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La mixité sociale, c’est possible. Les leçons de l’expérimentation toulousaine (Choukri Ben Ayed dans Le Café)

12 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

Choukri Ben Ayed : La mixité sociale, c’est possible
Qu’est ce qui fait qu’une politique de mixité sociale fonctionne ? Pourquoi est-elle si difficile à mener en France ? Après l’étude de Julien Grenet et Youssef Souidi sur les expérimentations parisiennes, la revue Diversité (n°199) analyse l’exemple de Toulouse et revient sur l’histoire de la mixité sociale pour les collèges français, sous la plume de Choukri Ben Ayed. S’il est sévère sur les conditions des expérimentations lancées en 2015 par l’Education nationale, C Ben Ayed est assez optimiste sur l’avenir de la mixité sociale dans l’Ecole française. Elle est possible. Mais à certaines conditions.

Une politique partie trop tard

Il en a fallu du temps pour arriver à ce que l’Education nationale tire les conséquences de la double ségrégation scolaire et sociale qui la caractérise. Choukri Ben Ayed revient dans un article sur cette histoire. L’assouplissement de la carte scolaire par N Sarkozy n’a fait qu’accélérer la ségrégation amenant le thème de la mixité sociale dans la campagne électorale 2012. Elle est inscrite dans la loi d’orientation de 2013. "La mixité sociale y est cependant présentée comme un principe général, sans cadre opératoire spécifique. Ce n’est que deux ans avant la fin du quinquennat qu’est envisagée sa mise en oeuvre, notamment après les attentats de janvier 2015, où elle apparaît parmi les onze mesures de « La grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République »", rappelle C Ben Ayed. C’est une politique incitative , confiée aux conseils départementaux, avec environ 80 projets don seulement une quinzaine de réellement engagés.

"Les projets les plus avancés sont ceux qui se sont inscrits dans la durée, en précédant l’expérimentation ministérielle. Celle-ci a joué en quelque sorte un rôle de catalyseur de ces initiatives éparses", explique C Ben Ayed. Lancée en 2015 "son démarrage bien trop tardif déterminait déjà son évolution". D’autant que le successeur de N Vallaud Belkacem "n’y accorde pas d’attention particulière".

La continuité politique

Autant s’intéresser à ce qui a marché. Choukri Ben Ayed et Etienne Butzbach analysent les raisons du succès de l’expérience toulousaine qui démarre dès début 2016.

La première c’est la continuité de la volonté politique. Le conseil départemental a porté l’expérimentation avec constance. Inversement l’alternance de la municipalité de Toulouse affaibli cette politique. Une condition déterminante est le soutien du rectorat. A Toulouse il a été acquis en 2016. Le Dasen "a, dès le démarrage, pris plusieurs mesures qui ont rencontré une large adhésion des personnels des établissements concernés : nomination de chefs d’établissement volontaires et ayant fait leurs preuves dans leur capacité à gérer des situations complexes ; limitation à 25 des effectifs des divisions en 6e lors de l’accueil de la première cohorte à la rentrée 2017 ; mise à disposition de deux maîtres plus interdegrés, professeurs des écoles chargés de faire la médiation entre les écoles et les collèges ; droits de tirage pour l’organisation de journées de formation systématiques destinées à l’ensemble des enseignants, en privilégiant les rencontres interdegrés ; moyens supplémentaires alloués à des enseignants-référents et/ou engagés dans une aide au travail personnel renforcée ; postes d’AVS pour renforcer la vie scolaire". Ces moyens ont pu être conservés par la suite. Les principaux des collèges concernés sont apparus comme des éléments clés.

Des facteurs pédagogiques

Il y aussi des facteurs pédagogiques. "Cinq éléments cruciaux à prendre en compte pour réussir la mixité et permettre à tous les élèves de progresser : l’importance d’une gestion pédagogique de la diversité et de l’hétérogénéité, à travers des travaux en effectifs réduits, un travail d’équipe des enseignants avec des médiations (maîtres plus interdegrés, enseignants-référents) et des temps de concertation formalisés... ; la vie scolaire considérée comme un véritable temps éducatif : organisation des temps et des espaces hors classe, notamment de la pause méridienne et des cours de récréation.. ; un renforcement de l’aide au travail personnel des élèves, dans la classe, dans l’établissement et hors de l’établissement.. ; une liaison école-collège véritable allant au-delà des seules réunions écoles-collèges pour organiser des échanges réguliers entre 1er et 2nd degré (échanges de services, formations interdegrés)... ; une attention particulière aux relations écoles-familles".

Finalement un facteur central se dégage. "Cette politique, pour être efficace, ne peut que s’inscrire dans la longue durée et nécessite un accompagnement institutionnel le plus pérenne possible". Voilà deux conditions difficiles à réunir en France où chaque alternance amène un virage dans les politiques éducatives. C Ben Ayed reste persuadé que "la mixité sociale est possible en France". Mais il faut la vouloir...

François Jarraud

L’expérience du territoire. Cité, mixité et territoires, Diversité n°199, Canopé

Extrait de cafepedagogique.net du 12.03.21

 

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