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Bonnet d’âne pour Gabriel Attal
Il confond l’examen d’entrée en sixième avec l’emblématique certificat d’études qui n’ a jamais eu ce rôle. Bravo l’artiste de la communication qui reprend par ailleurs en l’occurrence une proposition faite en juin 2024 par le RN Roger Chudeau qui ne confondait pas – lui – avec le CEP.
claude lelièvre
Historien de l’éducation
Dans une interview parue ce jour dans « Le Monde », Gabiel Attal déclare superbement : « je rétablirai le certificat d’études à l’entrée en sixième pour garantir que les élèves ont le bagage nécessaire pour réussir au collège »
Cet « examen d’entrée en sixième »a finalement duré fort peu de temps – à l’échelle de l’histoire – puisqu’il n’est apparu que vers la fin de la troisième République et qu’il a disparu vers la fin de la quatrième République dans une configuration très particulière et datée
L’examen d’entrée en sixième a été créé par deux arrêtés successifs (du 1er septembre 1933 et du 13 février 1934 ) à la suite de la décision de rendre progressivement gratuit l’accès aux classes de l’enseignement secondaire des lycées et collèges publics – car, on l’oublie trop souvent, Jules Ferry avait institué la gratuité de l’enseignement primaire public, mais non celle du secondaire public. Les enfants du peuple d’une part, les enfants de privilégiés d’autre part.
A la « barrière de l’argent » qui jusque-là limitait l’accès à l’enseignement secondaire aux classes socialement favorisées – à l’exception des rares boursiers triés sur le volet par des concours de bourses difficiles – est substituée une autre « barrière » – un examen d’entrée, car il n’est pas envisagé un seul instant que l’école de l’élite – le secondaire – soit « submergée » par l’entrée massive des enfants du peuple.
Mais dès novembre 1956 un décret supprime « ’examen d’entrée en sixième pour les élèves de l’enseignement public dont les résultats de la dernière année scolaire auront été égaux ou supérieurs à la moyenne’ ». De fait, il y a eu plusieurs étapes jusqu’à son extinction. Le 23 novembre 1956, l’examen a été supprimé par décret, mais seulement pour les élèves du public dont les résultats en dernière année d’élémentaire étaient supérieurs ou égaux à la moyenne. Il demeurait pour les autres et pour les élèves du privé.
Simultanément, on a commencé à débattre d’un report de l’âge de la fin de la scolarité obligatoire. Cela s’est fait en 1959 : il a été décrété que les enfants ayant 6 ans cette année-là devraient être scolarisés jusqu’à 16 ans. Le passage de 14 à 16 ans est donc devenu effectif en 1967 – lorsque ces enfants ont eu 14 ans.
Entre-temps, en 1963, on a créé le « collège d’enseignement secondaire » (CES), un établissement unique qui allait accueillir tous les élèves de 11-12 ans jusqu’à 15-16 ans. On s’était aperçu que souvent les enfants de milieux populaires ne demandaient pas l’entrée en sixième pour des raisons financières. Les établissements étaient très dispersés et, faute de ramassage scolaire, il fallait payer l’internat.
L’examen d’entrée en sixième ne comptait que trois épreuves – une dictée, des maths et un compte rendu après lecture d’un texte – et était moins complet que le certificat d’études que l’on passait à 14 ans
En fait, cet examen a peu à peu disparu. Avec la création des CES, on a d’abord demandé à tous les élèves de CM2 de présenter un dossier de passage. Lorsque l’un d’eux était recalé, il pouvait demander à passer, en appel, l’examen d’entrée en sixième. Puis, lorsqu’en 1972 les CES ont fini par mailler le pays, pratiquement tous les élèves y ont été admis, après avis d’une commission
Pour ce qui concerne le « certificat d’études primaires », l’examen est mentionné à l’article 6 de la loi sur l’enseignement primaire obligatoire du 28 mars 1882 : « Il est institué un certificat d’études primaires ; il est décerné après un examen public, auquel pourront se présenter les enfants dès l’âge de onze ans. Ceux qui, à partir de cet âge, auront obtenu le certificat d’études primaires seront dispensés du temps de scolarité obligatoire qui leur restait à passer » (jusqu’à 13 ans révolus en principe)
Dans sa lettre aux recteurs du 27 septembre 1880, Jules Ferry souligne que « ce modeste diplôme qui tend à devenir la consécration ordinaire des études […] est destiné à devenir très général, à être recherché et obtenu par tout élève qui aurait fait, de 7 à 13 ans, des études primaires régulières et complètes ».
De fait, le taux de reçus est dès le départ fort élevé (et croit au fil du temps ) : de l’ordre de 66% dès le début des années 1880, de 80% une dizaine d’années plus tard, de près de 90% à partir du XXème siècle.
Mais avec un très gros bémol : le taux de reçus est très élevés, mais tous ne sont pas présentés, loin s’en faut ! De fait, on peut estimer à seulement 25 % la proportion d’un classe d’âge qui obtient le certificat de fin d’études dans les années 1880, au tiers dans les premières années de l’entre-deux-guerres et enfin à presque la moitié à la fin de la troisième République. On ne peut pas « se présenter » à cet examen ; on y est « présenté » par le maître, qui est lui-même jugé avant tout sur la proportion de reçus par rapport aux présentés
Gabriel Attal prend la posture du promoteur de « l’exigence » pour l’Ecole et les élèves. Il devrait commencer par lui-même et donner l’exemple de la rigueur. Mais c’est à l’évidence l’inverse dans sa frénésie de communication. Bonnet d’âne !
