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La loi du 9 août 1936 de Jean Zay crée la ’’classe de fin d’études’’ et prolonge la scolarité obligatoire d’une année. Trois surprises (Claude Lelièvre)

7 août

La loi du 9 août 1936 prolonge la scolarité obligatoire d’une année. Trois surprises
Jean Zay souligne qu’ « elle recevra beaucoup d’excellents d’éléments qui, pour des raisons variées, ne chercheront pas leur place dans le second degré. ». Une inflexion inédite du « mode de gouvernance » et l’inscription de ses Instructions dans la mouvance de l’« Education nouvelle »

Claude Lelièvre
Historien de l’éducation

Une nouvelle classe – la ’’classe de fin d’études’’ – est créée. Le tout jeune ministre de l’Education nationale Jean Zay (il a 32 ans) précise que « cette classe ne saurait à aucun degré être considérée comme un refuge pour les enfants incapables de faire autre chose ; elle recevra beaucoup d’excellents élèves qui, pour des raisons variées, ne chercheront pas leur place dans le second degré. La classe finale de la scolarité est faite pour le grand nombre ; et dans ce grand nombre il se trouve une quantité de sujets d’une très bonne qualité intellectuelle ».

On perçoit là le fait que les représentations de la ’’démocratisation’’ (dans et par l’école) ont une histoire évolutive (et que la vision toute simple d’un rôle d’’’’ascenseur social’’ consubstantiel à l’’’école républicaine’’ est pour le moins contestable). Jean Zay fait partie indéniablement des progressistes de son époque qui pensent que les ’’excellents élèves’’ d’origines populaires doivent pouvoir faire des études secondaires si la demande en est faite ; mais il ne trouve rien à redire (tants’en faut) à ce que « beaucoup d’excellents élèves, qui pour des raisons variées ne chercheront pas leur place dans le second degré » finissent leur scolarité à 14 ans dans une « classe de fin d’études » . Ainsi va la marche réelle et historique de la ’’démocratisation’’, avec ses pionniers et ’’éclaireurs’’ réels, car Jean Zay en est manifestement un pour son époque.

Deuxième surprise : une certaine inflexion (tout-à-fait remarquable) du ’’mode de gouvernance’’ mis en œuvre par Jean Zay en vue de l’application effective de la prolongation de la durée de l’instruction obligatoire par une ’’classe de fin d’études’’, Jean Zay s’est en effet contenté - par une circulaire aux inspecteurs d’académie du 30 octobre 1936 - de mentionner trois objectifs fort généraux pour cette classe (renforcer les notions déjà acquises ; donner le goût de continuer la culture humaine et professionnelle ; rechercher la place qui conviendrait le mieux à chaque élève dans l’activité économique de la France), en ajoutant (et c’était une innovation majeure) : « C’est à vous-même, aux inspecteurs, aux instituteurs et aux institutrices, que je confie la charge, connaissant le but, d’y atteindre par des voies aussi variées que les conditions locales et les aptitudes des enfants. L’année scolaire 1936-1937 sera pour tous une année d’initiatives, de documentation. C’est au vu des difficultés à surmonter, des solutions apportées et des résultats obtenus que je pourrai établir les programmes, les horaires et les instructions à soumettre au Conseil supérieur de l’Instruction publique ».

Troisième surprise : l’inscription des « Instructions » de 1938 destinées à cette nouvelle « classe de fin d’études » dans la mouvance pédagogique de l’« Education nouvelle », signées par le ministre lui-même ( et non par l’un de ses directeurs ) : « De toutes ces tentatives que l’on regroupe sous le nom général d’Ecole nouvelle et qui visent à faire un appel direct à l’activité spontanée de l’enfant, nous avons beaucoup à tirer » dit-il. Les « Instructions de 1938 » et la démarche du ministre Jean Zay reçoivent d’ailleurs le soutien public de Célestin Freinet.

Jean Zay institue entre autres, pour ce faire, trois heures d’ « activités dirigées » par semaine, (introduites d’abord dans les « classes de fin d’études » nouvellement créées, puis généralisées ensuite à d’autres classes du primaire).

« On peut concevoir une infinité de modalités dans l’organisation de ces heures. C’est la promenade au cours de laquelle la conversation est orientée vers l’analyse du paysage. Leçon de géographie, de botanique ? Non certes ; mais un appel à l’observation directe [...]. C’est la visite d’un monument historique devant lequel s’éveille le sens du passé […]. Ce sont des visites de chantier ou d’usines moins orientées vers la connaissance d’une technique changeante que destinées à donner à l’enfant le sens de la grandeur et de la noblesse de l’effort humain […]. Ce sont enfin et surtout les initiatives de l’élève ou du groupe d’élèves que l’on recueille, que l’on stimule, dont on favorise l’éclosion et le développement dans une atmosphère de liberté réglée »

Extrait de madiapart.fr/claude-lelievre du 07.08.26

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