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Education morale et civique (EMC) : Devant le Sénat, J.-P. Obin juge "très difficile de savoir ce qui se passe dans les Inspé" (ToutEduc)

6 janvier

Education Morale et Civique : J-P Obin juge “très difficile de savoir ce qui se passe dans les Inspé" (Sénat)

Après avoir rendu en juin 2021 un rapport sur la formation des enseignants à la laïcité et aux valeurs républicaines (voir ici), Jean‑Pierre Obin était auditionné hier 4 janvier au Sénat pour éclairer la mission d’information “Culture Citoyenne“ qui axera ses travaux en grande partie sur l’éducation.

Ainsi pour l’inspecteur général honoraire de l’Éducation nationale, le but est de savoir comment renouer la confiance entre élus et citoyens (et donc les jeunes scolarisés). Il constate un désengagement politique et citoyen, une "déconsolidation" de la démocratie et cite Yascha Mounk (Le peuple contre la démocratie, 2018) dont les travaux depuis 20 ans l’ont beaucoup éclairé et “qui montrent que plus on est jeune moins on a confiance en la démocratie.“

Il cite également le livre de Frédéric Dabi et Stewart Chau (La fracture, 2021) et un sondage selon lequel en France, 47 % des jeunes 18-30 ans sont favorables à “être gouverné par un chef qui n’a pas à se préoccuper du parlement ou des élections“ et 34 % qui seraient favorables à “l’armée au pouvoir“.

Jean-Pierre Obin évoque une situation à la fois préoccupante et qui peut apparaître paradoxale “car on voit bien le triomphe de l’individualisme dans notre société et notamment parmi les jeunes“, qui penseraient vivre avec “des droits mais pas de devoirs“. Il cite aussi une soumission à d’autre formes d’affiliation, avec pour exemple d’ “appartenance extrêmement contraignante“ Houria Bouteldja, créatrice du parti des Indigènes de la République qui aurait déclaré “J’appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’Islam".

Il note enfin, après une époque de surinvestissement politique chez les jeunes en mai 68, une époque (actuelle) d’indifférence politique “parce qu’on trouve que voter, participer, s’engager est inutile pour changer son environnement, pour modeler sa vie“.

Avortement, peine de mort, droit au blasphème.. “Il y a un véritable problème qui tient à la pénétration d’un certain nombre d’idéologies, de passions chez les élèves, les plus âgés, ceux du lycée“, estime Jean-Pierre Obin, d’où une forme d’autocensure comme le montre un sondage de l’IFOP de 2020 selon lequel "49 % des enseignants se sont déjà censurés par crainte d’incidents avec des élèves“. Et surtout, ce pourcentage serait de 30 % chez les plus de 60 ans, et de 68 % chez les moins de 30 ans, un “véritable sujet de préoccupation“ car plus on est jeune plus on s’auto-censure car on est moins sûr de soi. Il explique l’avoir étudié en 2004, que le phénomène des atteintes à la laïcité était alors nié et que les professeurs débutants en ZEP étaient surpris car ils n’étaient pas prévenus, alors qu’aujourd’hui l’autocensure serait “préventive, par crainte parce qu’on est averti“.

Concernant la formation des personnels de l’Education nationale, pour 1 million d’agents publics environ, “le budget du thème laïcité valeurs de la République passe de 0,5 % des crédits de formation à 25 % en année pleine“, apprend-on, avec le choix de former 1000 enseignants et cadres à la fonction de formateurs (60 heures pilotées par la DGESCO, sous l’égide du CNAM qui délivre une certification).

Jean-Pierre Obin a rappelé l’historique de l’Education Morale et Civique rétablie depuis 1985 par Jean-Pierre Chevènement jusqu’au programme de 2018 (sous Jean-Michel Blanquer) qui comporte trois finalités, respecter autrui, respecter et acquérir les valeurs de la république, construire une culture civique. “Ce qui prime, précise-t-il, c’est la relation inter-individus“ et que les lois, valeurs, principes républicains apparaissent en second.

