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Extrait de « Ouest France » du 26.06.07 : À New York, 25 $ pour chaque bonne note
Le maire propose des primes pour encourager les enfants défavorisés à travailler à l’école. D’autres villes adoptent ce programme, né au Mexique.
New York (de l’une de nos correspondantes aux États-Unis). - Payer les déshérités pour qu’ils aillent à l’école, réussissent en classe et se préparent ainsi un avenir meilleur : c’est la dernière idée du maire de New York, Michael Bloomberg.
Dès la rentrée, quarante écoles publiques (notamment au Bronx et à Harlem), représentant 9 000 élèves, participeront à la première phase du projet, expérimental pendant deux ans. Un enfant en primaire ayant moins de 5 % d’absences sera récompensé par 25 $ mensuels. Du CM2 à la 5e, tout élève touchera 5 $ à chaque contrôle passé, et gagnera entre 25 et 50 $ par test réussi. L’abonnement à la bibliothèque apportera 50 $. Et les parents ne sont pas oubliés : 25 $ pour assister à la réunion avec les professeurs, 50 $ pour contracter une assurance médicale, etc.
Dallas : 2 $ par livre lu
Au total, un adolescent pourra cumuler jusqu’à 3 000 $ par an à condition de bien se tenir, et sa famille toucher entre 4 000 et 6 000 $ non imposables. La Banque Mondiale, très portée sur ces programmes dans les pays en développement, considère que les récompenses doivent atteindre le tiers des revenus du foyer pour être efficaces...
Bloomberg avait ce projet à coeur depuis une visite au Mexique, qui a adopté avec succès un programme similaire, Oportunidades, depuis dix ans. C’est lui qui apportera l’essentiel des 53 millions de dollars nécessaires grâce à sa fortune personnelle, gagnée dans son agence d’information financière. Dans une société où le privé finance déjà moult programmes sociaux, l’origine des fonds fait moins débat que la philosophie sous-jacente. « À entendre le maire, on a l’impression qu’on vaincra la misère simplement en incitant les pauvres à changer d’attitude et à travailler plus, regrette Margy Weller, responsable d’Inclusion, un institut de recherche sur la pauvreté. Mais on n’arrivera à rien sans modifier notre système d’assurance sociale et sans imposer des salaires horaires plus élevés. »
Au-delà de l’exemple new-yorkais, de plus en plus d’établissements, du Missouri au Nebraska, recourent aux carottes pour motiver leurs élèves. Près de Boston, la Chelsea High School, privée, distribue 125 $ aux plus assidus. Certaines écoles de Dallas offrent 2 $ par livre lu. Au grand dam de la plupart des professeurs, qui jugent inopportun de récompenser une obligation légale - la fréquentation de l’école jusqu’à seize ans - et dénoncent des initiatives qui « risquent de faire perdre aux jeunes le goût de l’effort gratuit. »
Isabelle Lesniak