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"Réordonner les dispositifs d’éducation prioritaire dans le cadre des Cités éducatives " (extrait du rapport du Cercle de la réforme de l’Etat, novembre 2025)

6 mars

Politique de la Ville : s’organiser pour plus d’efficacité

EXTRAIT
3.6. Réordonner les dispositifs d’éducation prioritaire dans le cadre des Cités éducatives
L’éducation prioritaire a consisté à renforcer des moyens alloués au service public de l’éducation dans un ensemble de territoires et d’établissements scolaires qui concentrent le plus de difficultés sociales avec l’objectif de « corriger l’inégalité par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé ». La première réponse de l’Éducation nationale, ce sont des personnels supplémentaires et des mesures indemnitaires pour attirer et fidéliser les personnels pour l’éducation prioritaire. A partir des zones d’éducation prioritaire (ZEP) de 1982, le dispositif a évolué avec en 2006 les réseaux de réussite scolaire (RRS) et les réseaux ambition réussite RAR), en 2010 le programme CLAIR (Collège Lycée Ambition Innovation Réussite) élargi aux écoles ECLAIR en 2011.
Malgré ces efforts, l’attractivité des établissements recrutant leurs élèves en QPV est toujours trop faible et ils se voient affecter des professeurs en début de carrière. Ainsi, selon un récent article du journal Le Monde, se référant à des rapports parlementaires ou des collectivités territoriales, en Seine Saint-Denis, 43% des professeurs avaient moins de 35 ans en 2022 contre 16% à Paris. De même le taux de non-remplacement peut atteindre 20%, l’équivalent d’un mois de cours perdu. Parmi les nombreuses propositions émises dans ces rapports, il est suggéré de revoir l’espace d’affectation des enseignants à l’échelle du Grand Paris pour mettre plus de leviers de réussite dans les établissements fréquentés par des élèves qui ont une insuffisante
maîtrise du français.

Le dispositif actuel s’inscrit dans la refondation de l’éducation prioritaire engagée en 2014. Il définit deux niveaux d’intervention, les Rep (réseaux d’éducation prioritaire) et Rep+ (renforcés), qui se substituent aux précédents. Le périmètre est appuyé sur un indice composite de difficultés sociale et scolaire des collèges. Il est construit à partir de quatre indicateurs : le taux d’élèves défavorisés, le taux de boursiers, le taux de retard à l’entrée en 6e et le taux des élèves résidant dans un QPV ou à moins de 300 mètres. A la rentrée 2023, 1081 collèges et 6778 écoles étaient en Rep ou Rep+ et environ 80% des écoles et collèges en Rep et Rep+ sont en QPV.
Cependant l’idée qui prévalait était une différence d’objectif avec la politique de la Ville ce qui se traduisait par un processus de décision purement interne à l’Éducation nationale. Un nouvel état d’esprit est intervenu en 2019 avec le programme des Cités éducatives mis en place dans les QPV pour accompagner les parcours éducatifs individuels depuis la petite enfance jusqu’à l’insertion professionnelle. Ces Cités éducatives sont copilotées par la préfecture, les services académiques et les collectivités territoriales. Elles concernent 600 QPV dans 261 communes.
Elles sont soutenues par le programme 147 avec un budget global de 86M€ en 2025. Elles sont unanimement saluées par les acteurs de terrain de la politique de la Ville. Néanmoins elles cohabitent avec les Programmes de Réussite éducative (PRE) de l’ANCT, créés en 2005, les contrats locaux d’accompagnement scolaire (CLAS) créés en 2021, mais également avec tous les dispositifs internes à l’Éducation Nationale, à l’image des missions de lutte contre le décrochage scolaire. Une mention particulière pour les Cordées de la réussite qui produisent des effets positifs et mériteraient d’être étendues à d’autres établissements d’enseignement
supérieur. L’idée mûrit d’une intégration de tous les dispositifs de l’éducation au sein des Cités éducatives, ce qui supposerait de compléter la couverture des QPV et permettrait la mutualisation des chefs de projet. Cette orientation est à encourager.

3.7. Intégrer enfin l’enseignement supérieur dans les politiques de la Ville
Tout se passe comme si, parce qu’un jeune habitant d’un QPV avait passé le baccalauréat, les politiques publiques ne devaient plus se préoccuper de son avenir. Et pourtant, la majorité des jeunes des QPV ont un bac en poche, mais ce diplôme ne permet pas d’éviter le chômage, pour différentes raisons largement étudiées.
Il semble indispensable aujourd’hui de travailler sur la réussite post bac des jeunes des quartiers. Parmi les mesures envisageables :
• Mettre en place un plan spécifique aux établissements d’enseignement supérieur qui accueillent des jeunes des quartiers QPV, pour leur permettre d’éviter le décrochage scolaire dans le supérieur et d’accompagner les jeunes vers l’emploi. Les besoins sont majeurs compte-tenu de l’origine sociale d’une majorité des jeunes : actions de découverte des métiers, d’orientation, d’accès aux stages, d’accès au premier CDI…
Une plus grande implication du ministère de l’Enseignement supérieur est sans doute indispensable. Des acteurs de l’ESS peuvent jouer un rôle majeur s’ils sont financés et associés aux travaux des équipes pédagogiques.
• Investir résolument dans le sujet de l’orientation des jeunes des QPV à tous les niveaux, avec des moyens dédiés à dégager par redéploiement, sur la base des centaines d’expériences réussies.
Le retour sur investissement de telles actions est évident, compte tenu du coût collectif – pour
ne pas parler du coût humain – du chômage des jeunes.

Extrait de cerclereformeetat.eu de novembre 2025

 

Bernadette Malgorn : « le bilan de la politique de la ville est globalement positif » (La Gazette des communes)

Souvent jugée illisible ou reléguée au second plan, la politique de la ville reste pourtant indispensable. Dans une note du Cercle de la réforme de l’État, pilotée par Bernadette Malgorn, 25 experts passent en revue ses mécanismes. Dans un entretien à "La Gazette", l’ancienne préfète en décrypte les principaux enseignements.

Pourquoi le Cercle de la réforme de l’État a-t-il choisi de travailler sur la politique de la ville ?
Bernadette Malgorn : Nous sommes souvent attentifs à des politiques transversales, notamment celles qui s’adressent à des publics ou à des zones considérés comme défavorisés. Ces dernières années, nous avons travaillé sur le handicap, puis sur la pauvreté, et il nous a semblé logique d’aborder la politique de la ville.

Ce travail permet aussi d’observer comment des politiques publiques affichées comme distinctes se recoupent en réalité largement. La politique de la ville est définie par un zonage territorial, fondé sur l’idée de concentration urbaine, mais le critère principal reste social : un revenu médian inférieur à 60 % du revenu médian de l’agglomération ou du niveau national. Il ... [...]

Extrait de lagazettedescommunes.com du 01.03.26

 

Le site du Cercle de la réforme de l’état

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