Monsieur,
vous affirmez dans votre article que’ les politiques publiques n’ont pas réussi à assurer l’égalité réelle’. Pourtant il y a des mesures qui répondent aux besoins spécifiques engendrées par notre société. Les mesures de bourses, d’allocations, en font partie , les indemnités de chômage aussi.
Nous sommes malgré les rattrapages et l’adaptation sociale dans une situation où la violence ne peut plus être contenue.’ Vous dites qu’il s’agit d’une gifle au modèle français’. Je dirai plutôt que la France reçoit la gifle seulement aujourd’hui car comme vous l’aviez affirmé lors de votre venue aux rencontres de l’ozp, vous avez connu les émeutes urbaines aux usa dans les années 60. Le modèle social français a seulement retardé l’arrivée des problèmes.
Il y a eu en France des prémisses de ce qui aujourd’hui a pris feu. Les mouvemnts des années 90 des lycéens portaient des revendications sur les conditions d’habitation et de regroupement urbain . Ces revendications n’ont pas été écoutées, ou très peu :arasement de quelques barres. Ce fut l’occasion pour les habitants qui avaient vécu dans ces barres de raconter leur attachement à ces quartiers, "c’est notre histoire, et on l’aime" a-t-on entendu sur les ondes de la radio qui leur donnait la parole. Voilà des choses qui interrogent, il n’y a donc pas adéquation mécanique entre conditions extérieures et perception subjective de sa condition.
On peut de la même manière penser que tout ira bien si on habite dans un quartier pavillonnaire, avec le lycée bien côté pour ses enfants. Or, là aussi, l’intégration au modèle économique de référence ne met pas toujours à l’abri du regard que les "autres" portent sur nous.
Car il me semble que c’est bien de cela dont il s’agit dans cette violence inouïe : c’est une manifestation exacerbée de rejet de part et d’autre des populations des espaces urbains concentrés démographiquement, comme émergence d’un inconscient collectif qui se forge des représentations de l’autre négatives et intolérantes.
Vous parlez de ’modèle positif inexistant ’ pour les populations "colorées", et je reprends vos termes, vous parlez sans doute des hommes politiques , car l’enseignement lui ,est assuré par énormément de personnes dont les noms ,le visage, le savoir vivre, la communication ,les qualités, la culture sont ceux des maghrébins, qui par-là même contribuent à ce savoir être ensemble , garanti , protégé par l’éducation nationale. Celle-ci ne "peut pas tout", pour reprendre les mots d’une éclairante intervention , mais elle détient la clef qui permettra le vrai changement de mentalité seul capable de modifier la représentation que l’on a de l’autre. Le regard de l’autre qui devient positif donne l’estime de soi.
Pour arriver à cette estime de soi, vous préconisez des solutions volontaristes d’intégration : accès des meilleurs élèves dans les classes prestigieuses. Cette solution me paraît insuffisante. Elle est honorable, et répond à la recherche inscrite dans les gènes humains de la compétition . Mais la solution profonde ne serait-elle pas , déjà, dans un premier temps d’une meilleure circulation des différentes sphères entre elles .Un appareil "techno-administratif" dites-vous. On voit bien par ces mots que vous en dénoncez la lourdeur et l’immobilisme. Nous sommes tous là à le déplorer. Mais parce que nous voudrions qu’il fonctionne autrement. C’est une culture, "ça s’apprend" comme on dit. Cela aussi fait partie de la tâche des adultes que nous sommes, faire connaître l’environnement des institutions aux jeunes . C’est ce que modestement nous faisons quotidiennement dans nos classes.
La proposition que vous faites ,l’intervention sur l’urbain est prioritaire car l’éducation de chacun ne prend de sens que dans un lieu social qui propose une habitation décente, les lieux de travail et de culture.
J’espère que ces mesures seront entreprises et respectées afin que le travail des enseignants trouve une alliance à l’extérieur de l’école pour accompagner les jeunes, afin que toute la société, portant un autre regard sur eux, contribue à créer l’équilibre et l’estime de soi, comme expression de l’équilibre d’une société.
Generosa Di Filippo
Merci pour ce témoignage.
C’est la seule attitude qui peut consolider le travail qu’entreprend l’école "à l’interne" dont le contenu est à reprendre.
Notre investissement humain (cf le texte" Faut-il supprimer les zep ?") est fondamental pour mettre en acte une politique raisonnée et sociale de l’école.
