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> Rythmes scolaires. Devant le Sénat, Vincent Peillon revient sur les causes (…)
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Ecole : La mémorable leçon de Peillon
"Cette question n’est pas derrière nous mais devant". Ministre de l’éducation nationale de 2012 à 2014, Vincent Peillon portait le grand projet éducatif d’une réforme des rythmes scolaires. Interrogé au Sénat le 14 septembre, il fait des révélations sur son échec. Et il interpelle sur le sort qui est fait aux enfants et sur le maintien des inégalités sociales de réussite scolaire.
Une réforme qui avait tout pour réussir
"Il fallait donner des moyens aux enseignants, plus d’argent aux communes et du temps à la réforme". Intervenant le 14 septembre devant la Mission d’information consacrée à la prévention des violences dans le périscolaires du Sénat, Vincent Peillon revient longuement sur l’échec de la réforme des rythmes scolaires qu’il a mené de 2012 à 2014 à la tête du ministère de l’éducation nationale.
Elle avait tout pour réussir. Comme le rappelle V. Peillon : "quand j’arrive, je suis dans une situation de consensus. J’avais consulté très en amont les principaux acteurs. Le consensus était établi". "Tout le monde est d’accord" pour rétablir la semaine de 5 jours. Elle a été supprimée en 2008 par Xavier Darcos qui a réduit la semaine de cours dans le 1er degré à 24 heures, au lieu des 26 heures qui existaient depuis 1990. Concrètement, les enfants n’ont plus école le samedi matin.
Mais très tôt cette mesure est critiquée. Rappelons-nous. Le rapport Carle Longuet de 2017 établit que " peu de temps après sa mise en oeuvre, la semaine de quatre jours a été dénoncée comme préjudiciable aux apprentissages, la concentration du travail des élèves étant source de fatigue et tendant à aggraver les difficultés scolaires". En 2009, un rapport de l’Inspection générale souligne la fatigue des élèves et des enseignants et la réduction du temps de concertation entre enseignant. En 2010, l’Académie de médecine conclue "au rôle néfaste de la semaine de 4 jours sur la vigilance et les performance des enfants". En 2010, l’Appel de Bobigny, signé par l’Unsa, la Fsu, la Cgt, l’Andev, la Fcpe et de nombreux mouvements éducatifs, veut " alléger la journée et adapter le travail scolaire aux temps favorables aux apprentissages". Ses signataires refusent expressément la semaine de 4 jours. Fin 2010, une mission de l’Assemblée nationale juge la semaine de 4 jours "préjudiciable aux enseignements". En 2011, la Conférence nationale sur les rythmes scolaires, réunie par Luc Chatel, ministre de N Sarkozy, conclue que la semaine de 4 jours est "inadaptée et fait l’unanimité dans la description de ses inconvénients".
En mai 2012, F. Hollande est élu président de la République et Vincent Peillon nommé ministre de l’éducation nationale et numéro 2 d’un gouvernement qui a fait de la réforme éducative sa priorité. Tous les feux sont au vert. J’interroge V Peillon le 4 septembre 2012 et il semble encore confiant : "C’est un sujet que les ministres précédents n’ont pas pu faire aboutir alors même qu’il est essentiel. J’ai confiance : nous le ferons avancer. Je veux que nous repensions l’année, la semaine, la journée. Il faut qu’il y ait de vraies évolutions, et pas seulement des petits aménagements à la marge, si l’on veut rendre service aux élèves. Mon rôle c’est donc de pousser et qu’on aille le plus loin possible. Il faut lutter contre un certain cynisme, qui voudrait que rien ne change jamais car tout est compliqué, et toujours garder en tête l’intérêt des élèves et de la France, me dit-il.
Interrogé en décembre 2012, V Peillon me dit toujours être confiant :" Les frustrations dont vous parlez disparaîtront vite car c’est l’intérêt des enfants qui est en jeu : les parents, les enseignants, les maires le savent bien. D’ailleurs, un des grands apports de cette réforme, c’est justement qu’elle va conduire les différents acteurs – l’école, les collectivités, les associations, les parents… - à travailler ensemble pour repenser les temps de l’enfant, le temps des savoirs, des découvertes, de la culture, du sport. C’est cela, refonder l’école". Mais déjà les problèmes sont là...
