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Sciences de l’éducation et pratiques enseignantes : - Un site de partage de savoirs en éducation lancé par Béatrice Mabilon-Bonfils (le Café) - Un dossier de la revue "Recherches en éducation (ToutEduc)

20 septembre Version imprimable de cet article Version imprimable

- Béatrice Mabilon-Bonfils : Un site de partage de savoirs en éducation

La question du lien entre savoirs savants, politiques publiques et pratiques sociales se pose avec une particulière acuité dans toutes les sciences humaines et sociales et tout particulièrement en sciences de l’éducation et de la formation. La définition des problèmes scientifiques, la construction des faits scientifiques doivent-elles être exclusivement tributaires des demandes politiques, économiques et sociales, par conséquent liées strictement à un horizon d‘attentes sociales ? Sont-elles seulement la résultante de jeux et d’enjeux de pouvoirs ? Comment se construit la légitimité sociale d’une discipline et celle-ci en particulier ? Les résultats produits par les chercheurs en sciences humaines et sociales peuvent-ils rétroagir sur les sujets même sur lesquels portent les recherches ? Ou plus largement modifier, infléchir les pratiques sociales à une échelle plus globale (à partir du moment où ces investigations ont une certaine diffusion en terme de vulgarisation) ? Quels sont les liens entre sciences, réflexivité et capacité d’agir (empowerment) dans le domaine de l’éducation et de la formation ?
L’ouvrage codirigé par Christine Delory-Momberger et Béatrice Mabilon-Bonfils (A quoi servent les sciences de l’éducation, ESF) interroge de grands noms (Brigitte Albero, Angela Barthes, Claudine Blanchard-Laville, Bernard Charlot, Marie Duru-Bellat, Alain Jaillet, Martine Janner, Laurent Jeannin, Jean Houssaye, Claude Lessard, Christophe Niewiadomski, Line Numa-Bocage, Éric Plaisance et Richard Wittorski) qui proposent leur analyse. Certains d’entre eux présentent leurs questionnements dans une vidéo que l’on trouve sur un nouveau site de partage lancé par le laboratoire bonheurs pour permettre un dialogue entre chercheurs, professionnels, parents d’élèves, élèves... Tout autre chercheur pourra envoyer sa vidéo qu’il ait ou pas participé à l’ouvrage.

Ce nouveau site a pour projet d’imaginer les conditions du dialogue entre chercheurs, formateurs, enseignants en créant des espaces « d’intéressement ». Le problème des rapports entre recherche et formation ne peut se poser simplement comme une question de transfert de savoirs mais comme la production d’un espace collectif de confrontation des savoirs et des pratiques et de forums hybrides. Le top-down est inefficient. Il ne suffit pas qu’existent des pratiques de valorisation des savoirs, des lieux réels ou virtuels de ressources, des recherches collaboratives, pour que les professionnels s’en emparent. La formation initiale et continue des professeurs doit être pensée autrement : autour de la production de cet espace d’intéressement où chercheurs et professionnels pensent et modifient leurs pratiques. Sans quoi les recherches restent lettre morte, simple mode de validation de la formation initiale des professeurs, sans intérêt pour les intéressés, qui les pensent trop théoriques et décrochées de leurs pratiques. C’est ce que montrent toutes les enquêtes successives. Une communauté ne se décrète pas.

Élèves, étudiants, parents d’élèves pourront se joindre utilement aux débats.

Le site a vocation à ouvrir la discussion : que vous soyez chercheur, professionnel de l’éducation, élève, parent d’élèves, étudiant, vos questions et remarques feront avancer le débat.

Dans une forme de délibération commune, chacun pourra proposer des suggestions, proposer des pistes, proposer des thèmes de discussion, témoigner d’expériences, poser des questions, proposer des recherches et des collaborations . Tous les sujets sont ouverts : le bien-être, l’évaluation, l’architecture scolaire, la santé, les inégalités face l’école, les relations École/familles etc., etc. Tous les thèmes sont les bienvenus .

Lieu d’échanges, de partages de ressources, ce site sera ce qu’en feront leurs utilisateurs.

Les professionnels, les élèves, les parents pourront aussi y définir leurs besoins et attentes contextualisées : quelles sont les questions vives sur lesquelles ils voudraient des réponses de la recherche ? Charge aux chercheurs de s’en emparer, quitte à les reconfigurer.

