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Revue Française de Pédagogie, 2025/3 n° 228
Pages 91 à 157
Regrouper les élèves par niveau de compétences. Une synthèse de la littérature
Par Nathalie Roques
Résumé
Cette synthèse rassemble les résultats de plus d’un siècle de recherches qui ont interrogé l’effet des groupes de niveau homogène sur les résultats scolaires et l’estime de soi des élèves du secondaire inférieur. Deux groupes d’études sont distingués : la recherche internationale qui s’appuie sur des études expérimentales mais surtout sur des études observationnelles de la fin du siècle dernier, et la recherche anglaise plus récente qui n’a mobilisé que le deuxième type d’étude. Les résultats montrent que les scores sont le facteur prédictif le plus important expliquant la répartition des élèves dans les différents niveaux, mais que les élèves de milieux socioéconomiques défavorisés sont surreprésentés dans les groupes de niveau faible, y compris après contrôle de leur score initial. En ce qui concerne les scores académiques, les études révèlent que les regroupements par niveau n’ont pas d’effet si on considère l’ensemble des élèves ; et qu’à niveau scolaire équivalent, les regroupements par niveau (1) sont probablement favorables aux élèves de niveau élevé (2) sont probablement défavorables aux élèves de niveau faible. L’estime de soi des élèves ne semble pas corrélée au fait d’être ou non regroupé par niveau ; elle est par contre fortement corrélée au niveau de l’élève et plus faiblement au niveau de son groupe. Les élèves des groupes de niveau faible souhaitent majoritairement changer de groupe de niveau et regrettent le manque d’enjeux dans leur groupe. Des éléments théoriques (opportunité d’apprentissage, effet d’étiquetage…) sont convoqués pour discuter des points favorables comme défavorables aux regroupements des élèves par niveau. Le manque d’impact de ces derniers sur les compétences académiques des élèves et le renforcement des stratifications socioéconomiques qu’ils engendrent remettent clairement leur pertinence en cause.