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B* Paris 18e. Eduquer à l’environnement en enrôlant tous les acteurs à la maternelle REP Flocon, en liaison avec tout le REP Marie Curie / Gérard Philipe

10 mars

Comment sensibiliser à l’Education au développement durable : un enrôlement de tous les acteurs.

L’école maternelle Flocon, située dans le réseau REP Marie Curie / Gérard Philippe du 18e arrondissement, compte actuellement neuf classes et 163 élèves. Aujourd’hui l’éducation à l’environnement constitue un axe fort du projet d’école et est intégrée à tous les moments de vie de l’école, dans la classe et hors de la classe. Emilie Sobieski, directrice de l’école revient sur son engagement dans l’EDD et nous propose quelques pistes pour entraîner une communauté scolaire dans celle-ci.

1. Prendre le temps d’initier une démarche de développement durable

L’école maternelle Flocon, située dans le réseau REP Marie Curie / Gérard Philipe du 18e arrondissement, compte actuellement neuf classes et 163 élèves. Aujourd’hui l’éducation à l’environnement constitue un axe fort du projet d’école et est intégrée à tous les moments de vie de l’école, dans la classe et hors de la classe. L’enjeu majeur pour l’équipe enseignante est de « renaturer nos petits élèves parisiens », qui vivent en milieu urbain, très artificialisé, leurs contacts avec la nature et le vivant étant parfois très occasionnels. Former dès leur plus jeune âge de futurs écocitoyens éclairés et engagés est une priorité.

Pourtant, Mme Emilie Sobieski, la directrice de l’école, nous confie avoir initié cette démarche dès 2014 et avoir dû accepter de prendre le temps pour construire une démarche globale, et pérenne, impliquant tous les acteurs de la communauté scolaire. “Elle ne doit surtout pas reposer sur une personne, car si celle-ci s’en va, tout s’arrête. Il faut s’assurer que la démarche continuera malgré les départs ou les absences. Cela prend du temps, beaucoup de temps”. L’école a donc pris le temps de construire avec tous ses acteurs (enseignants, agents, REV, élèves, parents) son éducation à l’environnement et au développement durable.

Historique

Mettre en place une éducation au développement durable de manière pérenne et globale dans l’école prend du temps. Il faut donc accepter de commencer petit (ex : tri du papier, installation d’un bac dans la cour….) avec un nombre restreint d’objectifs atteignables dans l’année, pour ensuite mettre des actions plus complexes et avec un nombre d’acteurs plus importants.

2. Des pistes pour démarrer l’EDD

• Les élèves ont besoin de connaissances pour agir : « De la connaissance vient l’engagement ».

Il paraît donc indispensable de lier les projets d’EDD avec les programmes scolaires. Une entrée est souvent possible avec les ODD (Objectifs de Développement Durables) de l’ONU. Il faut aussi s’appuyer sur le référentiel de compétences en EDD et les repères de progression proposés par le MENJ. “ C’est la combinaison entre les connaissances et les actions dans et hors de l’école, qui fera sens” nous dit-elle.

• Il est indispensable de travailler en équipe pour engager l’école.

Selon Emilie Sobieski, le directeur est un moteur pour impulser cette dynamique : “il soutient les projets, intervient en soutien dans la classe, anime des ateliers et accompagne la démarche des enseignants”. Il faut commencer petit avec un ou deux enseignants. Emilie Sobieski conseille de ne jamais rendre obligatoire la participation à l’EDD. Il faut arriver à susciter l’envie par l’enthousiasme, la beauté, l’émerveillement, l’étonnement, en favorisant la créativité, la discussion et l’interdisciplinarité. Il est important de se fixer des objectifs clairs et atteignables pour l’année et d’accepter de prendre son temps. Le périscolaire doit être associé à la démarche qui ne peut avoir lieu seulement sur les temps scolaires comme le rappelle le PEDT. A l’école Flocon, cette collaboration est encore difficile et constitue un point d’amélioration à travailler.

• Il doit y avoir une “cohérence entre ce qu’on enseigne aux enfants et le fonctionnement de l’école.

