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Nouveau brevet 2026 : trier plutôt que faire réussir ?
Le cap est désormais clairement assumé, dans la continuité de la logique de tri de la réforme du « choc des savoirs ». Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray évoque lui-même un recul de 10 %. Comme si la qualité d’un diplôme se mesurait au nombre d’élèves qu’il élimine. Mais au fond, sélectionner… pour quoi faire ?
Une vision assumée de l’école
Après des années de discours sur la « bienveillance », le ton a changé, en cohérence avec l’esprit des réformes : afficher davantage de rigueur, prétendre révéler le « vrai niveau » des élèves et restaurer la « valeur » du diplôme, l’accent sur les « fondamentaux » réaffirmés avec une hiérarchie implicite des disciplines. Cette inflexion s’inscrit dans une tradition de l’école élitiste, qui organise la sélection plus qu’elle ne construit la réussite de tous. A noter l’annonce concomitante et révélatrice de la création d’un concours général pour les collégiens.
« La proposition de l’actuel ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray étant tout particulièrement symbolique de cette évolution voire d’un changement de cap sans précédent » relève l’historien de l’éducation Claude Lelièvre au sujet de cette réforme du brevet 2026. Le Bulletin officiel du 8 avril 2026 met en avant la « qualité du service public » et la « reconnaissance des diplômes », au nom d’un reflet du niveau des élèves, actant ainsi un durcissement assumé et voulu de l’examen.
Un diplôme qui bascule vers la sélection
Comme le souligne l’historien Claude Lelièvre, le brevet a longtemps hésité entre plusieurs fonctions sans jamais stabiliser son sens. La réforme de 2026 semble lever cette ambiguïté en lui assignant plus clairement un rôle de tri, mais à quelles fins ? car le brevet n’est pas un passeport pour la seconde. Le ministre Attal avait proposé de conditionner le passage en seconde à la réussite au brevet. A relever qu’aucune réflexion n’est faite sur l’évolution du système scolaire, vers un système qui ferait réussir tous les élèves, les enfants des classes populaires aussi.
Si cette logique interroge les finalités et intentions qui participent à un tri social et sa reproduction, elle interroge sa vision : la valeur d’un diplôme tient-elle à sa difficulté ou à sa capacité à faire réussir ?
Conditions d’enseignements et réussite, climat scolaire, confiance : les angles morts de la réforme
Car ce que la réforme laisse de côté, ce sont les conditions de la réussite : la baisse démographique aurait pu permettre de réduire les effectifs, de mieux accompagner les élèves, d’améliorer le climat scolaire et de lutter plus efficacement contre les inégalités.
Or la réussite ne se décrète pas par l’examen ; elle se construit dans la durée, dans un cadre de confiance, avec du temps et des moyens. En choisissant de durcir l’évaluation plutôt que d’agir sur ces leviers, la réforme fait un choix clair.
Une pression accrue sur les élèves
Alors que les élèves français figurent déjà parmi les plus stressés, et que la santé mentale est affichée comme une priorité nationale, le décalage entre les discours et les mesures interroge. Dans les faits, l’année de troisième devient une année de préparation à l’examen, marquée par le bachotage, la pression et une orientation omniprésente.
Revaloriser un diplôme ne peut pas signifier en restreindre l’accès. Sans action sur les inégalités et les conditions d’apprentissage, le risque est de transformer une étape de formation en épreuve d’exclusion et d’humiliation supplémentaire, un mal de l’Ecole française. Un système éducatif se juge-t-il à la dureté de ses examens ou à sa capacité à faire réussir tous les élèves — à leur donner une place, plutôt qu’à leur montrer la porte ?
Djéhanne Gani
Extrait de cafepedagogique.net du 10.04.26
Brevet : vers un examen plus sélectif dès 2026
La réforme du diplôme national du brevet (DNB), portée par le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray, entrera en vigueur à la session 2026. Présentée comme une évolution visant à mieux refléter le niveau des élèves et à renforcer la valeur du diplôme, elle annonce des changements … dans la continuité du cap de la Rue de Grenelle.
Une baisse anticipée et annoncée
Dans le Bulletin officiel du 8 avril 2026, le ministère affirme que « la qualité du service public de l’éducation se mesure notamment à la réussite des élèves et à la reconnaissance des diplômes qu’il délivre ». Dans cette logique, des « évolutions significatives » ont été décidées pour rendre le brevet plus exigeant. Une baisse d’environ 10 % du taux de réussite a d’ores et déjà été anticipée et annoncée par le ministre.
