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Le premier degré : les rendez-vous manqués de l’école (Revue Administration & Éducation – No 189 – 2026/1)

11 mars

Le premier degré : les rendez-vous manqués de l’école
Revue Administration & Éducation – No 189 – 2026/1
Coordination par : Yannick TENNE, Françoise MARTIN VAN DER HAEGEN, Jean-Michel COIGNARD

SOMMAIRE
Introduction
Yannick TENNE, Françoise MARTIN VAN DER HAEGEN, Jean-Michel COIGNARD

Partie 1 – Temps et espaces scolaires
De moins en moins d’école ?
Claude LELIÈVRE

Questions vives pour l’école primaire
Jean-Paul DELAHAYE

La continuité éducative dans le premier degré : des réussites partielles et des pistes à explorer
François MICHELETTI

Le périscolaire, entre ambitions et renoncements, un temps pas si périphérique
Damien BERTHILIER

Aménagement éducatif des territoires ruraux, histoire et perspectives
Éric FARDET

L’école ouverte : une nouvelle conception du service public éducatif
François GARAY

Partie 2 – Évaluations et résultats
La réforme de 2025 : quelle vision du métier de professeur des écoles ?
Jean-François THÉMINES

École primaire et évaluation : de nombreux rendez-vous déjà manqués, des rendez-vous à concrétiser
Daniel AUVERLOT

Redonner du pouvoir d’agir à une école ouverte au monde et mieux prendre en charge les enfants en situation de handicap
Patrice LEMOINE

Partie 3 – Le pilotage et les enjeux
Les rendez-vous manqués de l’éducation : L’école maternelle, pilier d’une éducation ambitieuse
Gilles PÉTREAULT

Pour une approche vraiment « libérale » des savoirs scolaires à l’école
Isabelle MARTINEZ, Jean-Pierre VÉRAN

Parents d’élèves souhaitent rencontrer professeur des écoles pour parler… et plus si affinités
Claude BISSON-VAIVRE

Le pilotage pédagogique, questions autour de la gouvernance du premier degré
Christophe MAUNY

Le directeur d’école, une fonction (re)connue mais inachevée : le rendez-vous manqué du premier degré ?
Cécile RILHAC

Baisse des effectifs scolaires : quelles marges de manœuvre ?
Pierre-Yves CUSSET

Notes de lecture
Crise des savoirs scolaires et réponses aux défis globaux
Yves Alpe, Angela Barthes et Stéphane Bonnet

Extrait de afae.fr de mars 2026

 

Le fonctionnement de l’école primaire est "insatisfaisant" et les politiques n’ont pas de projet pour y remédier (revue de l’AFAE)

"Nos classes maternelles et élémentaires ont les effectifs les plus lourds d’Europe, ont les rythmes scolaires qui sont les plus insensés pour les élèves, et ont des enseignants très mal payés et mal formés. On peut difficilement faire plus mal pour prévenir et traiter les difficultés au tout début de la scolarité." Jean-Paul Delahaye (IGESR) conclut ainsi sa contribution au premier des deux numéros de la revue Administration & Education que l’AFAE consacre au 1er degré (le second volet sera publié au mois de septembre).

Si le point de vue de l’ancien DGESCO (directeur de l’enseignement scolaire) est particulièrement tranché, il exprime bien le sentiment général de l’association des "acteurs de l’éducation" tel que l’expriment dans leur introduction Yannick Tenne, Françoise Martin Van der Haegen et Jean-Michel Coignard qui en ont assuré la coordination : "L’évolution de l’école primaire ne peut faire l’objet de mesures cosmétiques (...). Il est temps d’envisager autre chose que des réactions politiques prises dans l’immédiateté de l’actualité (...). Le premier degré est une priorité pour les politiques éducatives depuis de nombreuses années. Pourtant les résultats obtenus montrent un fonctionnement insatisfaisant (...). Qui aujourd’hui propose un dessein et un projet pour l’école française, une ambition qui ne soit pas seulement une expression générale et généreuse ?"

