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Analyse de la rentrée scolaire (L’Humanité)

3 septembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Dans « L’Humanité » du 02.09.04 : analyse de la rentrée scolaire

2004 : une rentrée sans ambition

Suppressions de postes, réduction de l’offre d’enseignement, pertes d’emplois et fermetures de classes : la rentrée se profile sous le signe de la carence.

C’est aujourd’hui la grande première. Excepté pour le million d’écoliers qui a dû s’y coller dès la fin du mois d’août (lire l’Humanité du 26 août), tous les élèves de France sont priés de ranger, à partir de ce matin, leurs vacances au placard. Enfants, ados ou jeunes adultes : ils seront, avant ce soir, près de douze millions cinq cent mille à avoir passé la grille des 60 000 établissements scolaires. Un chiffre monumental, qui traduit une augmentation des effectifs touchant essentiellement le primaire (lire encadré). Passé cette brève fiche signalétique - pour complément, rappelons que 900 000 enseignants ont, hier, réintégré leurs pénates scolaires -, ce qui caractérise avant tout la rentrée 2004 pourrait se définir en termes moins positifs, frisant même la notion de carence. Suppressions de postes, pertes d’emplois, fermetures de classes ou encore extinction d’enseignements optionnels : on savait que cette rentrée serait la première à se faire sans signe religieux ostensible. Mais ce n’est pas le seul élément qui manque à l’appel. Petit tour d’horizon pour voir ce qu’il en est.

Les moyens tout d’abord. Fixé à 55 milliards d’euros, le budget 2004 s’annonçait à la hausse (+ 2,8 %) par rapport à celui de l’année précédente. A priori, seulement. Dès le mois de juillet 2003, les syndicats de personnels de l’Education nationale dénonçaient, à l’unanimité, une augmentation de façade, tout juste bonne à financer la hausse mécanique des salaires et des pensions de retraite, mais n’autorisant pas le moindre investissement. Un point pour eux : la baisse drastique du nombre d’enseignants en ce mois de septembre semble leur donner raison. Il y aura près de 1 500 professeurs des écoles de plus dans le primaire. Mais pour un supplément de 64 000 élèves. Dans le secondaire, dont les effectifs d’élèves diminuent, la coupe est sèche dans le corps enseignant. Entre 4 000 postes (selon la FERC CGT) et 4 500 (selon la FSU et l’UNSA) disparaissent cette année, dont 2 000 au titre du plan de retour à l’équilibre (PRE). Celui-ci vise à supprimer, en 3 ans, tous les postes créés hors budget dans les académies. Déjà, l’an passé, le PRE s’était traduit par la suppression de 2 600 postes environ. Il en resterait encore 1 000 à faire disparaître l’an prochain. Par ailleurs, les premiers échos laissent entendre que le budget 2005 programmerait la suppression de 5 500 nouveaux postes. Soit 6 500 au total.
Les conséquences de cette restriction sont visibles dès cette année, avec, d’abord, une régression de l’offre d’enseignement. Si les chiffres ne sont pas encore bien établis - ils ne seront disponibles qu’une fois toutes rentrées effectuées - on sait, déjà, que la scolarisation des moins de trois ans se fait de plus en plus difficile et touche non seulement les enfants de deux ans, mais de plus en plus, ceux de deux ans et demi. Dans le Rhône ou en Moselle, plusieurs parents d’élève ont déjà pétitionné pour exiger des ouvertures de classes. Ailleurs, d’autres promettent des occupations d’écoles pas plus tard que ce matin. Avec 23 000 postes d’aides-éducateurs à nouveaux supprimés cette année pour seulement 13 000 postes d’assistants d’éducation créés, le primaire, premier touché par la mesure, se plaint, en outre, de ne pas pouvoir pérenniser les activités développées grâce au dispositif emplois-jeunes (lire ci-après).

Dans le secondaire, ce sont les enseignements non obligatoires qui feront les frais des restrictions. La chose était déjà entendue l’an passé, avec l’annonce des dotations globales horaires (DGH) : plusieurs options ne pourront plus être assurées dans les collèges et lycées. Les enseignements artistiques, mais également les langues anciennes, sont particulièrement visés. Les langues vivantes aussi, dont les cours devront désormais rassembler plusieurs classes, quand ce ne sera pas plusieurs niveaux différents. Enfin, beaucoup d’aides individuelles et autres cours de soutien ne pourront plus être assurés, y compris dans les établissements classés ZEP.

Où la liste des " sans " se prolonge : les syndicats de personnels alertent par ailleurs quant à l’accroissement de la précarité mais surtout du chômage dans l’éducation nationale. Les enseignants vacataires et autres contractuels ne sont plus uniquement dépourvus de droits sociaux et de salaires décents. Phénomène nouveau cette année, beaucoup se trouvent désormais carrément sans emploi. Ainsi le SNES d’Aix-Marseille signale-t-il que sur 1 500 contractuels, 150 seulement ont obtenu la garantie d’avoir un poste cette année. Dans l’académie de Bordeaux, certains ont reçu un courrier du recteur leur signalant qu’aucune affectation ne leur serait accordée cette année, mais qu’ils seraient prioritaires au cas où des vacations se présenteraient.

Côté élèves, enfin, restent plusieurs " sans-école ". Des lycéens, d’abord, qui, fin juillet, étaient sans aucune affectation. On en comptait environ 2000, essentiellement dans les filières professionnelles. Près de dix mille enfants handicapés, aussi, qui, en dépit des mesures ministérielles engagées l’an passé, ne trouvent toujours pas d’accueil dans les écoles primaires (lire ci-après).

Pour finir, cette rentrée se profile aussi sans réelles manifestations annoncées. Une journée d’action nationale à l’appel du SNES est prévue mercredi 8 septembre, dont l’objectif vise essentiellement à jauger l’état d’esprit des troupes. La FERC-CGT appelle, elle, à la tenue d’assemblées générales dans les établissements pour faire " le bilan des conditions de rentrée. " La FSU, enfin, promet une grande campagne d’opinion, à l’occasion, entre autres, du débat sur la réforme de la loi d’orientation sur l’école (lire interview ci-après).

Marie-Noëlle Bertrand

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