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Enquête Se-Unsa : 8 directeurs sur 10 confrontés à des différends avec les familles
La montée des tensions, voilà le principal enseignement de l’enquête du SE-Unsa menée auprès des directions d’école par George Fotinos, ancien chargé de mission interministériel Ecole-famille. Différends, violences verbales, menaces, en dix ans, plusieurs indicateurs se sont fortement dégradés, alors même que les équipes investissent davantage dans la relation avec les parents.
Deux fois plus de violences verbales et trois plus de coups
Le chiffre le plus marquant de l’enquête est sans doute celui-ci : 80 % des directrices et directeurs ont connu un différend avec des familles cette année, soit deux fois plus qu’en 2013.
Les violences progressent elles aussi. 1 direction sur 2 (51 %) déclare avoir subi des violences verbales, contre 1 sur 4 (23 %) il y a dix ans. Les menaces concernent désormais 61 % des répondants et les agressions physiques ont été multipliées par trois.
Une confiance qui s’érode
Si la confiance demeure majoritaire, elle recule nettement. 81 % des directions considèrent que les parents leur font confiance, contre 96 % en 2013. En une décennie, près d’un directeur sur cinq a ainsi perdu le sentiment d’être reconnu comme un professionnel légitime.
Des équipes toujours plus investies
Cette dégradation intervient pourtant alors que les équipes renforcent leurs liens avec les familles. 94 % des directions informent les parents par écrit des progrès de leur enfant et 70 % présentent les programmes scolaires. Mais cet investissement se heurte à une limite : près d’une direction sur deux estime que les informations transmises aux familles ne sont pas lues.
L’inclusion sans moyens et climat scolaire
L’enquête souligne également les difficultés rencontrées dans les écoles accueillant davantage d’élèves à besoins particuliers. Lorsque ceux-ci représentent plus de 20 % des effectifs, seuls 47 % des directeurs décrivent un climat scolaire excellent, contre 68 % lorsque leur proportion est inférieure ou égale à 5 %. Pour le SE-Unsa, ce n’est pas le principe de l’école inclusive qui est en cause, mais le manque de moyens d’accompagnement, notamment en AESH et en personnels médico-sociaux.
Des enseignantes davantage exposées
Autre chiffre marquant : 34 % des directions estiment que les enseignantes sont moins respectées que leurs collègues masculins. Une proportion qui a doublé depuis 2013.
Le paradoxe de l’enquête
L’enquête met au jour un paradoxe : les équipes consacrent davantage de temps et d’énergie à la relation avec les familles, mais les tensions augmentent. Pour le SE-Unsa, cette évolution s’explique moins par l’école que par des transformations plus larges de la société avec des attentes accrues des familles, la montée de la défiance envers les institutions et de logiques consuméristes.
Djéhanne Gani
Extrait de cafepedagogique.net du 17.06.26
Relation Ecole-familles : « Si le contrat est rompu, l’école publique est en danger »
Le SE-Unsa alerte sur la dégradation des relations entre les familles et l’école. Derrière la hausse des différends et des violences, le syndicat voit les symptômes d’une crise plus profonde qui touche l’institution scolaire et, au-delà, la société tout entière.
« Les listes des violences ne sont pas des faits divers, ce sont des faits de société. » À l’occasion de la présentation de l’enquête nationale sur les relations entre les directions d’école et les familles, le 16 juin, le SE-Unsa a voulu dépasser le simple constat pour interroger les causes d’une dégradation qui s’installe depuis plusieurs années. Aux côtés d’Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du syndicat, de Johanna Cornou, référente direction d’école, et de Georges Fotinos, auteur de l’enquête, le syndicat a dressé un tableau préoccupant de l’évolution des rapports entre l’Ecole et les parents mais aussi des perspectives.
« Un problème de société » qui concerne 14 millions de personnes
Pour Georges Fotinos, spécialiste du climat scolaire et auteur de nombreux travaux sur l’école, l’enjeu dépasse largement les murs des établissements. « C’est un problème de société sérieux recouvert d’un silence », lance-t-il. Selon lui, la question concerne directement près de 14 millions de personnes : les élèves, leurs parents et les personnels de l’Éducation nationale.
« Il y a un besoin de dénoncer mais aussi de solutionner » estime Elisabeth Allain-Moreno. L’objectif de l’enquête était double : mesurer précisément l’évolution des relations entre les familles et l’école et identifier des leviers d’action. « Nous avons la responsabilité de porter à la connaissance de l’employeur ce qui est réellement vécu et attendu dans les écoles et les établissements », explique la Secrétaire générale du Se-Unsa. « On a la volonté d’en tirer des propositions, en phase avec les élèves et les personnels, pour que notre système tourne mieux. »
Une confiance qui se fissure
L’enquête, menée auprès des directrices et directeurs d’école, permet une comparaison avec une précédente étude réalisée en 2013. Et alors ? la confiance des familles envers les directions s’érode. En 2026, 80 % des directions considèrent que les parents leur font confiance, contre 96 % en 2013.
Des violences qui explosent
« La confiance se fissure » analyse Georges Fotinos. Les différends explosent. Huit directions sur dix déclarent avoir connu un conflit avec des familles cette année, contre quatre sur dix treize ans plus tôt. Les violences verbales, elles aussi, ont doublé. Les agressions physiques, elles, ont triplé : 2,5 % des répondants déclarent en avoir été victimes, contre 0,7 % en 2013. « On voit ramper une sorte de poison qui fait que la relation parents-école s’est dégradée », résume le chercheur.
Des enseignantes davantage exposées
L’enquête met également en lumière un phénomène que Georges Fotinos qualifie de « phénomène souterrain ». Aujourd’hui, 34 % des directions estiment que les enseignantes sont moins respectées que leurs collègues masculins, contre 18 % en 2013. « Les enseignantes sont davantage exposées que leurs collègues masculins », souligne l’étude.
