> LA RUBRIQUE UNIQUE à partir de novembre 2025
> B* Une enquête d’étudiantes master MEEF (Nantes) sur le « bon » travail (…)
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Qu’est-ce que le « bon » travail enseignant : entre attentes institutionnelles et réalités de terrain
Comment des professeures des écoles expérimentées envisagent-elles ce qui constitue un « bon » travail ? Celui qui, malgré les transformations de leur métier et leurs difficultés à tenir ensemble toutes ses dimensions, leur apporte de la satisfaction et du sens ? Des étudiantes en master MEEF premier degré de l’académie de Nantes montrent toute la délicatesse de cette représentation du travail quotidien, et de ses conditions de possibilité dans un contexte de pénurie dans les services publics. Cet article – qui sera suivi d’un autre – est le résultat de leur enquête.
Dans un contexte marqué par la bureaucratisation croissante de leur activité et des injonctions contradictoires1, les enseignantes2 ayant participé à notre enquête, dans près de vingt écoles socialement variées de l’académie de Nantes, engagent, souvent de manière informelle et surtout pour elles-mêmes, des définitions de ce qu’elles considèrent comme un travail réussi. Ses contours sont variables, mais il est toujours celui qui donne du sens.
Dans nos différents lieux de stage, au cours de notre formation professionnelle, nous avons observé et interrogé de nombreuses enseignantes et leurs réponses sont variées : « Un travail où je m’investis » (Sophia, CP, 2025) ; « Un travail carré qui prévoit les bons élèves, les moyens et les faibles » (Sophia, CP, 2025), qui fait « progresser chaque élève à son rythme » (Émeline, CE1 en REP, 2025), où l’on se rend « compte que les élèves ont appris quelque chose » (Claire, CE1 en REP, 2025).
Nos entretiens montrent que la définition du travail réussi varie selon de nombreuses caractéristiques, la rendant très incertaine en fonction des contextes.
Variété des contextes d’enseignement
Divers paramètres comme le nombre d’élèves dans la classe, leur langue maternelle, leurs besoins spécifiques, les compétences déjà acquises ou tout simplement le niveau de classe, font varier la perception que les professeures des écoles engagent du « bon » travail.
Les élèves à besoins éducatifs particuliers sont un enjeu de travail crucial pour l’enseignante, souvent à double tranchant : un élève qui ne progresse pas peut « démoraliser » l’enseignante, tandis qu’un élève présentant des difficultés mais qui va faire des progrès même ponctuels sera perçu comme une source d’épanouissement pour l’enseignante. Plusieurs témoignages le confirment.
« Quand un élève en difficulté a réussi à faire quelque chose qu’il ne faisait pas : par exemple, j’ai Mario qui a réussi à écrire des mots croisés. En début d’année, il n’écrivait même pas les lettres de son prénom et là, il a fait toutes les lettres d’une grille de mots croisés. Donc quand tu vois des progrès, je me dis “ma journée s’est bien passée”. » (Bérangère, MS-GS, 2025)
Le fait d’avoir un nouveau groupe-classe tous les ans et de faire face à son effervescence nécessite aussi une adaptation permanente. Selon ce groupe, l’enseignante considère, de manière implicite et souvent inconsciente, devoir concentrer son travail sur une dimension du rapport pédagogique, plutôt sur la gestion de classe ou sur les apprentissages. Émeline souligne cette idée : « Ce qui me vient à l’esprit, c’est qu’en fait, le bon travail enseignant […] ça change vraiment d’une année sur l’autre, d’une classe à l’autre. Enfin, c’est jamais la même chose. » (CE1, REP, 2025) Les définitions même du « bon » travail fluctuent d’une année à l’autre et dépassent la seule volonté de l’enseignante, la conduisant à s’adapter à des facteurs qu’elle doit gérer et qu’elle ne maitrise pas toujours.
Sophia précise : « Parce que t’as jamais les mêmes élèves. Donc, là, cette année j’ai une classe difficile. J’anticipe pas assez le fait que j’ai huit élèves à la ramasse. Je prévois des choses, mais en fait, le bon travail [ici], c’est quand tu arrives à avoir à la fois du résultat sur des enfants faibles ou moyens, et pour autant, ceux qui sont bien avancés ne s’ennuient pas. Donc il faut vraiment… prévoir plus pour les enfants qui vont plus vite. J’en ai même à qui je fais faire rapidement le travail d’apprentissage des sons et puis, je leur donne un tout autre travail à faire à côté. C’est ça qui demande du temps. C’est ça qui fait que tu réussis plus ou moins une journée. » (Sophia, CP, 2025)
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Diane Cherbonnel, Mary Macé, Amie Quaireau, Luciana Vincent, Étudiantes en master MEEF à l’Inspé de Nantes, Nantes Université avec Ludivine Balland, Maîtresse de conférences en sociologie à l’Inspé de Nantes, Nantes Université, et chercheuse au Centre nantais de sociologie
Contexte de l’enquête
Au cours des deux années du master MEEF premier degré de l’académie de Nantes, les étudiantes du séminaire de sociologie3 ont réalisé des enquêtes de terrain sur le travail réel des enseignantes. À partir des matériaux récoltés au cours de ces deux années, dans près de vingt écoles socialement variées, et dans le cadre de leur entrée dans le métier, les étudiantes se sont intéressées collectivement à la question du « bon » travail enseignant, du point de vue des enseignantes expérimentées.