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18/11/05 - Dans les CP d’une ZEP de Nantes

18 novembre 2005

Extrait du Café pédagogique du 17.11.05 :

"Cet extrait du Nouvel Educateur du mois de Juin 1999, retrace une expérience innovante en ZEP à travers le récit d’un enseignant de CP, Jean-Marie Grégoire. En abonnant tous les enfants de CP de la ZEP à J Magazine grâce à une subvention, il a pu recréer le lien, et le magazine, reçu à la maison par les enfants, est devenu l’élément central d’échanges très riches entre les familles et l’école.

Extrait du « Nouvel éducateur »

Le Nouvel Éducateur : Quel est le contexte qui vous a incité à chercher à innover ?

Jean-Marie Grégoire (1) : En 91-92, les enseignants de cours préparatoire rencontraient des problèmes d’apprentissage dans leurs classes, de plus ils ont senti une dégradation socio-économique se produire sur le quartier. En même temps s’est mise en place, grâce à la ville de Nantes, une importante action « lecture » sur les quartiers Nord. Nous avons profité de cette opportunité pour réfléchir sur les actions qui pouvaient être faites pour les enfants, mais aussi en direction des familles, afin d’essayer de gagner leur adhésion.

La ville de Nantes a attribué la somme de 200 000 F à la circonscription Nantes-Nord pour organiser des classes lecture. Nous avons décidé de mettre cette somme dans un pot commun et nous nous sommes dit : « la lecture, c’est l’affaire de tous, et pas seulement l’affaire de l’école. » Les fonds ont contribué à organiser ce que nous avons appelé le grand défi lecture des quartiers Nord, en incluant tout ce qui se faisait dans le domaine de la lecture dans l’école et en dehors. Dans le cadre d’une de ces actions, nous nous sommes interrogés : comment nous, enseignants des cours préparatoires, pouvons-nous toucher au cœur des familles ?

Nous étions déjà trois enseignants à recevoir J Magazine dans nos bibliothèques. Nous avons pensé que cette revue pouvait nous permettre de montrer aux familles que la lecture ne se fait pas seulement dans un livre, mais que ça peut être aussi lire des fiches de cuisine, lire une affiche, lire pour s’amuser, pour réaliser... Avec J Magazine, nous voulions montrer aux familles les différents supports de lecture qu’un enfant pouvait rencontrer.

En 91-92, dans le cadre des 200 000F qui nous avaient été alloués nous avons demandé à tous les enseignants des cours préparatoires de la ZEP s’ils voulaient bien que leurs enfants soient abonnés à J Magazine. Et c’est ce qui a été fait. Tous les enfants des cours préparatoires de la ZEP Nantes-Nord ont reçu gratuitement chez eux J Magazine, l’abonnement étant payé par la ville de Nantes, l’inspection académique et des fonds d’État (Contrat ville, le DVQ).L’année suivante, en 92-93, un instit sur la ZEP a décidé de continuer, il avait constaté que J Magazine était devenu un vecteur important de lecture et de communication qui entre dans les familles.

Le Nouvel Éducateur : Parmi ces instituteurs de CP engagés dans l’expérience, est-ce toi qui as joué le rôle d’incitateur ?

J.-M. G. : Oui. Cela a commencé par ma classe à l’école Georges-Sand. J’ai pu mener cette action grâce au soutien de l’Association de prévention spécialisée (APS) des éducateurs de rue. Ils ont servi de médiateur entre ma classe, les familles des enfants de ma classe et moi. L’une des éducatrices, Odile Cotineau, est allée dans les familles, leur disant : « Votre enfant sera abonné à J Magazine, mais on vous demande de vous engager à aller de temps en temps dans la classe, le samedi matin, pour travailler avec l’instituteur. »

Petit à petit, les parents sont venus. Jusqu’à la moitié des parents. Cela a très bien marché, ils ont été très intéressés. Certains ont découvert ce que pouvait être la lecture à l’école, c’étaient, en général, des parents pour qui le souvenir de leur propre vécu scolaire était négatif. J Magazine a été le coup de pouce qui a permis à ces parents de revenir à l’école.

Le Nouvel Éducateur : Étaient-ils lecteurs eux-mêmes ?

