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Avec l’aide d’une réalisatrice, sept élèves de 3e du collège REP+ Jean Lurçat de Saint-Denis réalisent un court métrage sur l’homophobie

20 mai

Des élèves du collège Jean Lurçat de Saint-Denis nous ouvrent les yeux sur l’homophobie

Sept élèves de 3e du collège [REP+] Jean Lurçat de Saint-Denis, accompagnés par la réalisatrice Émilie Desjardins, ont imaginé un court métrage sur le thème de l’homophobie. Leur œuvre s’inspire d’un monde basé sur des critères de jugement décalés afin d’expliquer le problème de manière plus percutante.

Les prémices du projet

En 2020-2021, Aboubacar, Aïssatou, Jason, Mahayana, Océane, Omar et Riad, élèves à l’internat du collège Jean Lurçat de Saint-Denis, se sont lancés dans la réalisation d’un court métrage pour dénoncer l’homophobie.
Pourtant, lorsque Émilie Desjardins, réalisatrice de court-métrages sur la thématique du sexisme, est venue à leur rencontre, les sept élèves de 3e n’étaient pas forcément persuadés de vouloir s’engager dans ce projet...

À l’origine du projet ?

Le souhait des équipes éducatives du collège de mener un travail qui réponde aux besoins des élèves en termes d’éducation à la vie affective afin de mieux prévenir les violences sexistes. Ainsi, après des échanges entre l’équipe de la vie scolaire du collège - et notamment Mme Hamzaoui, une des CPE - avec les différents partenaires, dont Mme Leroy, chargée de mission Droits des femmes à la mairie de Saint-Denis, et Mme Belgherri, chargée de mission Climat scolaire au Conseil départemental, il avait été décidé de proposer des interventions de la Maison des femmes de Saint-Denis aux élèves de 3e ainsi qu’une rencontre avec Mme Desjardins dans l’objectif de réaliser un court-métrage dans le cadre du dispositif "Jeunes contre le sexisme".
"Jeunes contre le sexisme" est un dispositif soutenu par l’Observatoire départemental des violences envers les femmes, la Direction des services départementaux de l’éducation nationale de la Seine-Saint-Denis et le Mouvement français du planning familial. Il permet de sensibiliser les élèves contre les stéréotypes de genre et les violences sexistes en les accompagnant, en les faisant réfléchir et en leur permettant de s’exprimer, notamment à travers des vidéos.

Des acteurs à convaincre

Mme Desjardins s’est donc rendue au collège Lurçat, un mercredi après-midi, et y a rencontré des élèves de l’internat.
Ils n’étaient pas au courant du projet, elle a donc pris le temps de le leur expliquer et les échanges se sont vite révélés très fructueux.
Lorsque la discussion s’est engagée sur l’homophobie, les opinions se sont faites assez tranchées et très opposées. Mme Desjardins a su alors exploiter ces différences pour expliquer aux élèves que c’était justement tout l’intérêt du projet : utiliser ces différents points de vue pour communiquer le meilleur des messages qui soit pour parler de l’homophobie puisque toutes les sensibilités seraient ainsi représentées dans le court métrage ; de la différence naîtrait la richesse de leur création.

C’est là la particularité des courts métrages qui sont réalisés par les collégiens dans le cadre du dispositif : ces clips vidéos touchent tout le monde car ils véhiculent ce regard particulier, à la fois singulier et pluriel, sur ce que les jeunes vivent au quotidien, le tout toujours teinté d’une pointe d’humour, un décalage voulu qui fait encore mieux accepter le message.

Les élèves étaient alors presque embarqués dans l’aventure quand une pierre d’achoppement a surgi : "Mais on ne veut pas qu’on voit nos têtes !" Mme Desjardins les a bien vite rassurés, ils allaient donc se lancer dans un film d’animation et leur propos seraient illustrés par des dessins les représentant en situation de discussion.

Des arguments qui percutent

Le moment était venu de se lancer dans l’écriture du scénario : trois séances de trois heures, le mercredi après-midi sur leur temps libre. Les élèves étaient maintenant très enthousiastes.