Autre point important, selon Emilie Sobieski, l’école doit avoir un devoir d’exemplarité, ce qui doit amener des changements dans le fonctionnement de celle-ci. ” Ainsi, à l’école Flocon, on a renoncé à commander certains matériels sur le catalogue de la ville de Paris, pourtant moins chers. Les bâtons de colle ont été bannis au profit de colles rechargeables financées par la COOP, de même que les classeurs en plastique. On essaye aussi de diminuer les photocopies : “chacun a un code personnel, ce n’est pas pour surveiller, mais pour avoir conscience du nombre de photocopies faites par an, il y avait au départ de grands écarts”. De même, les enseignants n’utilisent plus de cahier pour coller les photocopies, mais les agrafent et les glissent dans une pochette cartonnée. “Ce sont des changements nécessaires dans nos pratiques pédagogiques”.

• Ouvrir l’école pour travailler en intercycles et si possible en interdegrés avec l’élémentaire et le collège.

Affiche

“La formation par les pairs décuple l’impact espéré. Elle responsabilise et autonomise les élèves”. Les élèves deviennent acteurs de leurs savoirs et peuvent le transmettre. Cela est très valorisant pour eux : “quand des grandes sections accueillent les collégiens voisins pour leur expliquer comment fonctionne un compost, ils sont écoutés, leurs savoirs sont reconnus”. L’école peut aussi s’ouvrir aux parents, surtout si les enseignants engagés sont en nombre restreint. “Il faut chercher des soutiens partout”. Emilie Sobieski a ainsi créé un groupe de travail en 2022 pour discuter de projets autour de l’environnement. Deux ASEM, la REV, quelques enseignants, plusieurs parents et un agent de ménage se sont portés volontaires. Ce groupe a permis la mise en place de deux projets. Un d’eux visait à baisser la consommation d’eau et d’électricité : ainsi le groupe de travail avait constaté que les serviettes des enfants étaient lavées tous les jours, ce qui n’a pas été jugé nécessaire ; des parents ont donc cousu une pochette en tissu pour que chaque enfant puisse ranger sa serviette, le tissu a été payé par la COP ; depuis, le lavage des serviettes n’a plus lieu qu’une fois par semaine. “On était dix adultes sur peut-être 400 sur l’école, mais dix motivés”.

Travailler avec les partenaires locaux

Fortement recommandés dans les BO sur l’EDD, les partenaires locaux sont un autre moyen d’ouvrir l’école et d’amener une expertise sur un sujet. Ils permettent de décloisonner le regard porté et de rappeler que les approches sont multiples et pluridisciplinaires pour faire de l’éducation au développement durable. Selon Emilie Sobieski, “il faut travailler avec tout l’écosystème. Les acteurs de l’EDD, c’est une ruche”. Son école travaille beaucoup avec la mairie du 18è arrondissement, l’association Veni Verdi et la LPO. C’est ainsi que l’on pourra développer d’année en année une vision plus systémique chez l’enfant puis l’adolescent.

3. Mais alors quels projets d’EDD pour l’école ?

• Au niveau des actions imaginées dans le cadre de l’EDD, il paraît important d’avoir plusieurs entrées pour capter l’intérêt de tous les enfants. Emilie Sobieski propose des exemples basés sur les pratiques pédagogiques de son école : observation du vivant dans la cour (faune et flore), séances de travail et de sensibilisation en classe menées par l’enseignant, interventions d’experts en classe, sorties, Ecole dehors, ateliers manuels de fabrication (tisane, boules de graisse pour les oiseaux…)… Pour la directrice, « ce sont plein d’entrées par lesquelles les enfants sont reconnectés à la nature et au vivant, avec l’observation directe, ça fait sens après ».

• Pour les plus petits, il est plus concret et motivant de travailler sur l’échelle locale car “chaque classe d’âge à son échelle [...] Les enfants en maternelle sont encore très centrés sur le quartier et sur l’école. Il faut les interroger et les responsabiliser à cette échelle”. Il est donc important de trouver les mots pour transmettre et le bon objet qui va être pour eux le début d’une réflexion. Il suffit le plus souvent de partir de l’observation des enfants. C’est pourquoi avoir un lieu où les enfants sont en interaction avec le vivant et le végétal est indispensable, dans ou hors de l’école.