La question du temps scolaire est posée par plusieurs des contributeurs, notamment par l’historien Claude Lelièvre : "Dans les débuts de la troisième République, l’arrêté du 4 janvier 1894 définit très précisément la durée de l’année scolaire et les périodes de vacances : six semaines de grandes vacances en été, une semaine à Pâques (...). L’horaire scolaire hebdomadaire est de 30 heures (...). La durée de l’année scolaire est donc de 1 338 heures (en 223 jours de classe)(...). Toutefois, sur l’avis du Conseil départemental, la durée des vacances peut être portée à huit semaines." En 1969, un arrêté d’Olivier Guichard "abaisse l’horaire hebdomadaire de classe à 27 heures", en 1989, il passe à 26 heures. "De 1894 à 1989, en un siècle, la durée obligatoire de présence des élèves en classe a diminué d’environ un tiers, passant de 1 338 heures à 936 heures, et de 223 jours à 180 (...), alors même que des matières nouvelles apparaissaient à l’école communale : langue vivante, informatique, voire langue régional (...). En définitive, la France se distingue, au sein de l’OCDE, par l’année scolaire la plus courte : 144 jours pendant 36 semaines contre une moyenne internationale de 185 jours. En revanche la durée de travail annuelle y est la plus élevée (864 heures pour une moyenne de 800 heures en 2015) car la plupart des pays ont un horaire quotidien des classes autour de 4 heures et demie."

Damien Berthilier (dirigeant de Territoire éducatif de l’enfant) interroge la complémentarité école - périscolaire : "L’expérience de projets éducatifs dans de nombreuses villes montre que les activités périscolaires peuvent inspirer les enseignants : projet de compost- jardinage autour du temps de restauration, jeux éducatifs, chorale, sport inclusif, etc. Dans une période où les savoirs dits ’fondamentaux’ (de façon réductrice le français et les mathématiques) prennent une place conséquente dans les horaires scolaires, l’école ne peut pas aborder autant qu’il serait nécessaire l’ensemble des autres champs disciplinaires. Il n’est dès lors pas incohérent de penser les complémentarités des temps périscolaires également en termes d’apprentissages. Il ne s’agit pas d’établir une confusion entre le rôle de l’animateur et celui de l’enseignant, ni entre celui de la mairie et de l’école, mais de considérer que le temps scolaire n’est pas le seul temps d’apprentissage."

Et d’ailleurs, que faut-il penser des "fondamentaux" ? Jules Ferry se prononçait en faveur d’une "éducation libérale" qui ne se borne pas "à fournir aux enfants du peuple un bagage minimal – réduit aux rudiments du lire, écrire et compter – mais leur offre ’un enseignement vraiment éducateur’ qui donne sa place aux arts", aux leçons de choses, au dessin, aux musées scolaires, aux promenades scolaires, le travail manuel, au chant, à la musique chorale qui étaient à ses yeux "la chose principale", qui "vise la formation de l’esprit, qui permet aux futurs citoyens de s’intéresser aux affaires publiques". Aujourd’hui, ajoutent Isabelle Martinez (professeure des écoles) et Jean-Pierre Véran (CY Cergy-Paris Université) "la focalisation sur les ’savoirs fondamentaux’ se traduit (...) par une instrumentalisation des autres savoirs qui s’en trouvent disqualifiés" tandis que "la diversité des pratiques pédagogiques qui constitue une richesse du parcours de l’élève diminue". Pour les deux membres du CICUR, "notre école est à la croisée des chemins. Soit elle s’enfonce dans une approche normative, caractérisée par des injonctions (...), soit elle sort de cette ornière et permet à toutes et tous de s’ouvrir aux grandes questions complexes du monde d’aujourd’hui."

Autre question posée par la revue, coéduquer "est-il possible" ? Et d’ailleurs, "coéduquer est-il souhaitable ?" L’école de la iiie République fonctionnait "sur une confiance imposée" aux familles. Cette configuration "n’est plus viable aujourd’hui, même si beaucoup en revendiquent les bienfaits pour mieux mobiliser le principe d’autorité", fait remarquer Claude Bisson-Vaivre (IGESR). Les contributeurs appellent également "à des complémentarités intelligentes entre le niveau national et le niveau déconcentré" et ils s’inquiètent de voir "la pression d’un regard catastrophiste sur les résultats de l’école" inciter "à des discours et des solutions trop rapides" mais "être au fondement d’une réflexion sur l’évolution de l’école maternelle". Quant à la question des moyens, "elle est décisive alors que nous savons, que le budget alloué dans notre pays au premier degré est 10 % moindre que dans d’autres pays comparables". Elle est décisive aussi pour une école qui soit réellement inclusive.

Extrait de touteduc.fr du 08.03.26

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