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« Brevet inconnu à cette adresse »
Comment engager les élèves dans une lecture longue et travailler leur autonomie au Brevet ?
Un travail mené au collège Pythéas dans le cadre d’un G.R.A.L et animé par Madame Emilie Gonand, professeure de lettres au collège [REP+] Renoir et formatrice.
« Brevet connu à cette adresse »
Défendre ses choix de lecture ; créer des questions de brevet
Menée dans le cadre d’un G.R.A.L, groupe de recherche accompagné, La constellation au collège Pythéas en 2024-2025 a souhaité travailler sur une manière efficace d’amener les élèves à lire des œuvres complètes en autonomie.
Le choix s’est porté sur le roman épistolaire Inconnu à cette Adresse de Kathrine Kressman Taylor que le professeur volontaire pour animer la séance d’observation souhaitait proposer à ses élèves de troisième en lecture cursive pour les vacances d’hiver.
L’équipe s’entend sur la nécessité de poser une contrainte et donc une vérification que la lecture a bien été faite et comprise mais reconnaît et déplore le côté rébarbatif, voire « tue-l’amour » du questionnaire de lecture.
Plusieurs propositions intéressantes émergent, comme l’idée de faire produire collectivement à la classe un roman graphique ou un livre audio. Chaque élève choisirait une lettre à transposer en quelques planches ou à enregistrer à haute voix. La classe voterait ensuite pour les meilleures interprétations susceptibles de constituer le livre. Mais la mise en œuvre de ce projet excéderait de loin le cadre d’une séance d’observation.
Nous conservons l’idée du choix d’un extrait à « investir » par les élèves. Le professeur donnera comme consigne en amont de la lecture de l’œuvre de choisir la lettre qui leur a semblé la plus intéressante, soit pour son importance dans la structure d’ensemble, soit parce qu’elle les aurait particulièrement impressionnés. Ils ont en outre pour mission de rédiger quelques arguments pour les aider à défendre leur choix à l’oral. Nous gardons également le projet de leur faire construire un outil de lecture commun mais à une échelle beaucoup plus modeste puisqu’il s’agira d’inventer pour leurs pairs des questions « type brevet ».
La séance d’observation a lieu à la rentrée. Le professeur a réparti les élèves en cinq groupes équilibrés en fonction de leur niveau.
Le professeur annonce que la séance se déroulera en trois temps et qu’il faudra travailler rapidement :
Les quinze premières minutes sont consacrées à un débat au sein de chaque groupe en vue de choisir la lettre sur laquelle ils vont travailler, chaque élève présentant les arguments préparés en amont. Certains sont pauvres, faisant référence à la brièveté de la lettre mais d’autres sont très bien motivés et emportent l’adhésion. Une professeure observant un groupe remarque que le texte choisi n’est qu’une image. (Il s’agit de l’enveloppe portant la mention « Inconnu à cette adresse »). A quoi l’élève répond « Mais c’est la chute, Madame ! Et c’est aussi le titre ! C’est le plus important à expliquer ! ». Beaucoup ont choisi la lettre qu’ils ont jugé la plus choquante. On entend « C’est dégueulasse ! ». Il s’agit du récit de l’arrestation de Griselle, la jeune sœur de Max, à qui Martin a refusé son aide et dont il annonce la mort avec un ignoble mépris. Beaucoup enfin ont choisi la lettre où Martin fait part de son enthousiasme grandissant pour l’idéologie nazie en raison de son intérêt historique.
Les vingt minutes suivantes sont consacrées à la fabrication de questions « type brevet » qui seront proposées à terme aux autres groupes :
1. Une question de vocabulaire : choisir un mot important dans la lettre puis interroger sur sa formation et son sens en contexte (ex : l’adjectif « démocratique »)
2. Une question de grammaire : proposer l’analyse de la nature et de la fonction d’une proposition et les manipulations pour y parvenir
3. Deux questions de compréhension
4. Une question d’interprétation
Le professeur chargé de la séance doit alors faire un point sur la différence subtile entre « compréhension » et « interprétation » ce qui lui permet d’expliciter les attentes de l’examen : les questions de compréhension sont les premières (d’où l’intérêt d’y répondre dans l’ordre) ; elles portent en général sur les personnages et le contexte, alors que les questions d’interprétation, plus fines et plus exigeantes, arrivent en fin de parcours et portent sur le style, la manière dont l’autrice, en l’occurrence, a choisi de raconter son histoire.
La dernière partie de l’heure est consacrée à la restitution du travail de chaque groupe. Le temps manque pour entendre la totalité des productions mais la restitution est enthousiaste et les élèves souhaiteraient poursuivre l’expérience en constituant un sujet de Brevet complet qu’ils pourraient échanger avec une autre classe de troisième.
Cette séance a semblé bénéfique à l’ensemble de l’équipe dans la mesure où d’une part, elle a permis d’associer la lecture cursive à un projet qui ne soit pas trop rébarbatif et qui rend l’élève acteur et d’autre part parce qu’elle a rendu plus ludique et attrayante l’explicitation des attentes d’un examen anxiogène et parfois mal compris.
Une constellation menée au collège Pythéas par Madame Emilie Gonand, professeure de Lettres au collège Renoir à Marseille, formatrice et chargée de mission d’inspection.
Extrait de pedagogie.ac-aix-marseille.fr du 099 octobre 2025