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Les collégiens en éducation prioritaire s’intéressent moins à l’actualité que les autres et font plus confiance aux médias sociaux qu’aux médias "traditionnels" (Note d’analyse du Cnesco sur le rapport des jeunes aux médias)

25 février Version imprimable de cet article Version imprimable

Éducation aux médias et à l’actualité : comment les élèves s’informent-ils ?

À l’heure où les interrogations se multiplient autour des infox et du rôle joué par les réseaux sociaux, le Cnesco publie une note d’analyse sur le rapport qu’entretiennent les jeunes avec l’actualité, les médias et l’information ainsi que sur la manière dont l’institution scolaire accompagne la nécessaire éducation aux médias. Après l’étude sur les engagements citoyens des lycéens (septembre 2018), il s’agit du second volet de la grande enquête nationale du Cnesco « École et citoyenneté ».

Les chiffres clés de l’enquête
Des élèves intéressés par l’actualité : 68 % des élèves de terminale déclarent s’informer sur l’actualité en France (politique, économique, sociale…).
Un haut niveau de confiance dans les médias « traditionnels » et une prise de distance vis-à-vis des réseaux sociaux : plus des deux tiers des élèves de 3e ont confiance dans la télévision, la radio et les journaux papier, contre seulement 27 % de confiance dans les réseaux sociaux.
Des inégalités sociales dans le rapport aux médias : 79 % des élèves de 3e favorisés mais seulement 63 % des élèves de 3e défavorisés (16 points d’écart) font confiance aux informations provenant des journaux papier.
Une éducation aux médias limitée à l’école : seuls 52 % des élèves de 3e déclarent que le sujet des médias a été abordé en cours d’enseignement moral et civique (EMC) durant leurs années au collège (alors que l’éducation aux médias fait partie du programme d’EMC).

Ce qu’il faut retenir
Second volet de la grande enquête « École et citoyenneté » menée par le Cnesco, l’étude montre un fort intérêt des jeunes pour l’actualité en France, qui augmente entre la 3e et la terminale. La source d’information la plus souvent citée et la plus fiable selon les élèves est leur entourage, devant l’ensemble des médias. En seconde position, la télévision est le seul média « traditionnel » à résister à la poussée des « nouveaux » médias (réseaux sociaux, journaux en ligne). Pour autant, les élèves font nettement plus confiance aux informations issues des médias « traditionnels » (télévision, radio, journaux papier) qu’à celles issues des réseaux sociaux ou des vidéos en ligne, et se distinguent ainsi de leurs pairs européens. Derrière ces résultats, des différenciations sociales apparaissent tant dans l’accès à l’information que dans les sources d’information utilisées et dans la confiance que leur accordent les élèves. Ainsi, les élèves socialement défavorisés ont tendance à beaucoup moins s’informer et à faire moins confiance aux médias « traditionnels » et plus confiance aux réseaux sociaux que les élèves favorisés.

Si l’étude atteste d’une forme de perspicacité des collégiens et plus encore des lycéens face à l’usage des médias, l’institution scolaire ne paraît pas, pour autant, pleinement accompagner les jeunes dans un univers informationnel en mutation marqué par des débats forts autour des réseaux sociaux et des infox qui s’y propagent. Ainsi, l’éducation aux médias, en tant qu’objet d’étude, n’est abordée que dans la moitié des collèges et lycées. Celle-ci semble se résumer, le plus souvent, à une éducation par les médias (en utilisant des supports d’information de type article de journal ou documentaire télévisé), même si, à l’école, les élèves considèrent largement que les cours d’enseignement moral et civique (EMC) leur permettent de mieux comprendre l’actualité.

