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B* Construire et développer la persévérance scolaire au lycée de la Nouvelle Chance de la Sarthe

31 mars

Construire et développer la persévérance scolaire

Au lycée de la Nouvelle Chance de la Sarthe, Lucie Monfleur enseigne l’anglais à des lycéens de terminale en phase de raccrochage scolaire. Considérant la fragilité de ses élèves face aux apprentissages, l’enseignante a totalement repensé les modalités de ses séquences et séances pédagogiques, en anticipant l’indisponibilité ponctuelle, possible et variable dans la durée de ses élèves. Elle leur propose un dispositif qui offre à chacun et à chaque séance une mise ou remise en activité immédiate, fondée sur des apprentissages autonomes possiblement asynchrones1 et un accompagnement individualisé du professeur. Comment développer l’engagement des élèves au travail ?

En juin dernier, Lucie Monfleur reçoit un message vocal inattendu. Un de ses élèves la remercie longuement de la part de la classe. “C’est cool de pouvoir avancer à son rythme et que le professeur nous écoute”, dit-il notamment, pointant ce qui a permis à chacun de progresser, de renouer avec les apprentissages en anglais. Neuf mois plus tôt, l’enseignante et formatrice à l’Inspé d’Angers prend ses fonctions au Lycée de la Nouvelle Chance de la Sarthe (LNC72) après avoir enseigné en collège. L’établissement accueille trois classes de terminale2, comprenant chacune entre 7 et 11 élèves raccrocheurs. Leurs difficultés scolaires ne sont pas cognitives mais liées à des problématiques d’ordres variés, familiales, médicales, ou socio-éducatives par exemple, générant des difficultés (de sommeil, de concentration, de repères, etc.) qui empêchent d’apprendre. Le parcours scolaire chaotique de ces lycéens a laissé des traces : les apprentissages ne font pas sens, le travail en-dehors des cours est rare, le manque de confiance, d’estime de soi est prégnant. Cette grande fragilité est tangible au regard de l’absentéisme possible, “irrégulier et imprévisible3”, explique Lucie Monfleur. Elle est perceptible également en classe : l’élève peut être présent mais indisponible pour le travail ou arriver en retard par exemple. Dans ces moments, son engagement ne tient qu’à un fil. “La qualité de l’accueil est alors essentielle”, souligne l’enseignante. La nécessité de dégager un temps d’accompagnement individualisé s’impose comme une évidence. “C’est pourquoi il fallait que je trouve une solution pour me rendre disponible durant les séances”, poursuit-elle. Tous les élèves inscrits au LNCS ont un contrat, celui de repasser le baccalauréat. Après quelques semaines, Lucie Monfleur décide de repenser les modalités de ses séquences et séances : “Il fallait que je colle aux besoins de mes élèves, que j’individualise, pour qu’ils puissent à tout moment reprendre le fil de leurs apprentissages, même pour des élèves qui intégreraient la classe plus tard dans l’année par exemple. Il fallait aussi que la pédagogie choisie permette aux lycéens de se réconcilier avec l’image de soi au travail. Mon enseignement s’appuie désormais sur trois leviers de raccrochage : motiver, individualiser, responsabiliser”, explique-t-elle.

La roadmap et le padlet

Au retour des vacances d’automne, le nouveau dispositif est opérationnel. Il repose sur le développement du travail en autonomie, avec la possibilité d’aides régulières ou ponctuelles décidées par les élèves, dans une démarche de projet. Au départ, l’enseignante explicite comme à l’accoutumée la tâche finale de la nouvelle séquence, mais, ce qui est nouveau, c’est qu’elle met d’emblée à disposition des élèves toutes les activités qui vont leur permettre de réaliser cette tâche finale. Pour ce, la professeure associe une feuille de route, the roadmap, à un padlet dans lequel l’ensemble des contenus nécessaires à la réalisation des activités de la séquence entière (textes, images, vidéos, fiches d’activités, exercices...) sont accessibles à tout moment. Sur la roadmap, la clarté, la transparence des objectifs associées à une visibilité concrète step by step du chemin à parcourir pour les atteindre permettent aux élèves de se projeter, de cerner l’intérêt de chacun des apprentissages. Un code couleur leur indique les étapes et activités à réaliser obligatoirement pour être en capacité de réaliser la tâche finale. Le document comporte aussi des propositions d’activités complémentaires de révisions ou d’approfondissement. Cette hiérarchie permettra aux élèves ponctuellement indisponibles au cours de la séquence de viser l’essentiel, à d’autres de réviser certaines notions, d’en approfondir ou d’aller plus loin en réalisant des activités plus complexes. Cette programmation sur la durée peut faire peur et il faut rassurer ces lycéens tant leur estime de soi face au travail est fragile. La professeure trouve l’équilibre en conjuguant cette feuille de route avec les ressources numériques. La roadmap est synthétique, claire, attractive ; les consignes y sont entièrement rédigées. Le document tient en quatre pages, il est présenté sous la forme d’un dossier (feuille A3 recto/verso) dans lequel l’élève rangera au fur et à mesure ses fiches de travail. Voilà qui donne une perspective et un cadre visuellement rassurants. Complémentairement, les ressources sur le padlet étoffent le travail à réaliser à chaque step, aboutissant à une production orale ou écrite. Chaque étape est en effet articulée autour d’une phase de compréhension puis d’une phase de production.

