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Baisse démographique et dynamiques public-privé : vers une ségrégation scolaire accrue dans les grandes villes ?
Depuis 2010, la France connaîtunebaissemarquéedela natalité. Celle-ci entraîne une diminution des effectifs scolaires dans l’élémentaire depuis 2016 et dans le secondairedepuis 2021. Particulièrement prononcé à Paris, ce choc démographique touche aussi le reste du territoire et soulève des enjeux majeurs de répartition des ressources éducatives. Dans les grandes villes, où l’enseignement privé sous contrat– financé à prèsde 75% par l’État et les collectivités territoriales– est fortement implanté, la baisse des effectifs tend à déséquilibrer la répartition des élèves entre secteurs public et privé.
Faute d’ajustement symétrique des capacités d’accueil, le privé maintient globalement
seseffectifs,tandisquelepublicabsorbel’essentieldelabaisse,cequiaugmenteméca
niquement la part du privé. À Paris, le secteur privé sous contrat scolarisait 35,4% des
élèves de 6e à la rentrée 2020 (contre 21,7% dans l’ensemble de la France) : sous l’hy
pothèse que l’évolution des effectifs du privé prolongera la tendance observée depuis
le début de la baisse démographique, cette part pourraient atteindre près de 50% à
l’horizon 2035. En l’absence de mécanismes de régulation, ces évolutions amplifieront
la ségrégation sociale entre établissements scolaires, l’enseignement privé scolarisant
majoritairement des élèves issus des catégories sociales les plus favorisées.
À Paris, le nombre de naissances annuelles est passé de 31440 à 21484 entre 2010 et
2024, soit une diminution de 32% au cours de la période.
Ce recul démographique se répercute sur les effectifs scolaires, avec un décalage corres
pondant à l’âge d’entrée dans chaque niveau : à Paris, les effectifs de CP ont diminué de
19,5% depuis 2016, et ceux de 6e de 9,8% depuis 2020.
Dans la capitale, le secteur privé sous contrat a maintenu des classes remplies malgré la
baisse démographique, si bien que la quasi-intégralité de la diminution des effectifs a été
absorbée par le secteur public.
À effectifs presque constants dans le privé mais en forte contraction au niveau global, la
part de l’enseignement privé augmente mécaniquement à Paris : +4,5 points de pourcen
tage en CP depuis 2016 et +3,3 points en 6e depuis 2020.
Si l’évolution des effectifs du privé parisien prolonge la tendance observée depuis le dé
but de la baisse démographique, cette dynamique se poursuivra au cours de la prochaine
décennie (horizon pour lequel les effectifs peuvent être anticipés avec fiabilité) : la part du
privé atteindrait 33,6% en CP en 2030 et 49,4% en 6e en 2035.
ÀParis, entre 2020 et 2024, la part des élèves de 6e issus de catégories sociales très favo
risées qui s’inscrivent dans un collège privé sous contrat est passée de 49% à 55%. Sous
les hypothèses retenues pour les projections, cette proportion atteindrait 72% en 2035.
Dans plusieurs grandes villes françaises, touchées plus tardivement par le déclin démogra
phique, des dynamiques similaires commencent à se dessiner
Extrait de ipp.eu de mars 2026 (8 p.)
Là où le privé maintient ses effectifs, quand le nombre d’enfants diminue, il augmente en proportion et recrute davantage d’élèves favorisés (IPP)
Le nombre des naissances en France a baissé de 21 % entre 2010 et 2024, baisse qui "se répercute mécaniquement sur les effectifs scolaires" mais qui n’a pas les mêmes effets dans le public et dans le privé, selon une étude de Pauline Charousse et Julien Grenet, qui reprend, pour partie une analyse qu’ils avaient conduite dans le cadre du suivi de la réforme d’Affelnet à Paris et qu’ils étendent aux 19 autres plus grandes villes.
En 2024, le secteur privé scolarisait 14 % des élèves du premier degré et 21 % des élèves du second degré essentiellement dans le "sous contrat" (93 % dans le premier degré et 98 % dans le second degré), au niveau national, la répartition des moyens entre public et privée est "plafonnée", et ces proportions sont, peu ou prou, maintenues. En revanche, la répartition des moyens entre les académies est fonction des "effectifs déjà scolarisés dans le secteur privé", ce qui favorise le privé "dans les territoires où il est historiquement bien implanté, comme en Bretagne où sa part approche 40 % dans le premier et le second degrés, mais aussi dans les grandes agglomérations urbaines. Dans les vingt plus grandes villes françaises, elle atteint à la rentrée 2024, 21 % dans le premier degré et 34 % dans le second degré."
Or le secteur est "structurellement en excès de demande", il est donc "peu exposé au recul démographique" dans une ville comme Paris où le nombre d’élèves de CP scolarisé dans le privé "n’a diminué que de 3,8 % entre 2016 et 2024, et ceux de 6e de seulement 1,4 % entre 2020 et 2024. À l’inverse, le secteur public a absorbé l’essentiel de la contraction démographique : les effectifs de CP (hors éducation prioritaire) y ont diminué de 24,4 % entre 2016 et 2024 et ceux de 6e de 14,4 %." A effectifs quasi constants, le privé scolarise donc, proportionnellement, davantage d’élèves. "En CP, sa part est passée de 23 % en 2016 à 27,5 % en 2024 (...). En 6e, elle est passée de 35,4 % en 2020 à 38,7 % en 2024." Or les établissements privés accueillent plutôt des élèves "issus de milieux favorisés" et "la part des élèves issus de PCS très favorisées inscrits dans le privé en 6e a progressé de 6 points depuis 2020, atteignant 55 % à la rentrée 2024". Si on prolonge les courbes, "en 2035, les collèges privés compteraient 88 % d’élèves issus de PCS très favorisées". À l’inverse, les collèges publics accueilleraient 58 % d’élèves issus de PCS moyennes et défavorisées.
Dans les 19 autres plus grandes villes, le nombre des naissances a diminué moins vite qu’à Paris, mais "la progression tendancielle de la ségrégation sociale entre secteurs d’enseignement a commencé avant l’amorce du recul démographique. La part des élèves de 6e issus de PCS très favorisées scolarisés dans le secteur privé y est ainsi passée de 46 % en 2002 à 60 % en 2024". L’ampleur de la progression en proportion du secteur privé est hétérogène. "À Lille, Nîmes ou Reims, par exemple, la part du privé est restée stable" ajoutent les auteurs sans expliquer pourquoi elle a augmenté à Lyon, Nantes ou Angers.
Ils estiment "nécessaire de répartir plus équitablement les fermetures entre les établissements publics et privés sous contrat. À Paris, le maintien de la part actuelle du privé en CP (27,5 %) impliquerait que, pour trois classes fermées dans le public, une classe soit fermée dans le privé. En 6e, le maintien de la part actuelle du privé (38,7 %) supposerait un ajustement plus marqué : pour trois classes fermées dans le public, deux devraient l’être dans le privé."
La note "Baisse démographique et dynamiques public-privé : vers une ségrégation scolaire accrue dans les grandes villes ?" (Notes IPP, no 124, Institut des politiques publiques, mars 2026) ici
Extrait de touteduc.fr du 03.03.26
Avec la baisse du nombre d’enfants, le privé pourrait représenter la moitié des élèves parisiens de 6ᵉ en 2035
Une étude de l’Institut des politiques publiques, menée par les chercheurs Pauline Charousset et Julien Grenet, alerte sur les évolutions en cours, notamment dans la capitale. Elle pose le risque d’une augmentation de la fracture sociale entre enseignement privé et public dans les grandes villes.