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> B* Lisieux. Développer, en amitié, le goût des mots en 6e au collège REP (…)
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Mélanie Genevois : En 6e dans la compagnie des mots
Comment repenser et revitaliser l’apprentissage du vocabulaire en classe ? Inspirée par l’ouvrage d’Anne Sardier Les mots-amis pour progresser en vocabulaire, Mélanie Genevois déploie en 6e REP, au collège Pierre-Simon de Laplace de Lisieux, une belle activité de classe : les élèves mènent une discussion lexicale autour des mots-amis d’un verbe et rédigent une saynète où ce mot présente ses « amis ». Une démarche inspirante pour développer, en amitié, le gout des mots.
Explications…
Qu’est-ce que les « mots-amis » ?
Les mots-amis sont définis par Anne Sardier comme « les termes préférentiels qui apparaissent autour d’un mot. Ce sont ses co-occurrents fréquents. Il s’agit donc d’un contexte étroit, souvent restreint à l’échelle de la phrase, c’est le co-texte d’un mot qui est relatif aux combinaisons des unités lexicales entre elles. S’intéresser aux mots-amis permet d’explorer le fonctionnement du mot étudié pour pouvoir mieux le comprendre et le réemployer ».
Comment le travail est-il lancé ?
Tout d’abord, les élèves doivent échanger concernant leurs représentations du mot. Avec cette activité, on part du principe qu’ils ont du vocabulaire, on ne réfléchit pas en termes de lacunes à combler. On sollicite le vécu personnel et on fait émerger les représentations que les élèves se font par exemple du mot « jouer » : « À quoi te fait penser le mot “jouer“ ? Quel est le ou les sens de ce mot ? »
Puis ils échangent concernant leurs représentations et cherchent des sens nouveaux à partir de « phrases-problèmes » que j’ai créées.
Quelques exemples pour le verbe « jouer » : « J’ai dit cela pour jouer. » ; « Cette personne joue avec sa santé. » ; « Il se joue des lois en agissant aussi mal. » ; « Elle joue avec le feu en lui parlant de cette manière. » ; « Il aime jouer sur les mots. » ; « Nous ne savons pas à quel jeu il joue en faisant cela. » ; « Les pompiers jouent leur vie chaque jour. » ; « Il faut toujours qu’il joue la comédie. » …
La consigne est la suivante : « Je rencontre « jouer » dans des phrases et j’en déduis ses sens ».
Les élèves sont ensuite invités à rédiger des phrases qui sollicitent ces nouveaux sens de « jouer » : on peut ainsi vérifier qu’ils les ont compris.
Comment le travail se prolonge-t-il ?
Dans une 2e séance, une étape d’institutionnalisation permet aux élèves, sous forme de tableau, de catégoriser les mots-amis de ce verbe en réfléchissant au « co-texte » (noms, verbes et adverbes qui l’accompagnent souvent). Par exemple pour le verbe « jouer » : jouer à quelque chose, avec quelqu’un, d’un instrument, un rôle, de l’argent, la comédie, un personnage, un (sale) tour, des coudes, sur scène, calmement, finement…
Sur quoi débouche l’activité ?
Le travail se prolonge par une écriture d’appropriation de facture créative et littéraire : chaque élève rédige une saynète dans laquelle le verbe « jouer » présente ses mots-amis comme étant de vrais amis : un meilleur ami, un ami fidèle, intime, de longue date, de circonstance….
Lors d’une 3e séance les élèves sont amenés à mémoriser et réemployer les mots en relisant la saynète d’un camarade pour lui faire remarquer quels sont les sens qu’il a sollicités ou (parfois sciemment) laissés de côté. Ils échangent entre eux, permettant ainsi de constituer la classe en communauté d’apprentissage.
Enfin, lors d’une dernière séance, ils jouent leur saynète devant la classe. On peut d’ailleurs envisager des saynètes à plusieurs personnages, qui se présenteraient mutuellement leurs amis. Une tablette est utilisée pour filmer les élèves et permettre l’auto-évaluation. Chaque élève ou chaque groupe peut mener un retour réflexif sur la saynète de chacun.
En quoi un tel dispositif vous semble-t-il intéressant ?
L’activité s’articule autour de l’enjeu didactique suivant : permettre aux enseignants de favoriser la compréhension et la mobilisation du système lexical auprès des élèves. D’autre part, elle concerne la mobilisation de l’axe syntagmatique, là où les séances habituelles de lexique travaillent surtout l’axe paradigmatique.
Comme le dit Anne Sardier, la discussion lexicale est ici à la fois une discussion argumentative et une activité métalinguistique.
Les élèves ont pris beaucoup de plaisir lors de cette activité qui repose sur un usage stimulant du langage, qui leur permet de véritablement donner vie aux mots.
Enfin, elle s’inscrit dans les nouveaux programmes des cycles 3 et 4 qui font du vocabulaire une entrée à part entière.
Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut
Anne Sardier : Les mots-amis pour progresser en vocabulaire, Editions ESF
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