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Résultats mitigés et coûts dissuasifs : l’expérimentation du port de l’uniforme à l’école disparaît-elle en silence ? (BFMTV)

11 août

Résultats mitigés et coûts dissuasifs : l’expérimentation du port de l’uniforme à l’école disparaît-elle en silence ?

Après deux années d’expérimentation du port de l’uniforme dans les établissements scolaires, l’État cesse de financer sa part des dépenses, poussant la plupart des collectivités volontaires à stopper le dispositif à la rentrée.
204 établissements scolaires en septembre 2024, 123 l’année suivante et probablement beaucoup moins à la rentrée. L’expérimentation du port de l’uniforme à l’école, au collège et au lycée s’interrompt à bas bruit.

En Nord-Pas-de-Calais par exemple, La Voix du Nord recense seulement deux villes où l’opération est maintenue, au Touquet et à Doignies contre douze précédemment. Pour l’adjoint à l’éducation de la ville de Denain, qui avait équipé les 310 élèves d’une école, ce n’est pas soutenable avec le désengagement de l’État qui prenait en charge la moitié du budget chiffré à 160.000 euros.

"Nous ne pouvons pas porter seul l’expérimentation. Ce n’est financièrement pas possible", estime-t-il.
Le quotidien nordiste donne la parole l’élue référente à la mairie de Tourcoing, qui avait équipé quatre de ses six écoles pour une enveloppe de 80.000 euros (partagée à 50% avec l’État). Elle considère que le dispositif péchait par manque de contrainte.

"Il n’y avait aucune obligation au niveau de l’Éducation nationale, les directeurs d’école étaient un peu démunis et ne pouvaient pas obliger les élèves à porter la tenue. En tant que ville, on n’avait aucune possibilité de sanctionner, de quelque manière que ce soit."

Une initiative pour "améliorer le climat scolaire"
Initiée en septembre 2024 dans des établissements scolaires volontaires, du CP à la terminale, cette expérimentation avait été lancée en grande pompe sous l’impulsion de Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation nationale et largement encouragée par Emmanuel Macron.

Il s’agissait de renforcer la cohésion entre les élèves, d’améliorer le climat scolaire, et d’éviter des choix jugés inappropriés, notamment après le débat sur l’interdiction de l’abayas, ou le port de tenues légères.

De nombreux chefs d’établissements trouvaient que ces "tenues uniques" avaient des effets positifs. Philippe Basmadjian, proviseur du lycée professionnel de Labastide-Montréjau, dans les Pyrénées-Atlantiques, expliquait ainsi à RMC en décembre 2024 "observer le bonheur des élèves avec la sensation de faire corps et de faire partie d’un groupe. Ils sont beaucoup plus impliqués dans leur établissement et il y a moins d’individualisme."

Dans La Voix du Nord, le maire Pascal Mompach insiste sur les effets positifs sur les enfants, les familles et la vie scolaire. Pour Daniel Fasquelle, maire du Touquet, "cela crée un esprit de corps autour de l’école et ça efface les signes distinctifs entre les enfants."

Des résultats mitigés
En théorie, l’expérience aurait dû être généralisée en 2026 mais plusieurs coups durs ont précipité son arrêt.

"L’expérimentation fera l’objet d’une évaluation objective permettant de mesurer ses effets en termes de bien-être des élèves, de climat scolaire, de réussite scolaire ainsi que son impact socio-économique", indiquait le ministère de l’Éducation nationale en 2025.

Un rapport d’évaluation a été publié en mai 2026 par la Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère, NDLR) rendait des conclusions mitigées.

"Les effets des expérimentations restent limités sur le comportement des élèves et les apprentissages", peut-on lire. "La tenue commune ne permet pas de transformer les relations sociales entre élèves qui reposent sur d’autres logiques que la seule différenciation vestimentaire", ajoutent les évaluateurs.
Par ailleurs, le rapport note que la gestion matérielle (commande, distribution, ajustements, réassorts) constituait "un défi majeur", que dans le second degré, "la faible adhésion des élèves peut s’avérer source de tensions et de dégradation du climat scolaire." Il fait également ressortir que les collégiens ont pu se sentir vulnérables en dehors de l’établissement, stigmatisés par le port.

Interrogé dans l’hémicycle sur la pérennisation du dispositif, Édouard Geffray en mai dernier, avait repris des éléments de cette évaluation.

"Globalement, l’uniforme renforce le sentiment d’appartenance. Il contribue à l’amélioration du climat scolaire dans certains établissements, dans d’autres il est sans incidence. On n’observe pas d’effet sur les résultats scolaires proprement dits, ce qui n’est guère étonnant compte tenu de la période d’un an", déclarait-il, tout en maintenant le suspense sur la suite à donner.

À la rentrée 2024, 1,6 million d’euros de crédits avaient été alloués aux académies. L’année suivante, aucun crédit n’avait été prévu en loi de finances et le ministère avait dû redéployer les crédits pour financer la poursuite du dispositif. Aucune aide pour financer le port de l’uniforme n’a été votée dans le budget de février.

Extrait debfmtv.com du06.08.26

 

Voir aussi :

Évaluation des expérimentations du port de la tenue commune à l’École (document de travail Depp, mai 2026)

 

Qui est convaincu par l’uniforme ?
Par Jean-Michel Zakhartchouk
Alors que la DEPP publie une évaluation des expérimentations de la « tenue commune » à l’école, force est de constater que le bilan semble assez loin des promesses affichées. Que ce soit sur les questions de cohésion sociale entre les élèves, d’égalité ou de climat scolaire, les effets restent limités et souvent davantage perçus par les adultes que vécus par les élèves. Une étude qui interroge autant le sens pédagogique de cette mesure – cousue de fil blanc ? – que son cout et sa portée politique.

La DEPP, service public de statistiques de l’éducation, vient de publier en mai 2026 une étude : Évaluation des expérimentations du port de la tenue commune à l’école. Une enquête en ligne a permis de recueillir les avis de la plupart des directeurs d’école et chefs d’établissement ayant participé à « l’expérimentation » nationale, notamment sur les effets de cette introduction de ce qui n’est pas appelé « uniforme » bien que ce soit ainsi qu’il est perçu dans l’opinion publique.
Des monographies réalisées par FORS-Recherche sociale, un organisme indépendant, ont complété cette enquête avec des entretiens ou visites réalisés en mai-juin 2025, y compris auprès d’élèves, d’enseignants et de familles. [...]

Extrait de cahiers-pedagogiques.com du 22.05.26

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