4. Quelques projets menés L’ école maternelle FLOCON

1. Construire un espace de reconnexion avec la nature pour interagir avec le vivant : Cour Oasis et espace potager :

Consigne : Créer un lien à partir du titre vers ce qui suit. Ceci s’ouvrira dans une fenêtre indépendante.

L’école bénéficie d’une cour Oasis depuis la rentrée 2023. La demande en avait été faite auprès de la mairie en 2020, puis en 2021 une demande de financement via le budget participatif avait été déposée mais elle n’avait pas été retenue. Finalement, en 2022, la mairie du 18e a donné son accord pour que l’école bénéficie d’une cour Oasis. Les travaux ont eu lieu pendant les vacances d’été.

En 2024, l’aménagement de la cour s’est poursuivi avec l’aménagement d’une partie potager débitumée sur laquelle ont été menés des ateliers de jardinage avec l’association Veni Verdi. La réflexion se poursuit donc encore sur la végétalisation et l’aménagement de cet espace, qui est lieu de nombreuses activités proposées aux enfants (jardinage, observation des oiseaux et des insectes, lecture…). Le financement pour les ateliers avec Veni Verdi n’a pas été renouvelé. Ce sont donc les enseignantes qui ont pris le relais.

Juste après le débitumage de la cour, la terre était pauvre, sans vie. Un échange a donc été mis en place par Emilie Sobieski avec l’école polyvalente voisine Eva Kotchever, déjà végétalisée, qui a fourni de la terre et du compost. Les enfants ont pu constater, par l’observation, la différence entre ces terres et la présence ou non de vie dans celle-ci. Aujourd’hui, la terre de l’école Flocon est riche de vie, la découverte des insectes et des lombrics passionne les jeunes apprentis jardiniers. Ces futurs citoyens ont déjà compris la valeur inestimable de cette vie minuscule et souterraine et la nécessité de la préserver. Ils sont prêts, à leur tour, à partager leur expérience avec d’autres !

Le jardinage a été intégré au projet d’école, que vous pouvez trouver ici.

Il est aujourd’hui démontré que le contact avec la nature favorise le développement des compétences psycho-sociales chez l’enfant.
Les bienfaits de la reconnexion avec le vivant sont donc établis. En tant qu’enseignants, il nous revient de l’intégrer dans nos pratiques.

2. Observer les oiseaux pour mieux les aimer

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L’école Flocon mène par ailleurs un projet pédagogique approfondi sur les oiseaux depuis 2021 en partenariat avec la LPO et la mairie du 18è arrondissement. Les enfants sont formés à l’observation des oiseaux : leur enseignante a fabriqué un catalogue pour les reconnaître visuellement, travaille sur l’anatomie des oiseaux en classe et prévoit même de former ses élèves à reconnaître leurs chants (QR Code).

Elle a également mis à disposition un jeu Montessori pour reconnaître les plumes. Elle apprend également aux enfants comment nourrir les oiseaux, “mais seulement en hiver” avec la mise en place d’ateliers “boules de graisse” co-animés avec la directrice. Des nichoirs ont été construits à l’Académie du Climat et installés dans la cour.

Les élèves de grande section sont également formés par la LPO et, suite à cette formation, ils vont transmettre leurs connaissances à leurs pairs de moyenne et petite section à travers des exposés. De nombreuses compétences sont ainsi travaillées aussi bien sur le langage écrit et oral qu’en musique (chants) et en sciences (découverte du monde vivant). Les enseignants aussi ont reçu une formation de la LPO à travers une observation dans le Parc Floral Vincennes.

L’école poursuit cette année l’étude des oiseaux à travers un projet co-porté par la LPO et la Mairie du Paris “quartiers moineaux”. Le quartier moineau du 18e a été inauguré après les vacances de la Toussaint suite à des réunions publiques avec les écoles. Il s’agit de compter une fois par mois les oiseaux dans la rue pendant 10 min puis d’envoyer le résultat à la LPO. Ce projet s’inscrit dans les sciences participatives comme d’autres portés par le MNHN. L’école a maintenant le projet de devenir un centre de premiers secours pour les oiseaux retrouvés blessés dans le quartier. L’équipe éducative a demandé une formation à la LPO de 4 demi-journées, financées par le CNR.