Rififi au gouvernement
Mais la lutte a déjà commencé. "Nous nous engageons dans la réforme du temps scolaire et ça n’a pas été une partie de plaisir", dit V. Peillon devant les sénateurs. L’ancien ministre de l’éducation nationale fait des révélations sur les oppositions qu’il a rencontré.
C’est Jean-Marc Ayrault qui ne va cesser de mettre des bâtons dans les roues du numéro 2 du gouvernement. "Ayrault décide une concertation avec des centaines de personnes", déplore V Peillon. Effectivement, sur France Inter, V. Peillon proclame le 17 mai 2012 le retour à la semaine de 5 jours de classe pour la rentrée 2013. Mais dès le lendemain, sur la même radio, JM Ayrault le contredit. Il annonce "une concertation avec les enseignants, les parents d’élèves, les professionnels, tous ceux qui ont leur mot à dire... Et puis à la fin il y aura un arbitrage et je le prendrai". Voilà V Peillon invité à rentrer dans le rang. Quatorze ans plus tard il ne l’a toujours pas digéré.
Vincent Peillon n’en a pas fini avec JM Ayrault. Quand il veut réformer les rythmes, le ministre de l’éducation nationale touche aussi à la Jeunesse, aux Affaires sociales, à la Culture, à la Décentralisation et bien sur aux Finances. V Peillon explique aux sénateurs qu’il demande une réunion interministérielle. Que JM Ayrault ne réunira jamais. "Le ministère de l’éducation nationale a été laissé un peu seul", dit-il. "Je me retrouve être ministre du périscolaire en permanence". Cette situation sape sa position dans le gouvernement.
Devant les sénateurs, V Peillon évoque ses difficultés pour obtenir les fonds nécessaires à la réforme. Avant les élections, F Hollande a bien promis de rehausser le budget de l’éducation. Mais il a aussi annoncé au dernier moment recruter 60 000 enseignants. "Il faut essayer de transformer ces postes en argent", explique t-il aux sénateurs. Il faut de l’argent d’abord pour payer les enseignants qui ne font pas plus d’heures mais doivent revenir une demi journée. Finalement il n’obtient que 400 euros annuels au bout de plusieurs mois. Pas de quoi faire changer les enseignants. V Peillon évoque aussi la question des salles de classe qui, à l’époque, revenait régulièrement dans les propos enseignants. "La salle de maternelle est organisée autour des apprentissages. Quand quelqu’un d’autre vient et n’a pas la même qualification on a des frictions. On a un problème de dignité. Il fallait trouver des solutions respectant les enseignants et les animateurs".
Même problème pour les maires. Ce sont eux qui doivent payer les activités périscolaires. V Peillon loue leur mobilisation. Mais au final il n’obtient de JM Ayrault que 300 millions pour former et payer des animateurs là où il aurait fallu un milliard. "J’ai eu à batailler dur pour obtenir 300 millions. C’était ridicule".
Ambiguïtés syndicales
Devant les sénateurs, le 14 septembre 2026, V Peillon apporte une seconde révélation sur le rôle des syndicats. "Je n’étais pas favorable à la consultation car le Snuipp Fsu m’avait averti que la sociologie des enseignants n’était plus la même. Ils étaient favorables à la réforme mais ils voulaient de la rapidité et un accompagnement financier. Ca compliquait le travail des syndicats avec des enseignants à qui on demandait de revenir une demi journée sans rien leur donner".
A l’époque S. Sihr est à la tête du Snuipp Fsu. Dans l’hiver 2012-2013, des mouvements ont lieu dans les écoles après la décision de V Ayrault de mettre en place la réforme à la rentrée 2013. Il y a une grande grève le 12 février. Le Snuipp manifeste avec la Cgt, Sud et FO contre la réforme. Mais le Snuipp demande juste son report à 2014, les autres l’annulation. Le Se-Unsa continue à soutenir la réforme mais ce syndicat a lancé l’expression de "double peine" pour les enseignants et C Chevalier, secrétaire général du Se Unsa, me dit craindre des affrontements entre les enseignants et les municipalités sur le calendrier scolaire.
