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B* Témoignage d’une enseignante d’anglais en collège REP de l’ac. de Rennes sur les ceintures de compétences et le climat émotionnel

10 février

Anglais : Julie Plouvier « I feel good »

« Dans ces temps incertains, il est parfois difficile de garder le cap – voire le moral – quand on est enseignant » écrit Julie Plouvier. Cette enseignante en anglais en REP dans l’académie de Rennes nous propose un shoot de « good vibes » ! « Dans mes classes, on fonctionne en plan de travail et ceintures de compétences. On a le droit de se tromper et de recommencer. On s’entraîne sur ce qui n’est pas maîtrisé et on recommence jusqu’à la réussite ».

I feel good

Aujourd’hui j’ai envie de partager un texte léger, joyeux. Un écrit “feel-good”, comme on pourrait en qualifier une comédie, qui apporte un peu de chaleur et amène, pourquoi pas, le sourire aux lèvres.

Dans ces temps incertains, il est parfois difficile de garder le cap – voire le moral – quand on est enseignant. Nous sommes plusieurs (nombreux ?) à traverser des baisses de régime et d’estime de soi : “Mes cours sont nuls, mes documents pourris, mes élèves n’apprennent rien…” Bref, on s’en passerait bien, de ces phases-là.

Revenons sur les “good vibes”

Alors voilà, hier j’ai reçu un message d’un élève de seconde que j’ai eu pendant deux ans. Voici ses mots : “Hello Miss !! How are you ?? En tout cas Miss, merci beaucoup à vous pour tout ce que vous m’avez enseigné quand j’étais au collège. Sur la gestion du stress pour les présentations et pour les compréhensions de document. Aujourd’hui on a fait l’oral en anglais et j’ai bien présenté, surtout avec des gestes même la prof a aimé.”

Et là … Jet de lumière intérieur, danse de la joie, sourire niais, petite onomatopée “awww”…

Réchauffement climatique émotionnel

C’est un élève fragile en termes de résultats, souvent dans l’incompréhension, qui essaie, sans toujours récolter le fruit de ses efforts… Aujourd’hui il est satisfait de sa prestation. ET ses compétences sont validées par son enseignante. Joie, joie, joie.

Ce n’est pas le seul. Depuis que je suis partie de Madagascar où j’ai exercé cinq ans, je reçois des messages. Les élèves prennent des nouvelles, racontent leur scolarité, expriment leur gratitude, et leur affection aussi. Je me souviens également d’une élève de troisième, dont la maman, en fin d’année, m’envoie un courrier sur Pronote. Elle écrit que des propos que j’avais tenus à l’égard de sa fille avaient eu l’effet d’une bouée de sauvetage.

Alors je me demande. À quoi ça tient tout ça ? Comment ce lien s’est-il construit, et pourquoi perdure-t-il au-delà de l’année scolaire ? Non, je vous assure, je ne suis pas une gouroue manipulatrice.

Quelques hypothèses, en vrac.

L’affect. “J’aime bien ma prof”, et tout ce qui se cache derrière cette phrase : “elle est gentille”, “elle est drôle”, “elle est de bonne humeur” etc. On crée souvent un lien avec les personnes que l’on apprécie.

La posture de l’enseignant. Un regard, une question, un geste, qui montrent que l’élève compte. Que l’on se préoccupe de son bien-être : “ça va aujourd’hui ?”. Que l’on a de l’ambition pour lui : “tu peux y arriver”. Qu’on le rassure : “ça va bien se passer”, qu’on l’encourage : “allez, vas-y !”. Qu’on lui tend la main : “si tu le souhaites, je suis là.”

La pédagogie. C’est vrai, il n’y a pas de recette miracle. Si seulement. Alors on fait du mieux qu’on peut. Et si on s’intéresse aux pédagogies coopératives, on s’aperçoit qu’en les pratiquant, le lien que j’évoque se tisse de manière naturelle, au fil des séances. Dans mes classes, on fonctionne en plan de travail et ceintures de compétences. On a le droit de se tromper et de recommencer. On s’entraîne sur ce qui n’est pas maîtrisé et on recommence jusqu’à la réussite. On a du temps pour laisser la créativité s’exprimer (un texte libre, un exposé, une fiche de lecture). On développe des valeurs humanistes, la générosité et la solidarité, par l’aide, l’entraide et le tutorat. On se félicite. On s’applaudit. Et cerise sur le gâteau, une réussite individuelle rejaillit souvent sur le collectif.

La mémoire émotionnelle de l’élève. Parfois (souvent ?) ce que l’élève retient, ce n’est pas tant le cours, que le climat émotionnel associé à l’apprentissage. Peut-être que les élèves ne se souviennent pas des séquences, mais du sentiment qu’ils avaient en entrant dans la classe : sécurité, confiance, fierté d’essayer.

Il y aurait bien sûr d’autres hypothèses à évoquer, mais en attendant, peut-être pouvons-nous déjà nous poser la question suivante : et si ce lien durable, qui nous dépasse, tenait à une chose très simple ? D’avoir cru en un élève un peu plus fort que lui, un peu plus longtemps qu’il ne le pouvait ?

Ce qui est sûr, c’est que dans les moments de doute ou de frustration, lors desquels on se dit peut-être “ce métier n’est pas pour moi”, il y a un sourire, une lueur dans un regard ou un merci qui fait repartir la machine. Et c’est bon. Non ?

Julie Plouvier

Extrait de cafepedagogique.net du 05.02.26

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