3. Se lancer dans la “Classe dehors”

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Les six classes de la petite à la grande section pratiquent l’Ecole dehors, à des fréquences différentes selon les niveaux : elles se rendent au Bois Dormoy. Cette pratique a dû être expliquée en conseil d’école pour les parents : il ne s’agit pas de proposer seulement un temps ludique aux enfants mais il y a de vrais objectifs pédagogiques. Chaque domaine de compétences a été rappelé.

La classe dehors permet ainsi de renforcer certaines compétences :

  • apprendre et mieux mémoriser : Si l’expérience de la classe dehors fixe les apprentissages en sollicitant la mémoire émotionnelle et sensorielle, elle favorise aussi la mobilité, un élément essentiel pour apprendre et mémoriser.
  • s’adapter, coopérer et communiquer : Les activités proposées à l’extérieur impliquent souvent une collaboration en groupe pour réaliser une tâche ou un travail de recherche.
  • être plus autonome ;
  • libérer sa créativité ;
  • être plus apaisé : être au contact de la nature réduit le stress
  • respecter et protéger la nature.

Vous pouvez poursuivre la réflexion sur le site de Canopé ou contacter Alexandre Ribeaud en charge de l’Ecole dehors sur l’Académie de Paris.

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Michelle, enseignante d’une classe de GS, confirme : “Leurs connaissances ont augmenté. Ils sont beaucoup plus sensibles. Maintenant quand ils voient un oiseau, ils l’identifient et nous le disent, alors qu’avant ils n’y prêtaient pas attention. Ils observent, ils écoutent. Leurs regards s’ouvrent. Quand on a été sensibilisé, on voit mieux, on comprend mieux, on aime et on protège mieux.” Plus cette sensibilisation au vivant intervient tôt, plus elle sera ancrée et profonde chez les enfants.

Emilie Sobieski, la directrice, ajoute : “Après la mise en place de séances de sensibilisation et d’observation du vivant, des enfants se sont fait offrir des pinces à déchets pour leur anniversaire ou ont installé des nichoirs chez eux, d’autres veulent devenir ornithologues. Dans le temps, ces enfants-là sauront agir !”.

5. Une valorisation des actions menées nécessaire pour essaimer

Là encore le directeur d’école a un rôle fondamental à jouer dans la communication et la valorisation des actions menées et du travail accompli en EDD.

 Il peut s’agir d’organiser des rencontres pour montrer le travail des enfants à des pairs (élèves d’écoles ou d’établissements voisines à travers des visites croisées ou correspondance avec des écoles plus éloignées, le réseau d’écoles labellisées peut être un appui pour le mettre en place) ou des adultes (les parents, les institutions comme la mairie, l’IEN, le Rectorat… en ouvrant l’école lors d’événements exceptionnels marquants pour les élèves). La psychologie cognitive démontre l’intérêt de telles rencontres. Ainsi, la cour Oasis de l’école maternelle Flocon est régulièrement ouverte pour accueillir les élèves des écoles élémentaires voisines, notamment les CPs, et parfois même les collégiens. En fin d’année, une fête de la nature éco-responsable est organisée pour exposer notamment les travaux des élèves.

 Il est aussi très pertinent que le directeur contacte l’IEN de sa circonscription, l’IEN en charge de l’EDD sur l’académie de Paris (Corinne.Soeur@ac-paris.fr) ou la chargée de mission EDD du Rectorat (Julie.Roycourt@ac-paris.fr) pour lui faire connaître ces initiatives. Elles pourront ainsi être partagées sur le site académique EDD, en vue de constituer une banque de ressources en EDD accessible à tous. C’est en partageant nos actions et nos initiatives que nous ferons bouger les lignes et essaimerons.

 Enfin, il ne faut pas oublier la participation aux concours ou les candidatures aux labels, qui sont très valorisants pour les parents et les élèves. Ainsi, la cérémonie pour l’obtention du label E3D a lieu en Sorbonne dans le bel amphithéâtre Liard où les enfants reçoivent un diplôme qu’ils doivent ensuite présenter à toutes les classes de leur école. Ils en sont en général très fiers.

Extrait de pia.ac-paris.fr 04.06.25

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