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Héritocratie Les élites, les grandes écoles et les mésaventures du mérite (1870-2020), par Paul Pasquali, La Découverte, août 2021
Entretien de LVSL avec l’auteur

30 août Version imprimable de cet article Version imprimable

Héritocratie
Les élites, les grandes écoles et les mésaventures du mérite (1870-2020)

Paul Pasquali
La Découverte
Collection : SH / L’envers des faits
Parution : 26/08/2021
ISBN : 9782348042683
Nb de pages : 320

Paul Pasquali est sociologue, chargé de recherche au CNRS. Il a notamment publié, avec Gilles Laferté et Nicolas Renahy, Le Laboratoire des sciences sociales. Histoires d’enquêtes et revisites (Raisons d’agir, 2018) et, à La Découverte, Héritocratie. Les élites, les grandes écoles et les mésaventures du mérite (2021), ainsi que Passer les frontières sociales. Comment les « filières d’élite » entrouvrent leurs portes (rééd. La Découverte/Poche, 2021).

Pour relancer un « ascenseur social » interminablement en panne, les grandes écoles affichent depuis quelques années leur ouverture à la « diversité » et leur volonté de renouer avec la méritocratie qu’elles auraient incarnée par le passé. Certains les accusent au contraire d’instaurer des critères étrangers au mérite, quand d’autres dénoncent une volonté de sceller le sort des universités, reléguées à la gestion des flux étudiants. Mais, de la IIIe République à nos jours, les grandes écoles ont-elles jamais récompensé le mérite ?
En retraçant les controverses oubliées et les choix politiques qui ont garanti les prérogatives de ces établissements et ainsi légitimé un haut niveau de reproduction sociale, cette enquête sociohistorique montre que rien n’est moins sûr. Si l’évocation rituelle de figures emblématiques de boursiers entretient le mythe d’un âge d’or méritocratique, l’histoire de ces filières d’excellence révèle la pérennité d’un système héritocratique, grâce auquel des élites résolues à défendre leurs frontières et leurs intérêts parviennent à consacrer leur héritage comme un privilège mérité.
Replacée dans des rapports de force qu’occulte la croyance en l’égalité des chances, l’introuvable démocratisation des grandes écoles ne s’explique pas par un complot de caste, mais par une succession de luttes dont les élites en place sont régulièrement sorties victorieuses. Face aux perspectives de changement et aux projets de réforme, elles ont su se mobiliser pour restaurer l’ordre qui était sur le point de s’ébranler. Des lendemains de la Commune au Front populaire et à la Résistance, de la Libération à Mai 68 et aux années Mitterrand jusqu’à Parcoursup et la refonte de l’ENA, la continuité qui s’observe derrière les secousses éphémères et les évolutions structurelles ne relève donc pas d’une mécanique implacable – ni d’une fatalité politique.

Table des matières
Introduction
Les grandes écoles, ou le mérite en héritage
Une histoire critique de la méritocratie française
À qui profite le mérite ?
De l’héritocratie en république
Les coulisses de l’enquête et le regard du sociologue

1. Quelques rois nés du peuple et qui donnent un air de justice à l’inégalité
Des boursiers qui disent non
Le fantôme de Condorcet auquel Jaurès ne croyait pas
Barrières et niveaux dans la République des boursiers

2. De petites sociétés fermées où se développe l’esprit de corps
« Refaire une tête de peuple »,avec ou sans lui ?
Les grands corps ne meurent jamais
Marc Bloch, la Résistance et les « jours heureux »

3. La classe bourgeoise peut dormir tranquille
La loi du phénix et le théorème du guépard
Beaucoup de bruit pour (presque) rien
Des universitaires contre les grandes écoles
Quand l’« appareil élévateur » était déjà en panne

4. Cela peut durer très longtemps si l’on ne fait pas d’omelette avant
Spectres et réalités de la sélection avant 1968
Vous avez dit « démocratisation » ?
Le Mai des grandes écoles
Les silences de la loi Faure, ou comment serrer les rangs
Que l’on protège les forts contre les faibles

5. Ils durent néanmoins essuyer des mesquineries de caste
L’euphorie de 1981 et les fantômes de 1968
La « troisième voie », une brèche dans la forteresse
Adieux au prolétariat, triomphe de la noblesse d’État

6. Ce n’est pas de la philanthropie, mais de la lucidité
Des lieux communs au mot d’ordre d’ouverture sociale
Plus qu’un alibi : des banlieusards à Sciences Po
Les grandes écoles face à leurs responsabilités
Liberté, diversité, fraternité : le « moment Sarkozy »

7. Nous ne sommes pas des magiciens
Les boursiers et leur « niveau », retour sur un scandale
Sciences Po et l’héritage Descoings, ou la réforme comme talisman
Tout sauf des quotas, ou les petits pas des grandes écoles
Ce qu’ouvrir peut dire : des réformes sur mesure et leurs bilans
Un volontarisme en trompe-l’oeil
Les quotas Parcoursup et la politique des algorithmes
Épilogue : un air de déjà-vu ?

