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Séminaire OZP 2015 sur la formation des personnels. Intervention de Marc Bablet, chef du bureau de l’éducation prioritaire à la DGESCO

10 décembre 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Séminaire professionnel OZP du 5 décembre 2015 : La formation des personnels en éducation prioritaire

Intervention introductive de Marc Bablet, chef du bureau de l’éducation prioritaire à la DGESCO)

Après avoir entendu Marc Douaire présenter à la fois des réussites, des difficultés, des inquiétudes et la nécessité d’avancer dans les directions fixées à la formation en éducation prioritaire, je me remémore une citation attribuée au grand penseur italien Gramsci alors qu’il était dans les geôles fascistes. Cette citation connaît diverses traductions mais dit à peu près ceci : « Il nous faut articuler le pessimisme de l’intelligence (ou de la raison) avec l’optimisme de la volonté » (on dit aussi parfois « de l’action »).

Nous vivons dans un monde complexe où nous savons bien que tout le monde ne partage pas encore la volonté du déploiement nécessaire de l’éducation prioritaire. Je vais en porter les orientations telles qu’elles ressortent du plan du gouvernement. Je vais concentrer mon propos sur la formation mais, vous le savez, le référentiel lie fortement les six grandes orientations qu’il indique. Je m’efforcerai de mettre plutôt l’accent sur l’optimisme de l’action.
La dimension systémique du référentiel va m’amener à parler inévitablement du pilotage que nous avons fortement voulu comme un pilotage de l’accompagnement et de la formation. Mais je devrai aussi parler d’orientations pédagogiques car, si formation il y a, c’est toujours une « formation à » ; or le référentiel indique des pratiques qui sont plus souhaitables en éducation prioritaire car plus efficaces. Enfin, je ne peux véritablement totalement distinguer la question de la formation de la question du travail collectif tant nous attendons du travail collectif qu’il soit une occasion de formation entre pairs qui partagent des analyses, des pratiques et des projets.

Sur cette base, je vais vous proposer :
1 De reprendre en le détaillant ce que nous avons proposé dans le cadre du référentiel.
2 De préciser ce que nous attendons à cet égard des pilotages académiques et locaux de la formation.
3 De vous indiquer la stratégie nationale de formation et d’accompagnement.

1 Le cadre du référentiel
Vous l’avez vu dans le référentiel nous avons distingué dans l’axe 5 trois perspectives de la formation :
- l’accueil,
- la formation continue,
- l’accompagnement.
et nous avons insisté dans l’axe 4 sur le travail collectif pour que celui-ci contribue au développement professionnel de chacun.

Car c’est bien le sujet central de ce que nous avons à faire en cette matière : permettre aux enseignants, permettre aux équipes de travailler à la résolution des difficultés qu’elles rencontrent dans l’exercice de leur métier d’enseignement face aux difficultés de leurs élèves. Ce qui veut dire que le travail en équipe et la formation ont une visée d’élaboration de pratiques professionnelles répondant à des besoins.
Pour que le travail en équipe soit effectivement porteur de cette logique de développement professionnel, il faut que les objectifs de ce travail collectif soient bien orientés vers des projets et des formes de travail qui permettent cet enrichissement professionnel de ceux qui travaillent ensemble :
montage et analyse de résultats d’évaluations communes ;
- mise au point de programmations pédagogiques partagées notamment dans le cadre du cycle 3 sur la base des nouveaux programmes ;
- mise au point de projets de cointervention dans une copréparation ;
- mise au point de stratégies pédagogiques de prévention et de remédiation ;
- confrontation des éléments de connaissance des élèves, de leurs difficultés, des stratégies pertinentes pour les aider.
Il paraît que la qualité du pilotage local est décisive à cet égard et une des logiques de travail des formateurs REP+ est dans l’accompagnement de ces démarches pour faire en sorte qu’elles permettent de déboucher :
- d’une part, sur des actions pédagogiques locales qui répondent aux besoins ;
- d’autre part, sur le développement professionnel de ceux qui y participent.

