bonne classe prépa. Demain, même si on a une énorme volonté, on ne pourra plus le faire", ajoute la lycéenne.

Les rares banderoles - les lycéens n’ont visiblement pas eu le temps d’en préparer beaucoup - fustigent les risques d’accroissement des inégalités du fait de la réforme : ZEP ne veut pas dire "zone d’élèves pourris", proclame une affiche en carton ; "Education Fillon égale élevage de cons", affirme une autre pancarte. Ou moins poli : "Fillon, serre les fesses, on arrive à toute vitesse".

Soutien des enseignants

Les lycéens craignent que l’image d’une ville ou d’un quartier ne soit déterminante dans l’intégration future des bacheliers. "Nous, on vient du 94 -Val-de-Marne-. Si on est identifié à notre ville, on aura plus de problèmes pour trouver du travail", estime Thomas, 18 ans, élève de première technologique. "La réforme Fillon, c’est du favoritisme implicite. On aura un bac 93 et un bac 75", assure Riad, 17 ans, élève en seconde à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. "Nous, on pense à nos petits frères et à leur avenir, dit-il. Ils voudraient que les moins bons aient moins d’options, de moins bonnes études. Si le gouvernement fait ça, c’est qu’ils ont besoin d’éboueurs, de petits métiers."
(...)
Luc Bronner

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