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2 notes du Conseil d’Analyse Economique (sept. 2026) : - Chiffrages budgétaires et effets sur le niveau scolaire et les inégalités - Un plan d’action pour rattraper le retard scolaire

8 septembre

Conseil d’analyse économique
Focus #139, septembre 2026

Réformes éducatives : chiffrages budgétaires et effets sur le niveau scolaire et les inégalités
Matis Aubin, CAE, Clio Dintilhac, John Hopkins SAIS et Gates Foundation,
Xavier Jaravel, LSE et CAE, Marie Maublanc, CAE, Rose Salaün, CAE

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Chiffrer les effets agrégés d’une série de mesures sur les inégalités
On distingue traditionnellement deux types d’inégalités en matière d’éducation, les inégalités de niveau scolaire (les élèves les plus en difficulté ont des scores plus faibles que les autres) et les inégalités sociales (les élèves les plus défavorisés socialement ont des scores plus ou moins faibles et plus ou moins éloignés de ceux des élèves les plus favorisés).
Nous cherchons à évaluer l’impact d’ensembles de mesures sur deux indicateurs d’inégalités issus du classement international PISA (mathématiques, élèves de 15 ans)13 : la part d’élèves n’ayant pas acquis les compétences fondamentales (part d’élèves sous le seuil 2 de PISA : « Below Level 2 ») et l’écart entre le score moyen des élèves dans le quartile le plus défavorisé et le plus favorisé de l’indice socio-économique.
Nous faisons l’hypothèse que seules les mesures ciblées ont un impact différencié sur les publics les plus en diifficulté/les plus défavorisés14. De la même manière, nous faisons l’hypothèse qu’une mesure qui touche tous les élèves améliore autant le niveau des élèves les plus en difficulté/défavorisés que celui des élèves les plus à l’aise/favorisés.
Cette hypothèse est relativement conservatrice pour l’atteinte des objectifs de réduction des inégalités, en effet un certain nombre de mesures semblent avoir des effets plus forts pour les élèves défavorisés ou en difficulté15.
Pour calculer les effets des mesures ciblées sur ces indicateurs, nous utilisons les données individuelles PISA 2022 en mathématiques et simulons l’augmentation des résultats par les mesures en supposant un ciblage réussi des publics (la remédiation touche bien les 15 % d’élèves les plus en difficulté, etc.). Pour l’objectif de réduction de l’écart interquartile, seules les mesures ciblées contribuent à la réduction et il est possible de calculer la contribution de chacune de ces mesures (contributions additives). Elles sont détaillées ci-dessous et sont à mettre en perspective avec les écarts actuels entre la France et la moyenne de l’UE ou de L’OCDE, qui sont respectivement de 15 et 20 points (l’écart interquartile en France étant actuellement de 113 points)

La part d’élèves sous le seuil est influencée aussi bien par les mesures ciblées que par les mesures générales.
En effet, si le niveau de tous les élèves augmente, certains élèves en difficulté progresseront suffisamment pour dépasser le seuil. Cependant, l’impact de l’ensemble des mesures sur la part d’élèves sous le seuil n’est pas la somme des impacts des mesures prises individuellement à partir de la situation actuelle16. Nous ne chiffrons donc pas l’effet des mesures prises individuellement mais uniquement les effets des ensembles de mesures agrégées. Le tableau 5 donne quelques évolutions d’augmentations ciblées, générales ou combinées du niveau scolaire. Les effets estimés des bouquets de mesures sur la part d’élèves sous le seuil sont détaillés dans le tableau 9. [...]