[Extrait de blogs.mediapart.fr du 25.08.26
Gabriel Attal : « Je souhaite une loi de programmation pour l’école et un ministre de l’éducation qui restera en poste cinq ans »
Rétablissement du certificat d’études, fermeture de « collèges ghettos », augmentations salariales… A quelques jours de la rentrée des classes, le candidat de Renaissance à la présidentielle dévoile ses mesures pour l’éducation, dans un entretien au « Monde ».
Propos recueillis par Mariama Darame et Eléa Pommiers
Gabriel Attal a fait de l’éducation le premier de ses « chantiers prioritaires ». Au Monde, l’ancien ministre de l’éducation nationale présente ses mesures pour « que la génération qui entre à l’école aujourd’hui ait le meilleur système éducatif d’Europe quand elle sera en âge de passer l’enquête PISA [Programme international pour le suivi des acquis des élèves] » et pour améliorer le salaire des enseignants. [...]
Extrait de lemonde.fr du 25.08.26
Présidentielle 2027 : Edouard Philippe veut choyer les enseignants et leur promet une hausse de 20 %
Dans un entretien au Figaro publié lundi, Edouard Philippe a proposé d’augmenter de 20 % la rémunération moyenne des enseignants sur un quinquennat. Il souhaite aussi faire évoluer leur carrière ainsi que leur formation.
Le candidat Horizons à la présidentielle 2027 veut renforcer l’autorité à l’école avec une amende de responsabilisation scolaire visant certains parents et davantage d’autonomie pour les établissements.
Il défend aussi un usage progressif de l’intelligence artificielle à l’école avec zéro IA avant le collège puis un accompagnement encadré jusqu’au lycée.
La rémunération des enseignants, l’autorité à l’école et l’autonomie des établissements sont au cœur des propositions d’Edouard Philippe. Ce lundi, le candidat Horizons à la présidentielle 2027 défend notamment une hausse de 20 % de la rémunération moyenne des professeurs sur un quinquennat, afin de la porter « au moins au niveau de la moyenne européenne, notamment en milieu de carrière ». « C’est massif, mais c’est indispensable pour redonner de la dignité à leur métier », affirme-t-il dans un entretien au Figaro.
Pour financer cette revalorisation sans dégrader les finances publiques, le maire du Havre met en avant la baisse attendue du nombre d’élèves. « Avec près d’un million d’élèves en moins, nous avons les moyens de continuer à réduire les effectifs dans les classes là où c’est nécessaire et de mieux rémunérer les professeurs sans dégrader les finances publiques », estime l’ancien Premier ministre. Il souhaite aussi revoir la carrière des enseignants et faciliter des évolutions au sein ou en dehors de l’Education nationale.
Renforcer l’autorité de l’école
Edouard Philippe veut également renforcer l’autorité autour de l’école avec une « amende de responsabilisation scolaire », inspirée du modèle britannique. Elle pourrait viser les « parents d’enfants harceleurs, perturbateurs ou absentéistes et les parents violents ». Selon sa proposition, « le maire, sur proposition de l’équipe pédagogique, doit pouvoir sanctionner rapidement toute atteinte à la sérénité de l’école ».
Son projet repose aussi sur une autonomie accrue des établissements. « Ça veut dire pouvoir adapter l’organisation des classes, des rythmes scolaires et de la pédagogie en fonction des réalités locales », explique-t-il. Les chefs d’établissement pourraient également ajouter des heures d’enseignement et avancer « d’une semaine ou deux la rentrée pour les élèves qui en ont besoin, et pour qui deux mois et demi de vacances, c’est trop ».
Une réforme pour la formation des enseignants
La formation des professeurs ferait elle aussi l’objet d’une réforme. Edouard Philippe veut créer « des “écoles normales” plus exigeantes sur les savoirs fondamentaux ». Cette orientation s’inscrit dans ses « trois grandes priorités » : « une école des savoirs fondamentaux, qui remet en son cœur le mérite et l’excellence ; le retour de l’autorité, de la sécurité et de la sérénité ; la dignité des professeurs ».
Enfin, l’intelligence artificielle entrerait progressivement dans le parcours scolaire. Edouard Philippe défend une « approche par paliers » avec « zéro IA avant le collège », puis une formation à un usage « responsable et éclairé ». Au lycée, il envisage « un soutien scolaire universel qui pourra intégrer un agent IA », tandis que les enseignants pourraient davantage utiliser ces outils pour préparer leurs cours et corriger les devoirs.
Extrait de 20minutes.fr du 24.08.26
Édouard Philippe au Figaro : « J’envisage une augmentation de 20% de la rémunération moyenne des enseignants en cinq ans »
Faut-il généraliser le dédoublement des classes, mis en oeuvre dans les zones d’éducation prioritaire ?
Si on veut refaire fonctionner l’école, il faut mettre le paquet sur la maternelle et le primaire avec des classes réduites, dans la continuité des dédoublements des classes que j’ai mis en place lorsque j’étais premier ministre. Ce n’est pas une question de confort, c’est une question d’exigence pour l’apprentissage [...]