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Expérience " Classe départ " à Arras : service civique de jeunes décrocheurs au sein de l’association Envol (ateliers culturels)

24 octobre 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

L’art pour raccrocher les décrochés scolaires
La chronique de Véronique Soulé

Le décrochage scolaire est l’un des défis du quinquennat. François Hollande s’est même engagé à réduire de moitié le nombre de décrocheurs – 110 000 aujourd’hui selon les derniers chiffres ministériels, contre 140 000 en 2012. Ecoles de la deuxième chance, micro lycées, stages de remobilisation ... On multiplie les dispositifs. A Arras (Pas-de-Calais), une quinzaine de décrocheurs ont suivi durant sept mois un programme axé sur la culture. Reportage.

" Au début, les ateliers ça me soûlait, dit Marine, 20 ans, mais au final l’atelier théâtre ça m’a plu, les arts martiaux aussi. Aujourd’hui je parle plus. Et j’ai même réussi à venir tous les jours. " Après avoir plaqué le collège en troisième puis abandonné l’école de la deuxième chance, Marine passait ses journées chez elle devant des jeux vidéos.

" C’était chaud quand on nous a dit qu’on allait préparer une pièce, explique Marie, 24 ans. Puis on s’y est fait. L’atelier théâtre, moi aussi c’est ce que j’ai préféré, ça m’a donné confiance. " Découragée, Marie a décroché après avoir raté son bac, refusant de redoubler une nouvelle fois.

" Ce que j’ai aimé, c’est la visite au Louvre Lens, complète Fanny, 20 ans. On nous a fait choisir un tableau et il fallait le décrire. J’ai choisi le gamin au pied-bot. Une vingtaine de visiteurs ont écouté au casque ma description. Certains sont venus nous voir après pour nous dire bravo. J’avais bien su raconter. " Mère de deux enfants de 5 ans et 1 an et demi, Fanny a lâché le collège à sa première grossesse.

Envol

Aux côtés d’une dizaine d’autres décrochés scolaires (terme préféré à celui de décrocheurs dans le dispositif) de la région d’Arras, âgés de 16 ans à 24 ans, Marine, Marie et Fanny participent à une expérience originale baptisée " Classe départ ".

Depuis avril dernier, et pour une durée de sept mois, ces jeunes font un service civique au sein de l’association Envol. L’objectif : les faire se projeter dans l’avenir et les accompagner pour élaborer un projet personnel, de reprise d’études, de formation ou d’insertion professionnelle.

Comme pour un service civique " classique ", les volontaires de la Classe départ - sur 19 inscrits au départ, une douzaine ont tenu - perçoivent une allocation de 467 euros par mois pour 25 heures de présence hebdomadaire. Mais eux ne sont pas initiés à un métier au sein de l’association où ils font leur service civique. Ils suivent des ateliers culturels, au sens large – théâtre, écriture ou masque, arts martiaux, yoga, pratiques de la web TV...

Education populaire

" Nous sommes une structure d’éducation populaire. Le décrochage est un tel gâchis qu’il y a urgence. Nous donnons à ces jeunes une formation artistique et citoyenne pour les aider à définir un projet de vie ", explique Bruno Lajara, le fondateur d’Envol, " centre d’art et de transformation sociale ".

Responsable de la Classe départ, Bruno Lajara est un metteur en scène engagé. Il a notamment réalisé en 2001 un spectale remarqué, " 501 Blues ", avec des anciennes ouvrières de la grande usine Levi’s du Nord fermée en 1999. ,

Face à ces jeunes qui ne se voient guère d’avenir, grandis au sein de familles touchées par le chômage, " il faut non seulement redonner le goût du travail mais aussi le sens du travail ", assure le metteur en scène. Et cela passe, selon lui, par une ouverture culturelle, une écoute et un dialogue.

Décrocheurs de lune

" Nos réussites, ce sont ces jeunes qui sont arrivés renfrognés, fermés, inexpressifs sur scène, et que l’on voit peu à peu retrouver une dynamique personnelle, relever la tête, s’exprimer et dire à nouveau "je", explique Perrine Favez qui anime l’atelier théâtre.

Ce jour-là, les jeunes de la Classe départ font une ultime répétition de la pièce intitulée " Décrocheurs de lune " qu’ils ont créée avec l’équipe d’Envol, notamment lors de l’atelier d’écriture. Ils vont la présenter la semaine du 17 au 21 octobre (1).

Marraine

L’actrice Corinne Masiero, qui a notamment joué " Louise Wimmer ", très beau portrait de femme basculant dans la précarité, assistera à une représentation. Elle est la marraine du programme. Originaire de Douai, elle est déjà venue plusieurs fois rencontrer les jeunes.

Créée l’an dernier, l’association s’est installée dans des locaux d’une usine désaffectée, face au cenre de tri postal qui longe la voie ferrée. Les murs de la salle de spectacle sont peints en noir. Des chaises sont disposées en demi-cercle pour le public. Côté scène, des coussins et de grands tissus sont posés à même le sol, à côté de fauteuils élimés où les apprentis-acteurs vont s’enfoncer .

Vies cabossées

La pièce raconte de façon distancée les parcours heurtés que ces jeunes ont eus à l’école et des bribes de leurs propres vies, souvent cabossées elles aussi. Certains ont été en foyer, quelques-uns ont connu la rue.

Perrine Favez lit d’abord des textes inspirés de ces tranches de vie. Puis les apprentis-comédiens jouent des scènes inspirées de leurs histoires.

Extraits de la pièce : " J’ai redoublé en CM2, tout a basculé, j’ai fait n’importe quoi, j’ai séché, je me suis retrouvée enceinte, j’ai tout arrêté ", " J’ai redoublé ma 6ème, dans ma famille c’était le bordel, je me suis retrouvée en Secrétariat, j’ai pas eu le BEP ", " Mon impression la première fois que j’ai séché ? La liberté, j’ai fait la tournée des bars, on y prend goût ", " Mes souvenirs heureux de l’école ? Les kermesses en primaire"...

Dérangeants

A l’issue du programme en novembre, Bruno Lajara ne promet pas de miracle : " Certains arriveront à définir des projets, d’autres se cherchent encore. "

Des jeunes ont d’ores et déjà retrouvé des envies, ébauchant des projets. Marine, qui jouait aux jeux vidéos, envisage un diplôme professionnel en Carrières sanitaires et sociales - " je veux m’occuper d’enfants handicapés ou de personnes âgées ". Adeline voudrait tenter le bac littéraire en candidate libre car elle doit travailler à côté – " je sais que ça va être dur, mais je n’ai pas le choix ". Sarah, 16 ans, veut travailler en cuisine en collectivités – " je vais postuler ", lance-t-elle, l’air décidé.

Après sept mois " usants, dérangeants, interpelants ", Bruno Lajara se dit prêt à poursuivre. L’Envol veut combattre " toutes les inégalités " et les décrochés de l’école en sont les premières victimes.

Contact : decrocheursdelune@cats-lenvol.com

Extrait de cafepedagogique.net du 17.10.16 : La chronique de Véronique Soulé : L’art pour raccrocher les décrochés scolaires

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