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Journée OZP 2008. Atelier "Cultures, religions, laïcité. Comment les aborder en classe ?", avec la Ligue de l’enseignement

8 juillet 2008 Version imprimable de cet article Version imprimable

Journée nationale OZP : 17 mai 2008

Atelier n°7

Cultures, religions, laïcité
Comment les aborder en classe ?

Intervenants  :
Olivier Masson,
Ligue de l’enseignement, secteur Education

Cécile Sajas,
chargée de mission Education à la différence, Ligue 93

Animateur  : Marc Douaire,
membre du bureau de l’OZP

Cécile Sajas a en charge l’éducation à la différence sous ses divers aspects : lutte contre le racisme, religion, immigration, laïcité, mixité.
La Ligue de l’enseignement 93, en partenariat avec la DAAC (Délégation académique à l’éducation artistique et à l’action culturelle) de Créteil participe au plan académique de formation des personnels du second degré de l’académie (PAF chapitre Ouverture Culturelle, Internationale et Partenariats - Domaine : droits de l’homme).
L’objectif des actions de formation sur ces différents thèmes est d’apporter un savoir théorique, de faire connaître les outils pédagogiques produits par les partenaires, de développer des échanges collectifs et enfin d’amener les stagiaires à interroger leurs propres représentations.

Le demande de formation des enseignants dans le département est très forte et représente environ 20% de l’ensemble des demandes de formation continue.

Une représentante du CDDP de Seine-Saint-Denis évoque aussi les animations pédagogiques de circonscription, menées en collaboration avec la Ligue sur ces thèmes, .et qui touchent surtout des personnels du premier degré, pour des raisons administratives de disponibilité.
Là encore, il s’agit d’amener les enseignants à mettre au clair leurs représentations.

Le débat s’appuie au départ sur des témoignages d’acteurs de terrain.

Des situations conflictuelles concrètes
Une directrice d’école maternelle à Bobigny (Seine-Saint-Denis) souligne le développement dans le département de groupes religieux activistes (Frères musulmans, évangélistes...), souvent en marge par rapport aux autorités religieuses traditionnelles.

Elle cite des exemples de situations qui font problème :
- les excisions de fillettes maliennes, phénomène souvent ignoré des enseignants ;
- les difficultés rencontrées à l’occasion de visites d’édifices historiques religieux comme la basilique de Saint-Denis ;
- les sorties scolaires accompagnées par les mères dont certaines portent le voile ; « Maintenant je fais les sorties sans les parents ».
- les interdits alimentaires à la cantine. Elle estime qu’on peut céder sur l’absence de porc mais aller plus loin (plats hallal, casher, végétarien...) amènerait à une séparation des élèves par tables « pures ». Elle interdit les regroupements de ce type à table.
Chaque année, les parents sont invités à un repas pour lequel chacun apporte un plat, sans avoir le droit de manger ce qu’il a apporté.
- l’absentéisme lors du ramadan : en Seine-Saint-Denis, certaines écoles ne fonctionnent pratiquement plus pendant cette période.
- la liberté d’expression dans la classe (ici une école Freinet, où on a le droit de tout dire).

Sur tous ce points, la directrice d’école déplore le manque de communication entre les enseignants, qui se retrouvent désorientés, le silence et l’absence de l’administration, qui ne veut surtout pas d’histoires...
En ce qui la concerne, elle adopte une attitude de fermeté, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des rapports étroits et confiants avec les parents, un point essentiel.

Une autre participante fait état d’une situation similaire d’absentéisme pendant le ramadan dans une autre académie. Le problème a été résolu rapidement après une simple entrevue avec l’imam, qui, en dehors de l’école, a expliqué aux élèves les dispenses autorisées par la religion. Pourquoi ne pas essayer d’abord de dialoguer avec les responsables religieux locaux ? L’Ecole reste trop souvent tentée de régler les problème en interne.

Un participant remarque que la question des pratiques religieuses dans les quartiers est souvent difficile à séparer nettement de celles de l’identité culturelle et de l’ethnicité.
Ainsi l’observance du ramadan, qui se développe, tend à être pour certains une forme d’expression d’appartenance identitaire. De même le caractère plus démonstratif et collectif des offices religieux dans la mouvance évangéliste attire souvent certaines minorités, africaine ou antillaise, et en particulier des femmes seules.