Un contrôle continu recentré sur la classe de troisième
La première évolution majeure concerne le contrôle continu, qui comptera pour 40 % de la note finale. Il repose désormais sur la moyenne des moyennes annuelles obtenues en classe de troisième, dans l’ensemble des disciplines obligatoires. Cette modification marque un recul de la logique du cycle 4 et de l’évaluation par compétences. « Par des activités écrites ou orales, individuelles ou collectives, les professeurs évaluent en attribuant une note de 0 à 20 » désormais, les enseignants attribuent des notes de 0 à 20, et le conseil de classe valide les moyennes trimestrielles, semestrielles et annuelles.
Des épreuves finales renforcées
Les épreuves terminales représenteront 60 % de la note finale. Chaque discipline est affectée d’un coefficient 2, plaçant toutes les matières sur un pied d’égalité formelle. En mathématiques, la nouveauté porte sur les automatismes réalisés sans calculatrice et comptant pour 6 points sur 20. « Les élèves réalisent cette partie sans calculatrice. Elle évalue la maîtrise des automatismes au cycle 4 ». Par ailleurs, les notes d’histoire-géographie et d’enseignement moral et civique seront désormais distinctes.
Mentions et exigences accrues
Les seuils de mentions restent inchangés : 12/20 pour la mention « assez bien », 14/20 pour « bien » et 16/20 pour « très bien ». Une mention « très bien avec félicitations du jury » est introduite pour les élèves obtenant au moins 18/20.
Le ministère insiste également sur la qualité rédactionnelle. Une copie jugée peu lisible ou comportant trop de fautes pourra pénaliser fortement le candidat, quelle que soit la discipline : « Une copie qui n’est pas écrite de manière intelligible, c’est-à-dire avec trop de fautes d’orthographe, de grammaire ou de syntaxe, peut empêcher d’obtenir la moyenne ».
Les épreuves écrites du brevet se tiendront les 26, 29 et 30 juin 2026 pour la session normale, et les 10 et 11 septembre 2026 pour la session de remplacement.
Djéhanne Gani
Extrait de cafepedagogique.net du 10.04.26
De l’histoire du brevet à un concours général des collèges
« Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, et pour un diplôme dont l’examen a pu être tout à fait évanescent à certains moments de son passé ? » demande l’historien de l’éducation Claude Lelièvre. Il retrace pour le Café pédagogique l’histoire mouvementée du brevet des collèges : brevet de capacité, brevet d’études du premier cycle du second degré (BEPC), brevet des collèges, diplôme, examen, contrôle continu, sujet national, attestation, compétences du socle commun.
Une histoire tourmentée
Début avril, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a annoncé la création d’un « concours général des collèges ». La première édition est prévue en janvier de l’année prochaine. Jusqu’à 10 % des meilleurs élèves de troisième des établissements volontaires pourraient y participer, filles et garçons en nombre équivalent pour chaque épreuve : « Mathématiques et sciences » ou « Français et culture générale » ou « Histoire-géographie » ou « Arts plastiques » ou « Informatique et codage ».
Le brevet n’a jamais eu la place emblématique du baccalauréat ou du certificat d’études comme le montrent son histoire plutôt tourmentée et ses appellations et fonctionnements instables. Et on peut douter que ce « concours général » puisse lui donner les « titres de noblesse » qui lui manquent (au détriment sans doute de la recherche d’une fonctionnalité qui reste toujours à assurer).
Un brevet, des brevets
Au XIXème siècle, le brevet est d’abord et avant tout un « brevet de capacité » qui certifie que l’on est « en capacité » de devenir maître (ou maîtresse) d’école, et plus généralement un examen qui est parfois requis (directement ou indirectement) pour être « en capacité » d’exercer certains métiers appartenant à ce que l’on appellerait maintenant la sphère des cadres intermédiaires. Au cours du temps, le lien du brevet avec l’accès à certaines professions s’est nettement distendu.
En 1947, le brevet est transformé en « brevet d’études du premier cycle du second degré » (BEPC), son appellation nouvelle signant ce qu’il est devenu avant tout, à savoir un examen qui scande un cursus scolaire – celui du secondaire – désormais clairement constitué de deux « cycles ».