2. Le pilotage académique et local de la formation
Le but vous l’avez compris, c’est que les équipes des REP+ se mettent de fait en situation de recherche collective d’amélioration. Certains disent parfois "que le réseau devienne un réseau apprenant".
Pour que ce cercle vertueux soit possible, il y a un enjeu fort concernant la qualité de l’accueil des personnels arrivant en éducation prioritaire : Ce que l’on fait pour leur donner des informations en amont de leur arrivée ; la manière dont on les accueille et dont on les intègre dans l’équipe du réseau ; la manière dont on les accompagne sur leur première année dans le réseau y compris pour les aider parfois sur des aspects très matériels.

La formation continue passe d’abord par la mise à disposition de ressources comme le font en ce moment les académies sur des sites dédiés, comme le fait le Centre Alain Savary, comme le fait l’OZP, comme le fait le centre CANOPÉ avec notre site dédié à l’éducation prioritaire et comme le fait EDUSCOL par exemple pour les moins de 3 ans. Il faut aider nos collègues à se diriger vers les ressources pertinentes en fonction de ce qu’ils ont à faire.
On privilégiera les ressources dont-on peut assurer la pertinence au regard de ce qu’il y a à faire en éducation prioritaire pour les élèves qu’on y accueille. Des ressources validées par des professionnels, par la recherche.
Parmi ces ressources, il est important de permettre à nos collègues de se confronter à des références théoriques de qualité. Pour donner des repères solides, il faut oser des bibliographies que vous trouverez sur le site national et qui ont vocation à être complétées au fur et à mesure de parutions nouvelles.
Mais ces références théoriques ne sont vraiment intéressantes pour nous que confrontées aux mises en œuvre des pratiques qui s’en inspirent dès lors qu’on est amené à gérer des situations professionnelles qui les justifient. Pour donner un exemple, il va falloir travailler sur les propositions du CNESCO en mathématiques et sur la recherche, de Roland Goigoux et de ses collègues en lecture.

La formation continue ne saurait être cantonnée au registre d’un apport de ressources et de procédures de mises en œuvre des propositions de ces ressources. Elle doit aussi répondre aux interrogations des collègues confrontés à des difficultés dans les termes dans lesquelles ils posent l’analyse de ces difficultés. La formation doit répondre aux besoins que formulent les enseignants confrontés aux difficultés des élèves. Il faut pour cela que les pilotes de réseau et que les équipes de formateurs prennent le temps de l’analyse de ces besoins formulés par les professeurs et construisent avec eux des propositions de réponse qui peuvent prendre des formes diverses.
La formation rencontre alors nécessairement l’articulation entre des formes de travail déjà en œuvre, des représentations des attentes de l’institution, des formes de travail dont on sait la pertinence. La formation est toujours un temps de confrontation de points de vue qui enrichit les acteurs qui y coparticipent. C’est pourquoi elle ne peut être conçue principalement comme un apport mais doit être travaillée dans un esprit de coconstruction de solutions face aux problèmes professionnels rencontrés.
Cela a été très bien élaboré par le centre Alain Savary dans la brochure qu’il consacre au thème « concevoir des formations pour aider les enseignants à faire réussir tous les élèves ».

J’en viens au troisième terme du référentiel : l’accompagnement. Il est à l’articulation de l’aide et de la formation, il peut prendre des formes variées et répondre à des conceptions différenciées selon pour qui il est conduit, de quelle manière et dans quelle intention. L’accompagnement peut être conduit par un pair, un chercheur ou un formateur. Mais l’accompagnement peut aussi être développé par les corps d’inspection dans une perspective de conseil. Dans un cas comme dans l’autre, il suppose que l’accompagnateur et l’accompagné coévaluent la situation et partagent des formes d’étayage appropriées. L’accompagnement, c’est un temps d’explicitation des pratiques sur la base d’observations partagées. On a intérêt à le conduire dans la durée sur la base d’une relation qui se construit dans la confiance.