Développer la confiance en soi et se responsabiliser

L’initiation du travail se fait en classe entière. Les élèves découvrent la séquence à partir de documents proposés par l’enseignante. Elle leur précise également les points du programme ciblés et les compétences travaillées dans la perspective de leur réussite au baccalauréat. Puis, chaque élève va se lancer dans le travail en autonomie en suivant sa feuille de route où les activités progressives sont à réaliser dans l’ordre. Pour chaque activité, l’enseignante propose deux niveaux de réalisation : apprentice ou expert. Les élèves ont connaissance qu’il y a correspondance entre le niveau expert et B1/B2 (attendu au baccalauréat), comme entre le niveau apprentice et A2/B1 4. Lors des évaluations, le niveau apprentice correspond à une note maximale de 12/20. “Le guidage des documents est plus serré lorsqu’ils choisissent le niveau apprentice, explique l’enseignante. Par exemple, pour une compréhension de texte, l’élève va résumer ce qu’il a compris du texte sans aide (expert) ou en répondant à des questions (apprentice).” L’élève choisit son niveau, l’objectif principal étant de réussir l’activité. “Le niveau apprentice favorise la réussite et participe à restaurer la confiance, poursuit-elle, mais il est essentiel de rappeler régulièrement les attendus pour le baccalauréat, il faut rassurer sans leurrer.” Au bout d’un certain temps, peu d’élèves se contentent du niveau apprentice. Ils alternent par exemple les deux niveaux selon la dominante de l’activité, après avoir mieux cerné leurs points forts et leurs difficultés. Parfois, un élève choisit le niveau apprentice car il est fatigué par exemple, mais dans tous les cas le lycéen est en activité. Les fiches d’aide sont à disposition sur le padlet et en format papier en classe tout comme les corrections des exercices. L’objectif est d’assurer un confort maximal à chacun pour qu’aucun obstacle matériel, susceptible de briser la motivation du jour, ne vienne perturber la mise au travail. De même, si le téléphone est autorisé pour se connecter au padlet, L. Monfleur utilise un répartiteur multijack pour permettre si nécessaire (téléphone déchargé, oublié) de se connecter à un ordinateur dans la classe. L’ensemble des ressources permet le travail en autonomie et l’avancée de chacun à son rythme en assumant des choix de niveau et de modalités de travail parmi celles qui sont proposées (seul, en binôme, avec l’aide du professeur, en s’enregistrant...), y compris pour réaliser les évaluations intermédiaires ou certaines activités orales. Ces choix personnels apportent de la sécurité aux lycéens.

La durée de chaque activité n’est volontairement pas indiquée. Cela permet à chacun d’aller à son rythme, passant plus ou moins de temps sur une activité selon son aisance en expression écrite, orale ou encore en mémorisation de vocabulaire. Cette régulation du temps se fait assez naturellement mais le principe de cette pédagogie est bel et bien pour le professeur d’envisager un fonctionnement de classe où les élèves travaillent en asynchronie. Ce n’est pas un obstacle car, durant les séances, le professeur est totalement disponible pour venir aider individuellement les élèves. Cette liberté s’exerce cependant dans un cadre, celui de la roadmap, et selon un cap : deux séquences sont réalisées chaque trimestre. Par ailleurs, à chaque step est associé un court temps institutionnel en classe entière lors duquel l’enseignante rappelle, réexplique, reformule les notions qui sont ensuite écrites dans la mindmap. C’est une carte mentale associée à la séquence sur laquelle on inscrit au fil des activités tous les apprentissages nouveaux (notions grammaticales, vocabulaire, connaissances sur le sujet de la séquence etc.) nécessaires pour réaliser la tâche finale. L’enseignante a connaissance de l’avancée des travaux de chacun(e) et propose ce temps dès que le step est franchi pour tous. La souplesse associée au travail autonome n’est nullement contradictoire avec le cadrage temporel puisque les élèves sont tous en activité et avancent dans leur travail. Et c’est bien ce que suit et accompagne de près leur enseignante qui place la gestion des rythmes variés des élèves au cœur de son dispositif.

