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Prendre en compte la peur de l’échec et réhabiliter le droit à l’erreur (entretien du Café avec Teddy Mayeko et Jérôme Visioli)

11 février

Les vertus de l’échec à l’école : une question d’émotions ?

Dans ce texte, Teddy Mayeko et Jérôme Visioli proposent une réflexion sur le droit à l’erreur. A partir du travail de Charles Pépin, les deux maitres de conférences font de l’échec temporaire des élèves une potentielle vertu pédagogique que les enseignants peuvent exploiter au quotidien pour travailler sur la question des émotions. Les deux auteurs distinguent l’échec scolaire et les petites erreurs ponctuelles, qui constituent toujours des occasions d’apprendre. Leur travail ouvre la voie à « une école des émotions » dans laquelle se tromper et recommencer sont des étapes logiques et nécessaires vers la réussite.

[...] On peut alors distinguer deux registres. D’un côté, les ratés ordinaires, qui restent intégrés au processus d’apprentissage. De l’autre, les échecs vécus comme des ruptures, qui touchent l’estime de soi, la confiance, le sentiment de compétence et même parfois le rapport global de l’élève au savoir et à l’école.

Dans le second cas, l’échec se transforme en expérience émotionnellement douloureuse. Les analyses de Pierre Merle (2012) montrent précisément combien certains jugements scolaires (moqueries, remarques, mises à l’écart) peuvent engendrer un sentiment de peur et de honte, portant directement atteinte à la dignité de l’individu. C’est la raison pour laquelle, si l’on veut réhabiliter le droit à l’erreur, il est essentiel de dédramatiser les petits ratés, tout en reconnaissant que certains échecs sont vécus comme des blessures.

Les émotions des élèves sont dans l’angle mort des recherches sur l’évaluation

Lorsque l’on parle d’échec à l’école, on pense spontanément aux mauvaises notes ou au redoublement. Les recherches sur l’évaluation se sont d’ailleurs largement emparées de ces questions (Hadji, 2012). Par exemple, elles ont beaucoup étudié les dispositifs de notation, en insistant sur l’importance d’accueillir et de comprendre les erreurs des élèves (Zakhartchouk, 2019).

En revanche, la manière dont chacun ressent ses échecs est assez peu documentée, ce qui peut sembler surprenant quand on sait le rôle décisif que peuvent jouer les émotions (Petiot et Visioli, 2022). Dans le champ de l’évaluation, quelques travaux commencent à combler ce retard (Girardet, 2021). Ils indiquent notamment que les émotions négatives ne s’opposent pas toujours au progrès personnel, à la condition d’être reconnues et travaillées.

Prendre au sérieux les émotions liées à l’échec, c’est donc repenser une école qui ne se contente pas de tolérer les erreurs, mais qui aide explicitement les élèves à vivre avec leurs émotions négatives, à comprendre ce qu’elles disent de leurs difficultés et à transformer certains échecs en occasions d’apprendre (Terré & Sève, 2022).

Prendre en compte la peur de l’échec

Selon Charles Pépin, en France, la peur de l’échec constitue l’un des principaux obstacles à l’engagement des élèves. Ce résultat, rappelé par les enquêtes PISA, vient du fait que l’erreur est trop peu valorisée à l’école. En conséquence, la peur de se tromper inhibe toute prise de risque. Or, comme l’affirme le philosophe : oser, c’est toujours oser l’échec. En d’autres termes, il faut accepter l’idée que si la prise de risque augmente mécaniquement nos chances d’échouer, elle est également un adjuvant qui décuple nos occasions d’apprendre et de réussir.

En classe, ce qui transforme généralement une erreur banale en une expérience douloureuse, c’est le fait que les élèves intériorisent viscéralement le sentiment de l’échec. Dans ce contexte, la gestion de la peur des élèves devient un enjeu majeur pour les enseignants (Visioli & Mayeko, 2025). L’objectif n’est pas de la supprimer, mais bien plus subtilement de la prendre en compte en créant des environnements à la fois rassurants et familiers. Cela implique de confronter l’élève à ses propres émotions, y compris lorsqu’elles sont négatives. Naturellement, ce travail s’inscrit dans un temps long et doit respecter une certaine progressivité. [...]

Extrait de cafepedagogique.net du 10.02.26

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