Mais quelle effectivité de l’Education Morale et Civique ? Au 1er degré, “il y a des contenus dans les programmes“, mais selon l’inspecteur général honoraire de l’Éducation nationale “on ne sait pas bien ce qui se fait dans l’enseignement primaire aujourd’hui“. Il note en outre l’absence d’évaluation en fin d’école primaire. Il ajoute qu’ “il y a une priorité absolue qui a été donnée il y a 2 ans à la formation des enseignants aux mathématiques et français et qui a asséché les autres dimensions de la formation des professeurs des écoles“ et même si “on est en train de revenir là-dessus avec formation laïcité valeurs de la république“, il y a des raisons d’être inquiet.

Jean-Pierre Obin constate qu’il n’y a pas de contrôle direct de cet enseignement dans le 2nd degré, avec une inspection une fois tous les 5, 6 ou 7 ans, mais un contrôle indirect “par l’évaluation au brevet et au bac“ qui semble efficace.

Pour ce qui est de la formation initiale des enseignants, “il est aussi très difficile de savoir ce qui se passe dans les Inspé car l’EMC n’étant pas une discipline universitaire elle peut échoir à n’importe quel formateur“, et même si les maquettes des Master MEEF sont agréées par plusieurs ministères, “rien n’indique comment sont mis en œuvre ces textes“. Il indique de plus la possibilité de contournement avec une formation plutôt à la méthodologie (et non pas sur le contenu) centrée sur la pédagogie du débat, qui n’est “pas toujours facile à manier“, et peut faire courir le risque de faire émerger un certain relativisme chez les élèves.

Seule certitude, l’engagement (faire valoir dans son parcours son engagement politique ou associatif) est signifiant dans le 1ère partie d’entretien du concours des enseignants, tout comme les valeurs de la République constituent le sujet de la 2ème partie orale (avec une note de sept pages du ministère qui sert à cadrer l’épreuve et la publication d’un référentiel de compétences et un cahier des charges destinés aux INSPE et professeurs qui y enseignent).

3 questions restent ouvertes sur l’EMC selon lui, tout d’abord sur le sens de cet enseignement : faut il partir des relations inter-individuelles ou faut-il partir de l’appartenance à un collectif ? Il faudrait de plus questionner la place et le statut de cet enseignement ainsi que la formation en droit, histoire, sciences politiques et philosophie politique nécessaires à son développement.

Jean-Pierre Obin considère qu’il faudrait redonner de l’importance à cet enseignement dans les programmes et la formation des enseignants si on pense que l’EMC sert à faire prendre conscience de l’importance du collectif politique comme garant de la paix civile. D’autres priorités comme la protection de l’environnement, la sensibilisation au développement durable ont récemment émergé mais quand on multiplier les priorités, "comme l’enseignant ne peut pas tout faire, il va faire des choix, et ce qui est perdant c’est la volonté collective“. Aussi, conclut-il, “c’est une responsabilité du pouvoir politique de faire ce tri, pas des enseignants“.

Enfin, Jean-Pierre Obin “constate aujourd’hui la dérive dont sont victimes les projets d’établissement qui sont devenus des contrats d’objectifs“ et qu’il qualifie personnellement de managérial (dans son rapport sur la formation des chefs d’établissements).

“On n’était pas là parce qu’on avait la même religion, la même préférence partisane..“ Ainsi auparavant, certains projets étaient excellents car ils créaient un sentiment d’appartenance à un collectif qui était civique. Il regrette la dérive actuelle et pense qu’il faudrait redonner un coup d’accélérateur sur la dimension éducative du projet d’établissement : “On a perdu la nécessité de la dimension éducative c’est à dire que ces projets n’ont pas seulement pour objectif de faire mieux réussir les élèves avec les moyens dont on dispose, ça devrait être aussi des projets qui visent directement l’éducation des élèves et qui pourraient avoir une dimension citoyenne.“

La vidéo ici

Extrit de touteduc.fr du 05.01.22

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