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Conclusion
Cette analyse permet de montrer qu’en combinant des leviers efficaces, il semble réaliste d’augmenter significativement le niveau scolaire et de réduire significativement les inégalités de réussite dans le système éducatif, pour un coût inférieur au dividende démographique lié à la réduction du nombre de classes à horizon 2035. De plus, même si ce coût est négligeable à court terme (que ce soit pendant la montée en charge de la réforme ou dans une situation d’arbitrage avec d’autres dépenses publiques en 2035), la quasi-totalité des leviers étudiés sont autofinancés à long terme : les recettes fiscales couvriront le coût de la politique. Ces mesures ont des indices infinis d’efficacité de la dépense publique (EDP). Le choix d’un bouquet de mesures doit se baser sur plusieurs critères : le coût par écart-type d’augmentation du niveau, que ce soit à court terme ou en fin de scolarité, mais aussi le niveau de certitude quant aux effets (nombre d’études robustes, implémentations à grande échelle ou dans des réformes internationales probantes, etc.), les complémentarités entre différentes mesures (formation + coaching) ou, au contraire, les redondances, ainsi que les contraintes pratiques de mise en œuvre et l’adhésion des enseignants. Dans nos estimations, l’application des mesures ayant fait leurs preuves ailleurs permet au système éducatif français d’atteindre un niveau scolaire proche
de celui des pays ayant le plus progressé. La différence résiduelle peut être liée à l’incertitude du calcul, à l’ampleur de l’implémentation, à une possible complémentarité des leviers, aux leviers récurrents non évalués par la recherche causale telle que la mesure fréquente des résultats ou aux leviers non récurrents. Ceci nous conforte dans le fait que nos hypothèses sont probablement relativement réalistes.

Extrait de cae-eco.fr de septembre 2026

 

Voir aussi du 03.09.26 Éducation : un plan d’action pour rattraper le retard français

 

Conseil d’analyse économique, # 93
Éducation : un plan d’action pour rattraper le retard français

Le système éducatif français se caractérise par une baisse préoccupante du niveau des élèves, particulièrement marquée en mathématiques, depuis les années 1990 et par de fortes inégalités sociales et territoriales. Au-delà de ses conséquences individuelles et sociales, cette baisse des acquis scolaires pèse durablement sur la productivité, la capacité d’innovation et le potentiel de croissance.

Les comparaisons internationales offrent un éclairage sur la possibilité de redresser les résultats éducatifs. Confrontés à des difficultés similaires, plusieurs pays sont par venus, en une dizaine d’années, à rehausser le niveau scolaire jusqu’à gagner l’équivalent d’une année d’apprentissage en fin de scolarité, tout en réduisant fortement la part des élèves sous le seuil minimal de compétences.

L’examen comparé des politiques suivies fait ressortir un ensemble de leviers convergents : formation continue intensive et accompagnement des enseignants, amélioration des approches pédagogiques, tutorat pour les élèves en difficulté, usage des évaluations des élèves pour mieux cibler certains moyens, et objectifs d’apprentissage pré cis par niveau et matière. Alors que le système français tarde à les mettre en œuvre, la littérature en économie de l’éducation permet de quantifier les effets potentiels de ces leviers et d’identifier des mesures complémentaires, comme la baisse de la taille des classes au primaire.

Cette Note montre qu’un ensemble de mesures prioritaires, inspirées par les comparaisons internationales et adaptées au contexte français, permettrait d’atteindre des objectifs ambitieux (hausse du niveau moyen et réduction des inégalités) à l’horizon de dix ans, pour un coût de 4 milliards d’euros par an. Ce montant est inférieur aux économies liées à la réduction du nombre d’élèves au cours des dix prochaines années, du fait de la baisse de la natalité. Nous recommandons ainsi d’utiliser ce « dividende démographique » pour financer un ensemble de mesures dont l’efficacité a été démontrée par la recherche et les pratiques internationales.

L’atteinte de ces objectifs de performance et d’équité nécessite une stratégie de transformation crédible pour les acteurs de terrain. Cette crédibilité est aujourd’hui difficile à construire, dans un contexte marqué par la défiance à l’égard des réformes et par le découragement d’une partie de la communauté éducative. La Note propose plusieurs pistes pour une transformation concrète du système scolaire : en passant à une logique de long terme via une loi de programmation décennale qui fixe un cap national avec des objectifs chiffrés et garantisse des financements aux réformes ; en développant des liens entre les pratiques de classe, la recherche et les évaluations ; et en renforçant le rôle des établissements dans la mise en œuvre des mesures. Un sondage mené auprès de 800 enseignants montre un niveau d’adhésion élevé à ces réformes.

Extrait de cae-eco.fr du 03.09.26 (12 p.)