3 La formation et l’accompagnement des académies au niveau national
J’en viens à la formation de formateurs et à la pratique d’accompagnement au niveau national.
Pour que les perspectives académiques de formation puissent se mettre en place, nous avons voulu construire une formation de formateurs au niveau national afin de faire en sorte que les académies bénéficient d’un apport nouveau pour accompagner et soutenir le déploiement des orientations du référentiel dans les REP+.
Avec le référentiel nous assumons qu’un certain nombre d’orientations pédagogiques sont plus souhaitables en éducation prioritaire, même si certains disent que ce que nous préconisons pour l’éducation prioritaire vaut aussi ailleurs.
Il fallait donc former des formateurs qui, écoutant les besoins des collègues, articulent les problématiques posées aux orientations proposées comme réponses aux problèmes les mieux connus de l’éducation prioritaire tels qu’ils étaient décrits par les inspections générales et par la recherche, et ceci en articulation avec les propositions du référentiel.
Pour répondre à ce défi de former de nouveaux formateurs, nous avons monté un plan de formation en appui sur une équipe : la DGESCO, l’IGEN, le centre Alain Savary de l’IFE, les universitaires, les militants pédagogiques ont été à l’origine de cette coconstruction qui visait quatre objectifs :
- approfondir la connaissance théorique des principales thématiques pédagogiques du référentiel,
- réfléchir aux dispositifs institutionnels implantés en éducation prioritaire
« Plus de maîtres que de classes »
L’accompagnement continu
L’accueil des moins de trois ans
- Penser les postures du formateur,
- Constituer un collectif académique de formateurs.
Cela a donné lieu à deux vagues de formation en 2014 et 2015 pour un total de 200 personnes qui exercent actuellement dans les académies pour les REP+ en priorité. Ces formateurs sont dans leur grande majorité déchargés à temps partiel, nous le souhaitions pour qu’ils aient aussi une légitimité liée à leur exercice professionnel d’enseignant d’éducation prioritaire.
Ces formateurs sont en train, comme les coordonnateurs en leur temps, de devenir des personnels incontournables de l’éducation prioritaire.

Par ailleurs, maintenant que la nouvelle éducation prioritaire est en place, la ministre nous demande d’accompagner la dynamique de travail, ce que nous faisons par une série de perspectives dont je vous remercie de noter qu’elles ressemblent à ce que nous demandons aussi aux académies et aux réseaux :
- tenir à jour annuellement un tableau de bord de l’éducation prioritaire que vous trouvez chaque année début novembre sur le site national ;
- enrichir le site national « éducation prioritaire » d’actualités et de ressources utiles aux terrains, ressources rassemblées à partir des travaux académiques et des recherches ;
- accompagner des académies par des visites à raison de cinq par an pour confronter les points de vue, rassembler des observations utiles à faire connaître ;
- approfondir chaque année trois questions vives de l’éducation prioritaire et fournir des ressources. Cette année nous avons initié trois groupes de travail sur
- « enseigner plus explicitement » (c’est un sujet sur lequel il a pu arriver que nous soyons mal compris. Il ne faut pas confondre notre proposition avec ce qui relève de l’instruction directe dans la littérature nord-américaine)
- « le travail en inter-métiers »
- « l’hétérogénéité des classes ».

Par ailleurs nous souhaitons
- participer à toutes les occasions possibles de partage concernant le déploiement de l’éducation prioritaire quand les académies organisent des journées ;
- reconduire l’an prochain des échanges inter académiques sur l’éducation prioritaire pour favoriser l’enrichissement des travaux conduits.

Ce rapide tour d’horizon vous permet de voir la direction qui est prise en la matière. Comme vous le savez un processus de reconstruction de la formation initiale et continue est en cours. Nous en sommes aux débuts ; l’an prochain se développera encore le dispositif « Plus de maîtres que de classes », qui favorisera le travail collectif et donc la formation. Des moyens seront également consacrés encore à l’accueil des moins de trois ans et au développement de la formation en facilitant le remplacement dans le premier degré. Je vous remercie d’avance de ce qui sera fait pour que ces perspectives soient pilotées dans le sens de l’intérêt des élèves de l’éducation prioritaire.

Marc Bablet

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