De nouvelles sources de tension
Parmi les signaux d’alerte identifiés, les directions pointent l’évolution des attentes parentales. Pour près d’un directeur sur deux, les exigences en matière d’information numérique constituent désormais une source de tension. Même proportion concernant le recours à la menace d’un départ vers l’enseignement privé.
Pour Johanna Cornou, cette situation n’est pas nouvelle. Elle cite notamment les tensions apparues lors de la réforme des rythmes scolaires ou autour des demandes de saut de classe. Le conseil d’école apparaît lui aussi comme un lieu où se cristallisent de plus en plus les tensions avec les familles.
« La menace du privé est utilisée pour faire pression sur l’école », estime de son côté Elisabeth Allain-Moreno. La secrétaire générale dénonce également certains discours politiques qui entretiennent une confusion entre enseignement public et privé. « La distinction public-privé est gommée comme s’il s’agissait de deux écoles complémentaires », regrette-t-elle. « Il y a une école qui accueille tout le monde sans distinction, gratuite et laïque, et à côté un autre système que les parents choisissent. »
L’inclusion sans les moyens fragilise le climat scolaire
L’enquête confirme également l’impact des conditions de mise en œuvre de l’école inclusive. Dans les établissements où plus de 20 % des élèves présentent des besoins particuliers, seuls 47 % des directeurs décrivent un bon climat scolaire. Lorsque cette proportion est inférieure à 5 %, ils sont 67 %. Le syndicat insiste toutefois sur un point : il ne s’agit pas de remettre en cause le principe de l’inclusion. « Cette enquête ne dit pas cela », insiste Johanna Cornou. Selon elle, les difficultés apparaissent lorsque les moyens d’accompagnement ne suivent pas avec l’absence d’AESH, le manque de personnels médico-sociaux, des dispositifs théoriquement prévus mais nettement insuffisants. « Les équipes compensent, encaissent et deviennent les réceptacles des tensions », résume-t-elle.
L’éducation prioritaire montre que les moyens comptent
Une surprise, mais faut-il s’en étonner ? la dégradation des relations est moins marquée en éducation prioritaire. Les directions y signalent davantage de respect de leur autorité, moins de contestation pédagogique. Ceux qui s’en étonnent sont souvent éloignés du travail mené dans ces territoires, alors même que cette politique a été progressivement abandonnée dans le débat public. Pour le SE-Unsa, cette différence n’a rien d’un hasard. Elle montre que lorsque du temps, des moyens humains et des dispositifs d’accompagnement existent, les relations avec les familles sont meilleures. « Là où les moyens existent, les relations s’apaisent », résume Johanna Cornou.
Quelle leçon en tirer ? lorsque des moyens humains et financiers sont accordés, lorsque du temps est dégagé pour le suivi des élèves, la formation des personnels, l’accompagnement des familles et le travail avec les associations, les résultats sont au rendez-vous. « Pour le SE-Unsa, cela confirme qu’une politique éducative ambitieuse peut améliorer concrètement le climat scolaire et restaurer la confiance entre l’École et les familles. » A cela s’ajoute également un rapport moins consumériste à l’école et une confiance dans les personnels, que des familles au niveau socio-culturel plus élevé remettent davantage en question, glisse-t-on également.
« L’école n’a pas le droit à l’erreur »
Pour le syndicat, les tensions observées ne relèvent pas seulement de comportements individuels. Elles traduisent les effets d’une institution à laquelle on demande toujours davantage sans lui donner les moyens correspondant. Les directions réclament davantage de temps de décharge, des personnels supplémentaires dans les écoles, un secrétariat administratif et une véritable formation à la relation avec les familles. Car derrière les chiffres, c’est bien la question du lien qui est posée. « Chaque lien qui se renforce est un pas majeur vers la réussite de l’école », souligne Elisabeth Allain-Moreno. « Chaque lien qui se distend est un recul sur tous les enjeux. » Et d’ajouter : « L’école n’a pas le droit à l’erreur. Voyons comment on peut prendre soin des liens les plus essentiels. »
Pour Georges Fotinos, l’enjeu est désormais politique. « Si le contrat est rompu, l’école publique est en danger. » L’alerte lancée interroge la capacité de l’école à continuer de faire société autour de valeurs communes, de mixité et de laïcité.
Extrait de cafepedagogique.net du 17.06.26
Education « Une sorte de poison » : entre l’école et les parents, le dialogue se tend
Conflits, insultes, menaces : les tensions entre l’école et certaines familles se sont nettement accentuées en douze ans. Selon une enquête du SE-Unsa, huit directeurs sur dix ont connu un différend avec des parents en 2025, deux fois plus qu’en 2013.
« Quelque chose est en train de se fissurer », résume Georges Fotinos, auteur de l’enquête.
Les directeurs d’école n’ont jamais autant échangé avec les familles. Ils écrivent davantage aux parents, les reçoivent plus souvent, détaillent les programmes, expliquent les décisions prises pour un élève ou les difficultés rencontrées en classe. Pourtant, les tensions progressent.
Douze ans après une première enquête, une étude réalisée en 2025 pour le SE-Unsa auprès de 2 738 directeurs et directrices d’école et rendue publique mardi 16 juin montre un net durcissement des relations avec certaines familles. Huit directeurs sur dix déclarent ainsi avoir connu un différend avec des parents au cours de l’année scolaire, contre quatre sur dix il y a douze ans. Plus de la moitié dit avoir subi des insultes. Six sur dix des menaces. Les agressions physiques restent rares (2,5 %) mais ont été multipliées par plus de trois.