Les modalités d’usage du journal de bord ou logbook

Pour cela, entre chaque séance, elle vérifie le travail effectué. La roadmap, incluant les fiches d’activités complétées durant la séance et un bilan du travail réalisé rédigé par l’élève dans son journal de bord, le logbook, est remise à la professeure en fin de cours et visé par celle-ci pour la séance suivante. Ce logbook constitue autant un outil de communication avec l’enseignante qu’un laboratoire d’expression écrite qui fait d’ailleurs l’objet d’une évaluation. Ce fonctionnement permet à l’enseignante de prendre connaissance des travaux réalisés, de les corriger à la demande écrite des élèves, d’en sélectionner certains pour les déposer sur le padlet en guise d’exemple, avec l’accord préalable des élèves concernés. Dès l’entrée en classe, chacun(e) récupère son dossier et prend connaissance des annotations et éventuellement des corrections de l’enseignante. Parfois même, cette dernière fait un point d’étape et fixe oralement pour chacun son objectif ou sa tâche du jour. Pendant la séance, L. Monfleur accompagne les élèves de manière individualisée. Ces temps ont tantôt lieu à l’initiative des élèves, tantôt à l’initiative du professeur. Ainsi, si un élève est bien avancé dans ses activités, elle lui propose de réaliser une activité d’approfondissement répondant à un domaine qu’il a besoin de conforter. Pour un autre élève, il s’agit d’apporter une aide. “Le plus souvent, j’essaie de proposer une situation qui va lui permettre de comprendre, de se débloquer.” Par exemple, lors d’une activité d’écriture, l’enseignante montre deux productions d’élèves au niveau expert sur le padlet et pose sa consigne : trouve les points communs entre ces deux propositions puis observe ce qui est différent de ton travail. Cette comparaison avec le travail des pairs est plus efficace qu’une explication ou qu’une production du professeur donnée en guise d’exemple, “considérée comme un modèle inaccessible”, précise l’enseignante. Ce fonctionnement est possible grâce à l’asynchronie dans la réalisation des activités et valorise aussi les productions des élèves, ce qui les encourage. En classe, l’enseignante se consacre aussi aux élèves qui ont été absents. Selon la durée de l’absence, elle réexplique, reformule une consigne, fixe l’objectif du jour. Elle recentre le travail sur les activités essentielles pour réaliser la tâche finale en toute transparence au regard des attendus du baccalauréat. Ces moments de travail variés, en tête-à-tête, sont un luxe. “J’ai le temps d’aider chacun(e). Cette impression de courir après les minutes a disparu, sans transiger avec les notions au programme”, rappelle L. Monfleur. Au fil des séances, ces temps de travail individualisé permettent de vérifier que tous les élèves ont suivi à minima les étapes essentielles de la séquence. Chaque lycéen est alors en mesure de choisir sa date de réalisation de la tâche finale, avec l’accord du professeur, tout en respectant une date butoir. Poser lui-même des échéances permet de s’engager, se responsabiliser et d’apprendre/ réapprendre à anticiper et s’organiser dans son travail.

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“Les élèves apprécient aller à leur rythme, avec rigueur, cela les réinvestit”, conclut L. Monfleur. L’enseignante est convaincue de la nécessité d’activer simultanément plusieurs leviers pour mobiliser ses élèves : motiver, sécuriser, responsabiliser et accompagner individuellement. Son dispositif permet à chacun(e) de progresser, d’identifier ses besoins, de ne pas se trouver en trop grande difficulté dans son travail ou face aux autres. Le “sentiment d’efficacité” (théorisé par Albert Bandura5) de chaque élève est renforcé. La professeure souhaite prochainement faire évoluer le dispositif en faisant du padlet un outil non plus seulement consultatif mais collaboratif : les élèves suffisamment en confiance pourraient y déposer eux-mêmes leurs propres productions. “C’est cool de pouvoir avancer à son rythme et que le professeur nous écoute”, disait l’élève dans son message, preuve tangible d’une communication restaurée, d’une réconciliation avec l’école.

Notes
1. Les élèves travaillent au même moment (celui de la séance indiquée dans l’emploi du temps) mais ne réalisent pas forcément la même activité (chacun avance à son rythme).
2. Une terminale générale, une terminale STMG (Sciences et technologie du management et de la gestion), une terminale BP MCV (Baccalauréat professionnel Métiers du commerce et de la vente).
3. “Un absentéisme irrégulier et imprévisible” : un élève peut être absent d’un cours à l’autre parce qu’il s’est passé un événement dans la journée, d’un jour sur l’autre suite à une insomnie par exemple. Un élève peut être présent sur une longue durée puis absent une ou deux semaines à l’approche des vacances car il est fatigué.
4. Niveaux fixés par le Cadre européen de référence pour les langues.
5. Albert BANDURA, psychologue canadien, enseignant et chercheur a développé la théorie du sentiment d’auto-efficacité et de compétence. Voir cet article sur le site de l’Université de Bordeaux. https://ent2d.ac-bordeaux.fr/disciplines/hotellerie/wp-content/uploads/sites/46/2018/05/BANDURA_Theorie.pdf

Auteur(s) :
N. Le Rouge
Contributeur(s) :
L.-M. Monfleur, Lycée nouvelle chance

Extrait de pedagogie.ac-nantes.fr du 08.02.22

 

Extrait de cafepedagogique.net du 30.03.22

 

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2022/03/30032022Article637842191122890605.aspxoir :
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