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Le mérite est-il encore un idéal démocratique ? (Marie Duru-Bellat dans The Conversation)

28 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Le mérite est-il encore un idéal démocratique ?
Marie Duru-Bellat
Professeure des universités émérite en sociologie, Observatoire sociologique du changement, Sciences Po

À l’heure où une large frange de la jeunesse aborde les examens et concours censés certifier les mérites de chacun, croit-on encore vraiment au bien-fondé de ces épreuves ? La réponse est sans doute… oui et non.

Non, au vu des critiques récurrentes des évaluations et des inégalités scolaires. Oui, quand on observe que les premiers intéressés (soutenus par leurs parents) se plient, sans trop broncher, à ces rituels de fin d’année, quand on voit que le poids exorbitant des diplômes sur les carrières professionnelles n’est guère contesté, ou encore, qu’en France comme en Europe, nous confions les rênes du pouvoir à des élites hyper diplômées…

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Face au problème crucial sur lequel butent toutes les sociétés – comment répartir les « places » et comment choisir ceux qui nous gouvernent –, nous avons, depuis la Révolution, estimé que la naissance, l’héritage de père en fils, ou une incertaine supériorité naturelle ne pouvaient plus prévaloir. Et c’est ainsi que nous avons mis en avant le mérite, et, pour trancher sur sa délicate définition, le mérite tel que mesuré par l’institution scolaire.

Une longue histoire [...]

[...] L’improbable égalité des chances
La méritocratie s’avère donc doublement fonctionnelle : pour la société, puisque les inégalités sociales, qui ne faiblissent pas, apparaissent justifiées, et pour les personnes (notamment les plus diplômées, qui se trouvent être aussi les élites dirigeantes), puisqu’elle apporte le confort moral de devoir son succès à ses seuls mérites.

Pour autant, il est impératif, que ce soit au nom du principe d’égalité ou pour des considérations d’efficacité économique, de revoir profondément la place que nous donnons au mérite, et à quel mérite, dans l’organisation de la société. Car aucun jeune ne devrait sortir de l’école disqualifié du fait de son absence de mérite scolaire, alors même qu’il existe une diversité de talents, négligée parce qu’un type particulier d’intelligence a pris une importance disproportionnée.

En même temps, on ne saurait renoncer à assurer à tous un bagage scolaire commun, et une éducation à toutes ces qualités et ces valeurs donnant à chacun la capacité à participer au bien commun. Ensuite, dans la vie professionnelle, il serait juste de ne pas rabattre la hiérarchie des emplois sur le mérite scolaire.

Comme le souligne Michael Sandel, la société serait plus bienveillante si on réalisait le poids du hasard ou de ce que l’on ne contrôle pas dans ce qui nous arrive, on serait plus solidaire avec ceux qui ont eu moins de chance… Remettre le mérite à sa place donc, et ne pas oublier que la justice passe autant, sinon plus, par l’égalité à l’école et dans la vie que par l’improbable égalité des chances…

Extrait de theconversation.com du 16.05.21

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