Béatrice Mabilon-Bonfils
Directrice du laboratoire BONHEURS (Bien-être, Organisations, Numérique,
Habitabilité, Education, Universalité, Relation, Savoirs)
Université de Cergy-Pontoise

Le site de sciences participatives

Extrait de cafepedagogique.net du 19.09.19

 

- Connaître les résultats de la recherche permet-il aux enseignants d’être plus efficaces ? (Revue)

"La conception des formations d’enseignants repose en général sur l’idée qu’y faire connaître les savoirs issus de la recherche, qu’il s’agisse des contenus à enseigner ou des savoirs utiles pour enseigner - ceux qui concernent par exemple le développement des enfants et des adolescents, les facteurs qui influencent les divers apprentissages des élèves, l’enrôlement de ceux-ci dans les tâches, la réussite et l’échec scolaires -, inspirera ou modifiera leurs pratiques pour les rendre plus efficaces." Pour les coordonnateurs du dossier du dernier numéro de la revue de l’IFE-ENS, Jacques Crinon (Université Paris-Est-Créteil) et Alain Muller (Université de Genève), s’y ajoute souvent l’idée que la formation a pour mission de faire connaître les prescriptions institutionnelles qui traduiraient en "bonnes pratiques" l’état des savoirs à enseigner et pour enseigner. Mais, écrivent-ils, les travaux antérieurs sur ces questions obligent à être circonspect quant à l’appropriation des résultats de recherche et à l’adhésion aux préconisations qui en résultent : la circulation des savoirs entre l’univers de la recherche, la formation et le monde scolaire passe par des processus complexes de sélection, de "traduction" et d’ "intéressement".

Pour les deux universitaires, en ce qui concerne les savoirs ou les connaissances des enseignants, il a été démontré, depuis au moins 20 ans, qu’ils sont très loin de se réduire à ceux dispensés dans les instituts de formation. On a affaire à un véritable amalgame de savoirs de provenances diverses –vécu personnel, vécu scolaire, formation disciplinaire, formation professionnelle, textes institutionnels, expérience du métier, etc. -, dont l’hétérogénéité aboutit à la production bricolée par chacun d’un "univers syncrétique" de connaissances.

Selon Jacques Crinon et Alain Muller, la manière dont les praticiens, à titre individuel ou en tant que groupe(s) professionnel(s), se donnent implicitement leurs propres normes est le double fruit de processus de renormalisation ou de transformation des normes institutionnelles ou personnelles en fonction des contraintes, des situations et de compromis entre des normes concurrentes. Ainsi, les praticiens peuvent mettre plus ou moins l’accent sur des aspects différents de leur mission : socialiser les jeunes générations, transmettre les savoirs, faire des enfants des sujets. Ces processus de travail sur les normes trouvent aussi leur source dans les diverses modalités de prise en compte des élèves : sur quel "élève – modèle" cale-t-on son activité ? Mais également dans la façon de se situer par rapport aux autres acteurs de la scène scolaire et dans la nécessité de se faciliter les conditions d’exercice du métier.

Si donc les pratiques enseignantes quotidiennes reposent sur des savoirs et sur des normes, la nature de ces savoirs en usage et de ces normes redéfinies, leurs écarts avec les savoirs savants et avec les normes institutionnelles, le "comment" ils se constituent et se pérennisent, en lien avec des valeurs, avec la perception de ce qui est possible et de ce qui peut faciliter l’exercice du métier ou permettre d’être reconnu, méritent d’être analysés.

Cependant, ils préviennent : une telle entreprise ne va pas sans soulever plusieurs problématiques incontournables et entremêlées. Parmi les problématiques qu’ils mentionnent, on peut retenir celle de la dimension historico-sociale. Pour eux, toute enquête, qu’elle soit conceptuelle ou empirique, sur les normes et les savoirs à enseigner se déploie en un moment historique et, concernant le nôtre, dans une période de transformation profonde de la forme scolaire, d’effacement de sa clôture symbolique, de désinstitutionnalisation de l’école, de mutation des rapports à l’enfant au sein des familles, ayant pour conséquences une délégitimation des normes et des savoirs scolaires. D’autre part, normes et savoirs sont des objets socialement constitués. En quoi les normes varient–elles en fonction des différents groupes socio-professionnels : enseignants, formateurs, inspecteurs ... L’élève idéal ou l’enseignant idéal sont-ils les mêmes pour les enseignants et pour les inspecteurs ?

Quant à la formation, a-t-elle pour fonction "d’informer" les professeurs en formation des processus compliqués dans lesquels ils sont pris ? S’agit-il, plus profondément, de faire de ces processus des objets de formation, de travailler les conflits de normes et de savoirs en formation ? Les résultats des recherches sur les normes et les savoirs pour enseigner militent-ils pour une transformation des contenus de formation ou, plus fondamentalement, pour une transformation plus structurelle des institutions de formation et de leurs curriculums, trop souvent encore décalqués de la forme scolaire ? Permettent-ils de repenser l’alternance, les rôles des divers agents de la formation et ce serpent de mer qui hante les formations professionnelles depuis plus de 30 ans : l’articulation théorie – pratique ?

Savoirs et normes pour enseigner (revue Recherche et Formation, Ecole normale supérieure de Lyon-Institut français de l’éducation, ici)

Arnold Bac

Extrait de touteduc.fr du 18.09.19

 

Site ozp. Voir le mot-clé *Liaison avec Recherche ou Université (gr 4)/

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