Conclusion
Encore de nos jours, les spirites n’admettent chez eux aucun incrédule
Historiciser la croyance méritocratique
Les leçons du temps long
Mythe et réalité de l’ascenseur social
Déconstruire l’héritage, repenser le mérite

Extrait

Extrait de editionsladecouverte.fr

 

« Le mérite n’est pas qu’un idéal, c’est d’abord un enjeu de luttes » – Entretien avec Paul Pasquali

Paul Pasquali est chercheur au CNRS en sociologie, spécialiste de la mobilité sociale. Il vient de publier Héritocratie. Les élites, les grandes écoles et les mésaventures du mérite (1870-2020), un ouvrage à propos duquel nous avons souhaité l’interroger.

LVSL – Comme vous le montrez dans votre ouvrage, il n’y a jamais eu d’« âge d’or de la méritocratie », ni non plus une augmentation progressive de l’ouverture sociale des grandes écoles, mais bien plutôt une alternance de phases de hausse et de baisse de celle-ci. Pouvez-vous nous en décrire plus précisément les évolutions ainsi que leurs causes ?

Paul Pasquali – Effectivement, le recrutement social des grandes écoles ne suit pas une évolution linéaire. D’abord, il varie selon les écoles, selon leur position dans l’espace des grandes écoles, qui est un espace structuré avec un pôle dominant et un pôle dominé. Ensuite, il n’y a pas d’époque plus ou moins lointaine où il y aurait eu énormément de boursiers. Il y a eu des épisodes, souvent brefs, de relative ouverture, pour telle ou telle école, dans les années 1920-1930, à la Libération ou après 1968, comme je le détaille dans mon livre au sujet de l’ENS Ulm, de l’ÉNA ou de Sciences Po. Mais il n’y a jamais eu d’ouverture sociale massive ni durable. Le fait dominant, sur le long terme, c’est plutôt la fermeture sociale que l’ouverture. Il y a une constante : quelle que soit l’école, quelle que soit la politique menée, il y a toujours eu une tendance à la reproduction sociale, y compris au lendemain des brèves parenthèses dont j’ai parlé. Et même dans les phases d’ouverture, ce ne sont jamais les enfants de milieux les plus populaires qui en ont bénéficié. Ça, c’est très important : quand il y a des progrès en termes d’ouverture sociale, cela concerne plus la petite bourgeoisie que les familles ouvrières.

D’autre part, quand il y a ouverture, ça ne correspond pas nécessairement à une volonté ou un programme qui est mis en place par l’école, cela peut traduire des changements structurels qui concernent l’ensemble de la société ou l’ensemble de l’institution scolaire, par exemple la politique des bourses dans les années 1920-1930 : avec la multiplication des bourses dans l’enseignement secondaire et dans l’enseignement primaire supérieur voulue par des gouvernements de gauches, beaucoup plus d’éléments venant des classes populaires ont fait des études longues et cela a ensuite rejailli sur l’enseignement supérieur et, dans certains cas, sur les effectifs des grandes écoles. Il ne faut pas croire cependant que les grandes écoles ont été la cause de leur ouverture ou de leur fermeture. Surtout, ce que je montre dans le livre, c’est l’importance, dans l’histoire, des moments de crise et de guerre qui souvent désorganisent le système de reproduction sociale – pas forcément très longtemps certes, mais en tout cas, on constate des variations au niveau des statistiques dans le recrutement social des élites, qui ont tendance à s’ouvrir plus après une guerre, après une tentative de révolution ou un grand vent réformateur comme le Front populaire ou la Libération par exemple.

Extrait de LVSL du 28.08.21

 

« Héritocratie » de Paul Pasquali : l’égalité des chances, un mythe ?

À travers le récit des conflits qui dessinent l’histoire des grandes écoles, le livre met au jour tous leurs possibles non advenus, inventifs et audacieux.

Extrait de la-croix.com du 09.09.21

 

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