Cordialement,
Generosa di Filippo
La bataillle sémantique fait rage. Et c’est bien. Personnellement, je ne peux accepter ce terme de "discrimination positive" quand elle pointe des mises en oeuvres sociales . Doit-on envelopper d’un mot spécifique ce qui relève du devoir démocratique ?. Oublie-t-on qu’une société républicaine telle que la nôtre a pour rôle d’offrir les réparations légitimes aux dégâts de l’histoire ? Sommes-nous en train de découvrir tout à coup, comme nous éveillant d’un rêve (lequel ? L’américain ? Noon !)que la société discrimine à tour de bras ? Si on est femme, si on n’est pas trop riche, si on a tel prénom, nom, origine, profil, intonation de voix, diplôme, si on parle avec les mains, si papa dirige , si papa ne dirige pas, si on fréquente le parvis, la mosquée, la synagogue, si on est vieux, si on est jeune... Allons, on semble oublier que la société est plurielle, que toute réalité est le contact harmonieux ou pas entre son histoire personnelle et la réalité extérieure. On ne résoud pas les questions à coup de mobilisations de mots tels que ceux évoqués. Sauf, si l’implicite (que mon Dieu me pardonne) il y a derrière un objectif inavouable:est-on en train de créer une entité d’intervention artificielle, pour gommer, cacher ce qui est dans les faits, déjà le résultat d’une intégration réussie. En effet, sommes-nous aveugles pour ne pas voir que les noms étrangers, les visages "visibles" pour reprendre les termes mobilisés par certains, apparaissent dans toutes les entreprises, les magasins, les administrations, les écoles, les métiers ? Tout ce brouhaha autour de ce concept, ne viendrait-il pas pour freiner cette intégration naturelle dont l’Education Nationale est la forge et maître d’oeuvre ?
Dans 1984 on décrivait une société dont on faisait disparaître les mots pour escamoter la réalité de référence. Nous sommes en train de vivre la création d’ une entité sémantique pour annuler la prise de conscience qu’une intégration est largement réussie.
Cordialement,
Generosa di-Filippo
article génial
vous devriez ajouter comment on pourra se procurer cette revue (Diversité) où ce sera publié
pour le "café pédagogique" :
Les articles relatant l’incendie du Collège Pergaud de Saint Dizier ont fait connaître que l’accueil de tous les élèves était assuré dans un autre collège de la ville. Cet autre collège a un CDI bien équipé, et met son fonds documentaire à la disposition de TOUS les élèves. Il n’y a donc pas urgence à recréer un deuxième CDI qu’on ne saurait où mettre, sachant que le Collège Louis Pergaud ne sera pas reconstruit.
Voici un extrait d’un article du Figaro d’aujourd’hui. (bien que je ne sois pas une lectrice assidue, loin de là)
Mais ce témoignage me semble révélateur d’une état d’esprit :
« Quand je suis entrée pour la première fois dans une salle des profs, raconte Emmanuelle, 27 ans, enseignante d’espagnol à Muret (Haute-Garonne), deux hommes moustachus, la cinquantaine, se sont avancés vers moi avec un bulletin d’adhésion au SNES. J’avais l’impression de nager en pleine caricature. » La jeune femme a refusé d’adhérer, contrairement à certains collègues. « Lorsqu’on te dit que ta mutation en dépend, tu t’exécutes », explique Sophie Gonzales, 30 ans, enseignante d’espagnol à Bordeaux (Gironde). « Je préférerais que les syndicats se préoccupent davantage d’enseignement et moins du niveau des salaires », regrette Jean-Michel Bohre
Comment peut on écrire qu’il faut que les équipes soient stables, que cela fait des années
que tout le monde sait que c’est une condition essentielle de la réussite d’un projet pour l’établissement et pour les élèves et que personne ne soit capable de lutter contre une administration et même une syndicalisation qui se donne pour objectif d’accompagner le contraire ?
Ce n’est pas que je sois contre les syndicats, bien au contraire, mais si l’objectif est de stabiliser les équipes, il me semble important d’exiger des recrutements locaux (quitte à restaurer des accompagnements disparus de type IPES), d’exiger des implications plus durables, car à la fin, si les revendications des enseignants deviennent contradictoires avec les intérêts des élèves en quoi ces revendications demeurent elles justes ?
Je cherche encore la nature de la discrimination positive qui consiste à faire apprendre le métier d’enseignant à l’autre bout de la France en ZEP, sur le tas d’élèves qui auraient besoin des enseignants les plus impliqués, les plus insérés localement, pour faire tenir des établissements fragilisés.
Je cherche encore quelle est la nature de ce combat syndical dont l’objectif ouvert est d’aider les enseignants des ZEP à se barrer au plus vite : pour tous ces enseignants si prompts à se parer des valeurs de la République, où est donc l’égalité ?
Je ne parle même plus de discrimination positive, car la discrimination positive consisterait à envoyer tous les enseignants débutants sur des postes limités à 3 ans dans les établissements prestigieux pour apprendre leur métier sur le dos des enfants des familles qui ont contourné l’exigence de mixité sociale, avec ou sans la carte scolaire.
