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Cités éducatives : le compte rendu par ToutEduc de la rencontre de l’OZP du 8 juin

10 juin

177ème Rencontre de l’OZP

Les cités éducatives servent à “favoriser l’émergence de projets co-portés par des acteurs différents“ (CNOE, rencontre de l’OZP)
L’extension des cités éducatives, passées de 80 en 2019 à 200 aujourd’hui, “s’est traduite par une dilution des critères objectifs de labellisation“, regrettent d’emblée les deux membres du Comité national d’orientation et d’évaluation (CNOE), invités par l’OZP à dialoguer autour de leur présent et devenir.

Annie Tobaty, IGEN honoraire après avoir été chef d’établissement, raconte qu’il y avait notamment au départ la nécessité d’avoir “un volontariat“ pour y accéder, alors qu’en définitive “ce n’est pas toujours le cas“. Il faudrait dès lors plutôt “accorder ce label là où il y a urgence, et ça n’est pas forcément dans un lieu classé REP+“.

Les cités éducatives, explique-t-elle, sont nées de plusieurs prises de conscience : les problématiques éducatives couvrent un champ plus large que celui de l’école uniquement, et laisser seule l’école gérer ces problématiques est injuste. De plus, les politiques de compensation ont leurs limites et ne peuvent suffire à réduire les inégalités.

Méthode

D’ailleurs, “ça n’est pas un dispositif de plus, c’est une méthode“ affirme l’élu de Gennevilliers et vice-président du réseau des villes éducatrices (RSVE) Richard Merra, une méthode qui cherche à embarquer tous les acteurs éducatifs avec la volonté pour les concepteurs de “ne pas cadrer, ne pas définir de modèle“. Et selon lui “à l’extrême, ça n’a pas besoin d’argent“ car l’objectif n’est pas juste de financer des actions, mais de faire en sorte que l’écosystème (c’est à dire un réseau) se construise.

Une des limites pointées vient justement du fait que le budget des cités éducatives arrive de la préfecture, ce qui lui “donne un certain pouvoir“. Avait par exemple été observé dans certaines cités éducatives un “effet d’aubaine“ d’utilisation des crédits de financements pour des dispositifs qui peuvent manquer dans certains territoires. Le risque est donc qu’une des parties de la troïka (les trois instances qui pilotent le programme), la préfecture en particulier, car elle possède une position de force de fait, prenne le pouvoir.

Autre écueil, un conflit possible entre une culture horizontale, qui laisse se développer la prise de responsabilité, et la culture verticale descendante émanant des institutions. Pour y répondre, “il faut que le système de gouvernance évolue“, estime Richard Merra, d’où l’idée d’articuler une gestion transversale de culture territoriale croisant horizontal et vertical.

CPO, une fonction nouvelle mais très complexe

Constat positif cette fois, un des acquis des cités éducatives a été la création du “chef de projet opérateur“ dans plusieurs d’entre elles. Cette “fonction nouvelle, qui est en montée en puissance en trois ans, est très compliquée“, souligne Annie Tobaty, car “elle suppose la compréhension de plusieurs cultures, de logiques qui ne sont pas forcément cohérentes. Ce sont des facilitateurs, et une grande partie de la mobilisation des acteurs repose sur eux.“ Pour elle, il faut donc les positionner pour qu’ils puissent entretenir des liens étroits avec chaque partie. Et pour cela, ils ne doivent pas avoir pas de lien hiérarchique avec les institutions, le portage financier de ce poste doit se faire sur les crédits de la cité éducative (actuellement EN ou Ville) et ils doivent posséder un cadre juridique spécifique.

Les membres du CNOE ont fait également état de la question du périmètre du programme. Il y a la question des territoires, mais aussi celle de l’échelle des cités éducatives. Richard Merra trouve ainsi “étrange“ que le chef de file des cités éducatives soit majoritairement le ou la principal.e d’un collège, car cela semble contradictoire avec ce que propose l’Education nationale dans son offre globale. L’un des objectifs de la cité éducative est de “libérer l’Ecole (au sens large, ndlr) de sa solitude“, or le danger serait de la “perdre“, qu’elle s’essouffle alors que l’ingénierie proposée (une co-construction entre les différents acteurs) est dans son intérêt. Dans la constitution des réseaux, il y a une mobilisation des acteurs dont la participation est allée en augmentant avec l’organisation de commissions thématiques (enseignants, parents..), mais avec ce risque d’essoufflement qui souligne le besoin de feuille de route, d’autonomie, de pouvoir d’action, ou encore la possibilité de vérifier que les actions engagées ne sont pas concurrentes.

Les cités éducatives ont d’ailleurs permis d’assurer la présence de l’EN dans les deux instances de décision de la troïka (décisionnaire et opérationnelle), ainsi qu’une acculturation progressive dans tous les sens, pour les directions d’établissements, les IEN, les enseignants..., ce qui a entraîné une meilleure connaissance des partenaires et une compréhension plus approfondie des logiques de l’autre. Ainsi pour Anny Tobaty, “la mise en place d’une coordination interne aux institutions permet la création d’une proximité sur tout le parcours de l’élève, c’est une façon de créer des passerelles là où il n’y en avait pas.“

Extrait de touteduc.fr du 09.06.22

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