La Note d’analyse

EXTRAITS
[...] Mais ceux qu’on appelle un peu vite « digital natives » ne maîtrisent pas forcément tous les outils numériques et peuvent se limiter à certains usages (Fluckiger, 2009). De plus, si les inégalités sociales ont presque disparu en matière d’équipement (95 % des 12-17 ans disposent d’une connexion internet à domicile, hors téléphonie mobile, Credoc, 2017), elles peuvent se maintenir dans les usages (Jehel, 2011). Cette dynamique est à rapprocher de celle qui existait avec la télévision à la fin du 20e siècle (Jouët et Pasquier, 1999)

[...] Contrôle des médias et démocratie
Les élèves sont très majoritairement « plutôt » ou « tout à fait d’accord » pour
dire qu’ « aucune entreprise ni aucun gouvernement ne doit être autorisé à
posséder l’ensemble des journaux d’un pays » (65 % en 3e, 75 % en terminale).
Au collège comme au lycée, cette opinion suscite une adhésion plus faible des
élèves défavorisés, des filles et des enfants issus de l’immigration. Ces résultats
peuvent être rapprochés d’une enquête internationale auprès d’élèves de collège,
dans laquelle 54 % des interrogés déclarent que cette concentration des médias
est mauvaise pour la démocratie (ICCS 2016).

[...] Des différences sociales dans les usages et la confiance
Derrière ces résultats globaux, de nettes différences apparaissent selon les profils des élèves. Ainsi, l’enquête met en évidence le poids de l’origine sociale dans
l’intérêt que portent les élèves à l’actualité, mais aussi dans les usages et dans la
confiance accordée par les élèves aux différentes sources d’information.
Les disparités sociales sont fortes, tout d’abord, pour le rapport à l’actualité. En 3e, 67 % des élèves favorisés s’informent sur l’actualité, mais seulement 46 % des élèves défavorisés (soit 21 points d’écart). En terminale, cet écart se retrouve également (19 points, soit 78 % pour les élèves favorisés, 59 % pour les élèves défavorisés). L’intérêt des parents pour l’actualité en France vient éclairer les disparités sociales et met en évidence le rôle du contexte familial.
En effet, les élèves déclarant que leurs parents ne s’intéressent pas à l’actualité sont nettement moins nombreux à s’informer eux-mêmes, en 3e (26 % contre 61 %
lorsque les parents s’y intéressent) comme en terminale (42 % contre 73 %).
Ces différences se retrouvent dans le choix des sources d’information que les élèves
utilisent pour s’informer (Figure 3). Ainsi, parmi celles et ceux qui s’informent sur l’actualité, les élèves favorisés écoutent plus souvent la radio et s’informent moins via les réseaux sociaux que leurs camarades d’origine défavorisée.
De plus, les élèves favorisés, tout comme les filles, déclarent davantage avoir confiance dans les médias traditionnels (télévision, radio et journaux papier). Au
collège comme au lycée, les élèves défavorisés font plus confiance aux réseaux
sociaux que les autres.

Les élèves scolarisés dans les collèges classés en éducation prioritaire se caractérisent par un plus faible intérêt pour l’actualité et une plus faible confiance dans les médias « traditionnels »
Le poids social qui pèse sur le rapport à l’actualité et aux médias se traduit dans
le milieu scolaire. Ainsi, les élèves scolarisés dans les collèges classés en éducation
prioritaire, établissements socialement plus défavorisés, se caractérisent par un
plus faible intérêt pour l’actualité, une plus faible confiance dans les médias « traditionnels » (télévision, radio, journaux) et une plus forte confiance envers les nouvelles sources d’information (réseaux sociaux, vidéos en ligne, autres sites web).

Une éducation aux médias qui n’est pas généralisée.
Afin d’évaluer l’action de l’école dans l’éducation aux médias, les élèves ont été interrogés sur le contenu des cours d’EMC, notamment l’éducation aux médias (en tant qu’objet d’étude) et l’éducation par les médias (en utilisant des supports d’information pour aborder un sujet).

[...] Cependant, des écarts apparaissent entre les différents types d’établissement. Les élèves scolarisés dans des collèges en éducation prioritaire ont tendance à moins souvent s’appuyer sur ce type de supports en cours d’EMC. Quand deux tiers des élèves scolarisés dans un collège hors éducation prioritaire (66 %) déclarent avoir travaillé à partir de documentaires ou d’émissions de télévision, ce n’est le cas que de 57 % des élèves en éducation prioritaire.

Extrait de cnesco.fr du 21.02.19 : Éducation aux médias et à l’actualité : comment les élèves s’informent-ils ?

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