Bien que le BEPC soit considéré comme un examen de fin de cycle (le premier cycle du secondaire) à partir de 1947, sa détention n’a jamais été jugée nécessaire pour entrer dans le second cycle.
À partir de 1978, c’est même en quelque sorte l’inverse qui a été décidé : les élèves ayant fait l’objet d’une orientation vers le second cycle de l’enseignement secondaire n’ont même pas à passer les épreuves du brevet pour l’obtenir. En 1981, le diplôme – désormais intitulé brevet des collèges – est attribué sans examen, au vu des seuls résultats scolaires.
1986, un examen écrit
En 1986, un « examen écrit » (en mathématiques, français, histoire-géographie-éducation civique) est réintroduit par le ministre de l’Éducation Jean-Pierre Chevènement avec le triple objectif annoncé de « revaloriser le diplôme », de « motiver » davantage les élèves, et de les « préparer » à aborder des examens ultérieurement. Lors de sa première mouture, le taux de reçus ne dépasse pas 49%.
En 1988, pour l’essentiel sur cette base, est créé le « diplôme national du brevet », avec trois séries : collège, technologique et professionnelle. En 2001, prise en compte d’options facultatives.
Contrôle continu, B2i, A2, histoire de l’art
En 2006, s’ajoute l’option « découverte professionnelle ». En 2007, ajout de la note de vie scolaire ; le contrôle continu ne porte que sur les notes de troisième et le sujet du brevet devient national (auparavant, il y avait des sujets différents par région ; ils sont désormais nationaux, mais les barèmes de correction restent définis localement).
En 2008, l’obtention du brevet est aussi conditionnée par celle du Brevet informatique et internet (B2i) et du niveau A2 (du Cadre européen de références pour les langues) dans une langue vivante.
En 2010, une nouvelle option facultative est ajoutée : l’histoire de l’art (une épreuve orale devant un jury de 2 à 3 personnes, dont un professeur d’art plastique ou de musique).
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, et pour un diplôme dont l’examen a pu être tout à fait évanescent à certains moments de son passé ?
Compétences du socle commun
Puis, à partir de 2012, « l’attestation de maîtrise des connaissances et des compétences du socle commun au palier 3 » (qui correspond à la fin de la classe de troisième) est obligatoire. Le Conseil supérieur des programmes avait envisagé en 2013 de supprimer l’examen du brevet et de ne garder que la validation du socle commun, les compétences étant appréciées domaine par domaine (quatre compétences par domaine, soit une vingtaine au total).
Finalement, la nouvelle logique du « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » ne l’a pas emporté jusqu’au bout, et l’on se trouve pris dans une sorte de compromis à géométrie variable s’éloignant toujours davantage de cet horizon, la proposition de l’actuel ministre de l’Education nationale Edouard Geffray étant tout particulièrement symbolique de cette évolution voire d’un changement de cap sans précédent.
Et le concours général ?
A cet égard, il convient de se rappeler que la création du Concours général (sous l’Ancien Régime) a précédé la création du baccalauréat sous sa forme moderne (c’est-à-dire au début du XIXième siècle) et qu’il n’a jamais été greffé sur le baccalauréat ni encore moins été un faire-valoir de celui-ci. Bien au contraire, le Concours général est apparu à certaines périodes comme pouvant nuire au bon fonctionnement du baccalauréat (qui était pourtant alors l’apanage d’un très faible pourcentage de jeunes Français : 2 ou 3 % tout au plus).
Par exemple, il est significatif qu’en 1904, le Concours Général est totalement supprimé, à la suite de polémiques qui portent essentiellement sur le fait qu’il serait devenu difficile à organiser à la suite de la réforme de 1902 (qui reconnaît pour la première fois la pleine dignité d’un enseignement secondaire moderne – avec ses disciplines ad hoc– aux côtés de l’enseignement secondaire classique), et qu’il est considéré par certains comme une gêne dans la préparation du baccalauréat (la préparation intensive des élèves candidats au concours pouvant se faire au détriment des autres élèves dans un esprit foncièrement élitiste et sélectif).
Et il est non moins significatif que c’est le ministre de l’Instruction publique d’un gouvernement de la Chambre fort à droite dite « bleu horizon », Léon Bérard, qui rétablit en 1921 le Concours Général.
Claude Lelièvre
Extrait de cafepedagogique.net du 10.04.26
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