Les arguments se sont développés au cours d’une "battle" de rhétorique dans laquelle deux groupes confrontaient leurs points de vue sur la question de l’homophobie, les expliquaient, les développaient.
Les élèves se sont révélés de vrais philosophes, se questionnant sur leurs arguments de façon critique et rationnelle et allant jusqu’au bout de leurs réflexion. Ils ont alors envisagé de traiter le sujet sous la forme d’une métaphore : "Imagine qu’au lieu de parler de l’homosexualité, on parle d’avoir les yeux bleus. T’aurais un monde où tu serais jugé sur la couleur de tes yeux, un truc que t’as pas choisi mais sur lequel les autres se permettraient de donner leur avis". Et les élèves ont développé cette théorie par l’absurde pour mieux faire comprendre le problème. Dans leur monde imaginaire, certaines émotions sont même devenues interdites car "c’est bien connu, les larmes ça change la couleur des yeux !"

Une journée pour enregistrer

Les voix des élèves sont simplement justes, posées, sans hésitation aucune et elles sont très bien mises en valeur par les illustrations elles aussi simples et sans fioriture de Benjamin Sanchez qui laissent toute leur place aux mots.
Les dialogues sont ciselés, ils sont percutants, ils sont brillants dans leur innovation argumentative. Le spectateur ne peut rester indifférent, on écoute, on sourit parfois, mais avant tout et surtout on s’interroge sur des idées entendues et trop souvent admises.

"Si mon fils il est gay, moi j’le frappe et après j’le jette !
 Sérieux, mais ils en ont pas marre eux d’être aussi cons ?
 L’homophobie, franchement, c’est un truc de dingue. Imagine un monde, une société qui partirait du principe que tout le monde doit avoir les yeux noirs et rejetterait ceux qui ont les yeux d’une autre couleur.
 Mais tu dis n’importe quoi ! C’est pas du tout pareil !
 Ca marche pas les yeux, c’est con. La sexualité, c’est pas un truc qui se voit. La couleur de tes yeux, c’est génétique, ça vient de tes parents. L’homosexualité, c’est pas génétique, si ?
 On sait pas en fait. Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas un choix. Vu comment nos sociétés sont homophobes encore, si c’était un choix la question serait vite répondue !
 Ben non, pourquoi ?
 Tu crois que quelqu’un choisirait le harcèlement, les discriminations, les violences, tous les rejets qui mènent certains au suicide ? Franchement, réfléchis ! Il faudrait être maso !"

C’est là le début des dialogues que l’on peut entendre dans le court métrage qui nous est proposé par Aboubacar, Aïssatou, Jason, Mahayana, Océane, Omar et Riad, il ne s’agit en aucun cas d’un morceau choisi car il est tout simplement impossible de sélectionner un extrait : tout est à écouter, tout est à savourer.

► Pour visionner le court métrage

► D’autres courts métrages réalisés par des collégiens de la Seine-Saint-Denis accompagnés par Mme Desjardins
Lien vers le site Idéokilogramme

Extrait de dsden93.ac-creteil.fr du 11.05.22

 

Homophobie, transphobie : École, encore un effort !

A l’occasion de la journée mondiale du 17 mai, l’association SOS Homophobie publie son rapport sur les discriminations, qui continuent à détruire des personnes jusqu’au sein de l’Ecole. Témoignages et analyses éclairent les violences et les résistances. « Des avancées sont à noter de la part de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur dans la lutte contre les LGBTIphobies : la circulaire sur l’accueil des enfants transgenres à l’école est un premier pas vers plus de reconnaissance de la part de l’institution, tout en oubliant les élèves mineur‧es trans puisqu’elle est conditionnée à l’accord parental et va à l’encontre du principe même d’autodétermination. De plus, cette année encore, SOS homophobie reçoit des témoignages évoquant une hostilité de la part des directions ou des professeur‧es. Il est aujourd’hui crucial de proposer des formations adaptées au corps professoral, afin de l’éduquer mais également de lui donner les réflexes et ressources nécessaires pour accueillir les élèves LGBTI avec bienveillance. »

Le rapport sur les LGBTIphobies 2022 (172 pages)

Extrait de cafepedagogique.net du 17.05.22

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