Faut-il en parler, quand et comment ?
L’animateur rappelle que l’intitulé de l’atelier déborde le thème strict de la laïcïté et que, d’autre part, il s’agit moins ici de dénoncer des comportements déviants que d’examiner les moyens de les prévenir au niveau scolaire.
Qu’il s’agisse de certains groupes fondamentalistes organisés et connaissant bien la loi ou de réseaux de solidarité fondés sur la religion, il appartient à l’Education nationale d’aborder franchement ces questions dans la formation, au lieu de les occulter, et de créer des lieux d’échanges collectifs permettant d’assurer la pérennité de la laîcité, fondement de notre société.
Ainsi à Nanterre, où il était coordonnateur de ZEP, avait été mis en place un groupe de réflexion d’animateurs sur le thème « Valeurs et citoyenneté », qui réfléchissait à un modèle pédagogique de transmission d’une culture démocratique, bien au-delà d’un simple respect du règlement intérieur.

Un participant, ancien responsable de la revue Migrants Formation, devenue depuis Diversité Ville-Ecole-Intégration, relève que la problématique pédagogique de la sensibilisation à ces questions a beaucoup progressé.
Dans les années 90, les actions de lutte contre le racisme se limitaient souvent à des dénonciations, guère efficaces - les résultats électoraux le démontraient suffisamment - du Front national et de son leader. Au niveau des publics scolaires, la question n’était pratiquement jamais envisagée sous l’angle pédagogique.
Il avait dans un article publié en 1997, L’antiracisme à l’école : sortir des incantations rituelles *, essayé de dégager une typologie des démarches pédagogiques pour une action antiraciste, typologie qui avait été reprise ensuite par la Ligue de l’enseignement lors d’une campagne nationale auprès de ses animateurs. Il avait ainsi distingué six démarches pédagogiques (républicaine, morale, rationnelle, psychologique, d’ouverture culturelle, citoyenne), que l’on pouvait adopter selon le public visé, la personnalité de l’enseignant, le contexte, etc. , l’objectif étant que l’enseignant situe plus clairement son action dans une optique d’efficacité.
« Mais, remarque-t-il, les tensions ethniques à l’époque étaient sans doute moins vives que maintenant. »

Un autre militant de la Ligue souligne que, quand on agit au niveau du collège, il est souvent trop tard. C’est dès la maternelle que les règles doivent être établies avec les parents, dans le dialogue et sans condamner.
Il faut aborder ces questions d’abord dans les IUFM, par exemple à partir de la fameuse « Lettre de Jules Ferry », qui énonce des principes éthiques toujours actuels, puis ensuite auprès de tous les enseignants en activité. Il faut également que les enseignants en discutent sans crainte avec leurs élèves, y compris avec les plus jeunes et en partant de leurs questions à eux.
Les enseignants se sentent un peu démunis car ils ont souvent peu de culture religieuse, mais la question n’est pas de se demander comment présenter l’islam ou le judaïsme, il faut tout présenter, sans jugement, en faisant réfléchir les enfants.
Si l’Ecole délaisse ces questions en se réfugiant dans les fondamentaux, comme c’est la tendance actuelle, les actions seront confiées à des associations ou des municipalités et gérées hors du temps scolaire, avec tous les risques que cela comporte pour la mission éducative de l’Ecole.

Plusieurs participants notent que le thème « Cultures, religions, laïcité » dépasse largement le cadre de l’école et est très présent également dans le domaine de la santé (hôpitaux, maternités). Les institutions se trouvent donc face à la nécessité de prendre en compte ces problématiques, de développer des lieux de réflexion et des outils pour l’action.

En conclusion, l’animateur de l’atelier revient sur la question de la formation et de l’accompagnement en insistant sur la continuité et la cohérence entre les acteurs institutionnels.
Il privilégierait l’idée d’aborder ces problématiques dans le cadre d’une formation continue plutôt qu’en formation initiale. En effet, on se pose vraiment des questions quand on est confronté à certaines réalités : ainsi, pour reprendre l’exemple cité au début de l’atelier, quel geste professionnel adopter face à un élève qui refuse d’entrer dans une basilique ?

Compte rendu rédigé par Lucienne Siuda

* L’antiracisme à l’école : sortir des incantations rituelles, par Jean-Paul Tauvel, in Migrants-Formation, n°109, juin 1997.
Article consultable en ligne sur le site de VEI ; cliquer sur Diversité /sélection d’articles.]]

Ci-dessous une version en format PDF, à la mise en page plus élaborée

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