"Cette question n’est pas derrière nous. Elle est devant"
Pourquoi revenir sur cette histoire déjà ancienne ? C’est que Vincent Peillon en tire des enseignements pour le présent et l’avenir.
"Comment peut-on se gargariser de donner la priorité au primaire quand on n’accorde que 144 jours de classe au primaire ? On est pour la réduction du temps de travail des enfants. Et le monde entier nous regarde. Quel pays ne garde ses enfants que 144 jours pas an ? Aucun".
En effet, la France a le paradoxe d’avoir davantage d’heures de cours au primaire que la moyenne de l’OCDE (864 au lieu de 805) tout en ayant très peu de jours de classe. Si la norme administrative est de 180 jours par an, la réforme Blanquer de 2017 donne la possibilité de revenir à 4 jours par semaine soit 144 jours par an. Ce que font la très grande majorité des communes. La moyenne de l’OCDE est de 186 jours. Le Japon et l’Italie sont à 200 jours, la Corée à 190, l’Allemagne et le Royaume Uni à 188, les Etats Unis à 180 jours. La France est le pays de l’OCDE qui offre le moins de jours de classe.
On retrouve tous les défauts pointés en 2008. Comme il y a davantage d’heures de cours qu’ailleurs, ces journées sont trop lourdes pour les enfants. Les enfants des familles modestes sont livrés à eux-mêmes 221 jours par an. Tout cela aggrave les inégalités sociales de réussite scolaire qui sont un trait distinctif du système éducatif français. Selon PISA 2025, entre le quart des élèves le plus favorisé et le quart le moins favorisé il y a un écart équivalent à 5 années d’enseignement !
"La France se retrouve en train de décrocher dans les études internationales et a la spécificité d’une hausse des inégalités. Mais quand l’Etat ne prend pas en charge le temps des enfants, il convient que les familles le fassent. Ceux qui ont les moyens trouvent des activités. Les autres n’ont que la télévision... On parle d’intégration et on passe du temps à séparer les gosses... Cette question n’est pas derrière nous. Elle est devant", dit Vincent Peillon.
Les enseignants complices ?
L’ancien ministre n’a pas fini de dire les choses qui fâchent. "Ce pays a fait le choix de ne pas payer ses enseignants. Et pour ne pas les payer il a fait le choix de ne pas donner de cours aux enfants. Il a fait le choix de diminuer leur temps de travail. J’ai des prédécesseurs qui ont monnayé du salaire contre la réduction du temps de travail". L’allusion concerne directement Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement dirigé par F Fillon sous N Sarkozy. Le même ministre qui a accepté de supprimer la formation des enseignants pour récupérer 30 000 emplois. En 2008, le temps d’enseignement dans le 1er degré est passé de 26 heures à 24 heures. Le temps libéré n’est pas fait devant élève.
"Il fallait trouver des solutions en respectant les enseignants et les animateurs", ajoute V Peillon. "Il faut requalifier les enseignants, les revaloriser et aussi avoir une vraie filière pour former des éducateurs". Mais V Peillon évoque aussi la sociologie des enseignants. Où sont passés les instituteurs qui vivaient dans le même village que leurs élèves et qui étaient là quand ils faisaient des bêtises. "Avec la formation à bac + 5 ce n’est plus le même milieu. Le jeune voit que après 16 h l’enseignant n’est plus là et se dit qu’il n’est pas du même milieu. Or la première éducation c’est la mimesis... Ce ne sont plus des hussards moirs". Là on retrouve V Peillon professeur de philosophie...
En 2014, F Hollande renvoie Ayrault et Peillon et passe à la rigueur avec Valls. B Hamon, nommé très temporairement à l’éducation, autorise des dérogations. En 2017, JM Blanquer fait de la semaine de 4 jours la règle. La réforme est enterrée. Les enseignants du 1er degré gardent l’ISAE et la décharge en REP+ créés par V Peillon. Mais le problème des rythmes scolaires est toujours là. Il reste à reconstruire une alliance entre enseignants, maires et jeunes. Mais qui le veut vraiment ? Et qui aura les épaules de Vincent Peillon ?
François Jarraud
[L’audition de V Peillon au Sénat-https://videos.senat.fr/video.5943465_6aa7cd0817268.violences-dans-le-periscolaire--audition-de-vincent-peillon>]