Après 12 ans de travail en ZEP, je tire un bilan très négatif de dispositifs, à la fois nombreux, ronflants, incohérents, et pour la plupart inefficaces. Tous ces "projets de ZEP, de REP, de contrat de ville, de Grand Projet Urbain" entièrement écrits en langue de bois, dont l’efficacité sur le terrain est plus adapté à la propulsion des carrières de la hiérarchie qu’à la réduction des difficultés du terrain, et dont les financements parfois donnés par la préfecture, par la mairie, par le collège support, par l’Inspection Académique, à des dates différentes, avec des supports papiers épais et ronflants, sont à la fin insupportables.
Aujourd’hui, je ne parviens plus à comprendre pourquoi certains quartiers sont en ZEP, pourquoi d’autres n’y sont pas, et en quoi regrouper les enfants en grande difficulté socaile sur le même quartier, puis enlever deux élèves dans la classe puisse être considéré comme une aide. sans rire.
Je viens de découvrir cet article et les commentaires.
Ils me vont droit au coeur. En effet, l’enjeu de co-éducation me semble essentiel et vous apportez les éléments théoriques qui me font personnellement défaut, étant un généraliste de la personne humaine.
Je serais vraiment heureux de collaborer avec vous pour faire que ces connaissances soient partagées par tous les acteurs dans chaque quartier et chaque village de France (et d’ailleurs !).
C’est un vaste chantier qui peut compter sur un grand nombre de bonnes volontés pour allier au mieux réflexion et action dans une interaction permanente.
C’est ce que je contribue à faire notamment dans un quartier du Havre - Caucriauville - dans le volet "rapprochements" de l’association ARC-en-ciel développement qui expérimente et anime une maison des humanités.
Je serais intéressé pour m’insérer dans un réseau (formel ou informel) qui a déjà capitalisé sur ces questions.
Sincères salutations.
oui elles servent à quelque chose !!!!!!!!!!! donnez la chance à certains élèves la possibilité de réusssirest certs une bonne chose en revanche partir tous d’une mème échellle en est une autre !!!! donc ne soyez pas si pessimistes que ça.... ne découragez pas ceux ui ont envie de réussir§§§§§§§
Voilà des collègues qui sont actifs et défendent intelligemment leur ZEP. L’OZP devrait lancer une campagne nationale pour que toutes les ZEP fassent comme eux.
En accord avec le contenu de cette lettre, permettez moi d’ajouter quand ces temps difficiles, un peu de beurre dans les épinards ne ferait pas de mal. Il me semble donc normal que l’on soit plus généreux en traitement avec des enseignants chevronnés pour les motiver en Zep, ça aide à supporter l’usure. C’est nécessaire même si cela reste insuffisant.
jf
L’analyse est précise et nuancée, rétablissant la réalité de cette situation.
S’il est vrai que "nous n’avons pas à être embarrassés par des études montrant que la seule distribution de quelques moyens supplémentaires ne réduit pas les inégalités", nous déplorons l’impact médiatique de tels propos, qui représentent de véritables attaques sur un dispositif qui ne peut répondre car il n’a pas d’espace de parole direct. La réponse vient de manière "latérale" par le journalisme lui-même ou par une prise de défense des politiques, jamais directement par les acteurs eux-mêmes. Cette non réponse, ce silence obligé crée une sorte de poche de fantasme collectif qui rend ce qui a été "entendu" "comme" "vrai",
puisque non démenti par le terrain.
Gv di filippo
Une campagne d’information sera lancée dès la deuxième quinzaine de septembre et c’est l’ANPE qui se chargera du recrutement. Les besoins seront répertoriés par les chefs d’établissement.
Ces emplois "vie scolaire" pourront être :
– des Contrats d’accompagnement vers l’emploi (CAE) destinés aux jeunes de moins de 26 ans peu qualifiés : http://www.travail.gouv.fr/Dossiers...
– des Contrats d’avenir (CA) pour les bénéficiaires de minima sociaux : http://www.travail.gouv.fr/infos_pr...
Pour le secrétariat de l’OZP,
Lucienne Siuda
bonjour,
je suis étudiante et je me renseigne sur les emplois de vie scolaire ; je voudrais savoir ou envoyer sa candidature ?? merci d’avance.
Bonjour,
Je me demande si parfois, dans les présentations des dispositifs, il n’y a pas confusion entre PPRE (programme presonnalisé de réussite éducative), relevant des annexes de la loi sur l’école et PRE (programme de réussite éducative), relevant des dispositions de la loi Borloo du 18 janvier 2005.
Exemple pour le coordonnateur d’un dispositif PPRE ou encore dans la présentation de dispositifs.
Antoine Anderson
Bonjour, j’ai l’impression que tu t’emmèles (c’est vrai que c’est pas simple).
Les dispositifs de réussite éducative de Borloo n’ont aucun rapport (aussi grotesque que ça puisse paraître) avec la loi Fillon : tu peux vérifier en lisant le décret, pas de référence à la loi Fillon. Cela n’ôte rien à leur intéret, en particulier dans la lutte contre l’échec scolaire lié à la pauvreté des enfants.
Jean-Pierre