J.-M. G. : Pas tous. Par exemple, une maman turque a appris à lire avec J Magazine. Le samedi matin, elle venait avec J Magazine et elle découvrait la lecture en même temps que son fils. Bien sûr, nous ne travaillions pas qu’avec J Magazine dans la classe. Je lui donnais tout ce que nous faisions et elle l’emportait au cours d’alphabétisation dans le quartier. Avec ce matériau elle a appris à lire. Elle s’est trouvée au même niveau que son fils et elle a su comment aider son enfant parce qu’elle rencontrait les mêmes difficultés.

Le Nouvel Éducateur : Qui a décidé des abonnements à J Magazine ?

J.-M. G. :Tous les CP étaient abonnés à une revue mais pas tous à J Magazine. C’est une sorte de groupe de pilotage du défi lecture (l’IEN, la coordinatrice de la ZEP, des instances du DDQ) qui a pris les décisions. Il a été proposé aux classes d’abonner les enfants mais sans engagement de travail par rapport à cette revue. J’avais une préférence pour J Magazine, car ma bibliothèque y était abonnée et je sentais que les enfants s’y intéressaient. L’année suivante il n’y a plus eu de crédits, le défi lecture était donc terminé. Il a fallu une action volontaire de l’école Georges-Sand disant : « on va mettre les fonds des PAE en priorité dans les cours préparatoires pour poursuivre l’action de l’année dernière et l’étoffer en faisant venir les parents à l’école. »

L’année suivante, en 93-94, un autre collègue de cours préparatoire de la ZEP s’est lancé lui aussi. Entre temps j’étais devenu coordinateur de la ZEP, et la collègue qui a pris ma classe a voulu continuer à abonner les familles à J Magazine, et, comme j’étais déchargé, le samedi matin j’allais la soutenir dans sa classe et lui montrer comment on pouvait faire.

Le Nouvel Éducateur : Cet accompagnement est un facteur positif à retenir, mais tu as dû aussi rencontrer des résistances.

J.-M. G. : Pas dans notre école. Les collègues du cycle III ont estimé qu’ils recueilleraient les fruits de cette action plus tard. Nous avons donc mis le paquet sur la relation école-familles et lecture au CP. Puis nous avons essaimé dans les autres écoles de la ZUP qui se sont dit : « On va faire pareil. »

Le Nouvel Éducateur : Au départ, c’est toi qui a axé le projet sur la lecture et sur la relation familles-école.Tu avais un objectif. Mais y a-t-il eu des effets que tu n’attendais pas,des effets positifs et des effets négatifs ?

J.-M. G. : Je ne vois qu’un effet négatif : une chute à la fin de l’année, sachant qu’ils ne seraient plus abonnés l’année suivante. Nous ne le pouvions pas et les familles n’en avaient pas les moyens. Les CE1 pouvaient retrouver J Magazine à la bibliothèque. La classe du CE1 a également été abonnée pour que la « culture J Mag » puisse continuer dans la classe.

Le Nouvel Éducateur : Et pour les familles, quelle a été leur réaction alors que vous aviez créé un besoin et qu’ensuite elles ne pouvaient plus le satisfaire ?

J.-M. G. : Elles ont été déçues. Il a fallu que nous expliquions pourquoi cela ne pouvait plus se faire en les invitant à venir à l’école, à la bibliothèque que nous avons ouverte le mardi et le vendredi soir. Mais il n’y a pas une grosse fréquentation. Quant aux effets positifs, l’un des principaux c’est l’engouement des familles pour la revue : sur le quartier, c’est devenu maintenant une institution, l’institution J Magazine. L’effet positif, c’est aussi de voir des mères faire des recettes de cuisine, les apporter à l’école, des pères faire des petits bricolages (d’autres que ceux réalisés à l’école le samedi). Pour faire ce bricolage, il a fallu que le père suive la fiche.

(...)

Une interview de Jean Le Gal

Contacts :

 Sur le projet ZEP, Jean-Marie Grégoire, 3, allée des Chanterelles - 44240 La-Chapellesur-Erdre. adresse mail : JMFC@wanadoo.fr

 Le chantier J Magazine, Patrick Barouillet, BP 20 - 33710 Pugnac. Tél : 05 57 43 99 97.

(1) Jean-Marie Grégoire, après avoir été directeur de l’école George-Sand à Nantes et coordinateur de la ZEP, est actuellement conseiller pédagogique à Saint-Herbin (44).

NDLR de l’OZP : cet article ancien (juin 1999), repris dans « Le Café pédagogique de novembre 2005, garde toute son actualité puisque ce travail continue en 2005-2006.

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