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Ecole du futur : la tribune de Pierre Anselmo, chef d’établissement honoraire, dans ToutEduc

8 juin 2022

Ecole du futur : Un chantier bientôt ouvert au public ? (une tribune de Pierre Anselmo)
Pierre Anselmo, chef d’établissement honoraire, nous fait parvenir ce plaidoyer pour une authentique décentralisation du système éducatif, que nous publions bien volontiers. Selon la formule consacrée, le point de vue qui y est exprimé n’engage que son auteur.

"Le candidat avait promis l’ouverture du chantier de l’Ecole. Le président annonce déjà l’Ecole du futur. La messe est-elle si tôt dite que les cloches appelant les fidèles n’ont même pas sonné ?

Déjà semble poindre le recours fantasmé aux postes à profil recrutés par la direction de l’école ou de l’établissement. Déjà aussi, des nuances apparaissent : foin de recrutement directorial, seulement une validation des candidats susceptibles de s’inscrire dans le projet et après le barème, le sacro-saint barème, fera le reste.

Pourquoi pas ? La tentation est grande de bouger les lignes, la nécessité aussi mais rappelons ici quelques préalables incontournables à la réussite de cette entreprise.

On ne luttera pas contre la reproduction des inégalités pendant la scolarité obligatoire si on ne lutte pas d’abord contre les ruptures et les discontinuités qui impactent plus durement les enfants démunis que leurs camarades mieux lotis.

La question de la continuité et de la cohérence des apprentissages est donc centrale. Elle ne s’incarne pas dans des enseignants qui seraient tous plus géniaux les uns que les autres. Elle s’institue dans des dispositions communes, négociées et transmises de professeur en professeur, d’année en année, non pas avec la préoccupation de mettre en scène la dernière lubie pédagogique à la mode mais dans le respect scrupuleux de la règle commune qui seule protégera les plus faibles, en d’autres termes, un projet d’école ou d’établissement, un vrai et pas seulement un beau catalogue de dispositifs expérimentaux.

Le projet d’école ou d’établissement doit aujourd’hui s’élargir à l’ensemble du territoire sur lequel l’enfant va vivre son cursus scolaire initial, la scolarité obligatoire du socle commun. Il doit aussi englober les temps éducatifs périphériques afin que tous les acteurs tendent à la maîtrise de ce socle par le plus grand nombre d’élèves et en tout état de cause par un bien plus grand nombre d’élèves qu’actuellement.

Cette organisation ne devra pas être expérimentale parce que les enfants ne sont pas des cobayes. Elle devra s’inscrire dans un cadre national et pouvoir se développer à partir d’une option, réversible, prise par le territoire. L’état central ne pourrait remettre en cause ce droit d’option que s’il apportait la preuve, de façon contradictoire, que le territoire soit ne respecte pas le cadre national soit met en œuvre des organisations qui augmentent les inégalités plutôt que de les réduire.

Ces propositions remettent en cause la liberté pédagogique des enseignants telle que définie actuellement ou, plus précisément, elles la replacent au niveau territorial et non au niveau individuel comme aujourd’hui. Ce sont les territoires qui doivent disposer d’une plus large autonomie éducative et non les enseignants comme le candidat en a fait imprudemment la promesse tout en indiquant vouloir développer le recrutement à profil, ce qui est parfaitement contradictoire l’un avec l’autre.

Nous sommes tétanisés à l’idée d’une décentralisation du système éducatif, persuadés que nous sommes que seule la centralité, le caractère national, est à même d’assurer l’égalité de traitement des élèves. C’est un leurre derrière lequel prospère des pratiques inégalitaires qui font de notre système éducatif, malgré toutes ses autres qualités, le système le plus inégalitaire des grands pays développés. Ce système ’à modèle unique’ fonctionne et s’adapte, systématiquement, au bénéfice des catégories sociales les plus favorisées qui concèdent, à peine, quelques promotions méritocratiques pour obtenir, à bon compte, un brevet de républicanisme et ne pas laisser penser que les privilèges de naissance auraient été rétablis. Je dénonce ici l’hypocrisie du centralisme scolaire et préconise le recours à l’intelligence des territoires, persuadé que je suis que, ce faisant, notre système éducatif sera bien plus égalitaire et donc bien plus performant qu’il en l’est actuellement.

Extrait de touteduc.fr du 06.06.22

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