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> Nouveau compte rendu de l’ouvrage du Collectif Langevin Wallon sur (…)
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Carrefours de l’éducation,
2026/1 n°61
Compte rendu
Collectif Langevin Wallon, préface de Jean-Paul Delahaye, postface de Jean-Yves Rochex (2024). L’éducation prioritaire une politique féconde pour le système éducatif. Éditions du Croquant, 796 p.
Par Christine Berzin
Pages 229 à 231
Cet ouvrage imposant, tant par son nombre de pages que par les centaines de références bibliographiques en notes de bas de page qu’il convoque, se propose de revenir sur plus d’une quarantaine d’années d’une politique publique d’éducation prioritaire. Au-delà de l’histoire de cette politique, il présente le grand intérêt de questionner plus largement le fonctionnement du système éducatif dans son ensemble et son incapacité, comme le souligne Jean-Paul Delahaye dans la préface de l’ouvrage, à résoudre le problème « de l’insupportable échec à l’école d’enfants issus des milieux populaires » qui subsiste encore aujourd’hui. Le collectif d’auteurs, à l’initiative de cette remarquable synthèse, s’est attaché à retracer successivement les fondements de cette politique, ses évolutions pour finir par questionner l’impact en éducation prioritaire d’un certain nombre de dispositifs ou de réformes qui ne bénéficient pas nécessairement aux publics qui en auraient le plus besoin.
La première partie de l’ouvrage est consacrée à la mise en place de cette politique et de ses aléas avec une succession de « périodes d’oublis et de relances ». Elle revient d’abord sur les premières revendications de démocratisation de l’enseignement d’enseignants d’établissements de quartiers défavorisés, bien antérieures à la mise en place en 1981 de cette nouvelle politique qui voit le jour sous le ministère Savary. Elle examine ensuite les différentes relances successives qui se sont succédé et les différents programmes ou dispositifs qui y ont été associés. La série de sigles qui suit : CLA, CLAIR, ECLAIR, RAR, REP, REP+… témoignant des vicissitudes du devenir de cette politique. L’examen minutieux de ces évolutions et des mécanismes qui les sous-tendent donne à voir une succession de périodes différentes avec, dans un premier temps, une centration sur la lutte contre les inégalités puis, dans un second temps, une lutte contre l’exclusion plutôt focalisée sur le climat scolaire et les comportements des élèves et enfin un troisième temps centré sur le repérage d’élèves dans leurs particularités qu’il s’agisse de repérer des difficultés ou des talents particuliers.
Une recension minutieuse des rapports et des recherches scientifiques vient compléter utilement cette mise en perspective socio-historique. L’analyse de ces travaux met en évidence deux manières différentes de convoquer la recherche pour éclairer cette politique selon que la recherche prend en compte les professionnels dans une démarche de recherche collaborative ou selon qu’il s’agit d’invoquer des données de recherche pour établir, voire prescrire des recommandations pédagogiques. Sont analysées également ici les travaux sur lesquels s’est appuyée la refondation de cette politique à laquelle la seconde partie de l’ouvrage est consacrée. Au-delà des travaux ayant pour objet d’étude la politique d’éducation prioritaire elle-même, il s’agit ici de travaux relatifs aux conditions de socialisation et de scolarisation et surtout aux évolutions possibles des pratiques pour prendre en compte ces conditions, ce dernier point présentant l’intérêt de questionner les pratiques pédagogiques et leurs possibles retentissement pour les élèves présentant des difficultés mais aussi et surtout pour l’ensemble de tous les élèves quels qu’ils soient.
La seconde partie de l’ouvrage s’intéresse donc plus particulièrement à la refondation de l’éducation prioritaire impulsée sous le ministère de Vincent Peillon et à l’analyse du référentiel de pratiques de l’éducation prioritaire qui en est issu. Les auteurs passent ainsi en revue successivement chacun des sept axes qui composent ce référentiel en s’attachant à décrypter les mécanismes par lesquels les pratiques pédagogiques peuvent favoriser ou non la réussite des élèves. Sont évoqués ici conformément au référentiel concerné le rôle déterminant de ce qui se passe en classe et notamment de la manière plus ou moins explicite de mener l’enseignement, de l’exigence à avoir dans les acquisitions tout en faisant preuve de bienveillance et également l’intérêt de la reconnaissance de la place des familles dans l’éducation ainsi que la nécessité de la mise en œuvre de collectifs de travail. Est aussi abordée la question du rôle primordial de la formation et de l’importance du pilotage des réseaux. La fin de cette seconde partie s’intéresse par ailleurs à de nouvelles modalités de travail mises en œuvre dans le cadre de cette refondation. On retiendra notamment l’analyse des travaux de recherche consacrés à l’impact de la scolarisation des enfants de moins de trois ans ou encore visant à comparer le dispositif « plus de maîtres que de classes » avec le dédoublement des classes qui lui a succédé et leurs implications respectives en termes d’organisation et d’autonomie du travail des équipes enseignantes impliquées.
Enfin la troisième partie, statistiques édifiantes à l’appui, interroge toujours dans le même esprit, le bien-fondé de la mise en place d’un certain nombre de dispositifs ou de réformes propres à l’éducation prioritaire mais qui peuvent aussi pour certains concerner l’ensemble du système éducatif. Il s’agit ici d’interroger la réalité de leur efficacité auprès des élèves de milieux populaires, loin d’être démontrée et de montrer que ces dispositifs ne sauraient relever au final d’une véritable politique de lutte contre les inégalités sociales. Il est entre autres discuté de l’intérêt des dispositifs d’égalité des chances, des finalités de la découverte des métiers, des limites de l’individualisation des apprentissages, des effets de l’organisation du temps scolaire, sans oublier la question de la formation des enseignants pour ne citer que quelques-uns des objets d’étude abordés dans les chapitres de cette partie.
Comme l’indique Jean-Yves Rochex dans la postface, cet ouvrage s’inscrit dans la lignée d’une conception wallonienne du développement indissociable des milieux dans lesquels il s’opère. Outre les multiples questions qu’il soulève sur le fonctionnement de notre système éducatif et les nécessaires évolutions qui s’imposent en termes de réelle démocratisation, nul doute que cet ouvrage engagé, tout en étant étayé par les résultats de la recherche et les savoirs issus de l’expérience professionnelle, pourra constituer une précieuse ressource de références pour qui, chercheurs, étudiants, mais aussi professionnels, souhaite porter un regard critique sur la multiplication de dispositifs parfois loin de remplir les objectifs affichés ou encore faire œuvre de réflexivité sur sa manière de prendre en compte dans sa pratique professionnelle les difficultés des élèves ou des étudiants, encore trop souvent considérées comme constitutives du sujet, dans une perspective défectologique qu’il convient plus que jamais de remettre en cause.